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Les toxicomanies (Tome I : Rapport)

30 juin 2011 : Les toxicomanies (Tome I : Rapport) ( rapport d'information )
2. De nouvelles pratiques de consommation qui induisent de nouveaux consommateurs

Autrefois le seul fait de quelques initiés ou marginaux, l'usage de la drogue s'est très largement développé. « On a assisté à une très importante diffusion des pratiques de consommation dans toutes les couches de la société. On peut le regretter et le dénoncer, mais c'est une réalité partagée par tous les pays développés » a ainsi fait observer M. Alain Morel, directeur général d'Oppelia (30(*)).

Au-delà de ce constat général, une analyse plus affinée montre que les pratiques majoritaires sont aujourd'hui à la consommation de plusieurs produits et au détournement d'usage de produits non illicites.

a) La polytoxicomanie, un phénomène désormais largement répandu

« L'évolution majeure de ces dix dernières années, comparées aux années 1970, est le passage d'une toxicomanie plutôt centrée sur un produit à une polytoxicomanie », a déclaré à la mission M. Gilles Leclair, préfet délégué pour la défense et la sécurité auprès du préfet de la zone de défense Sud. « Sans parler du tabac, une soirée type de certains jeunes commence avec de l'alcool ; ensuite vient la prise d'un «joint», pour être en forme en boîte de nuit, puis d'ecstasy et de cocaïne, pour améliorer ses performances, en boîte puis au lit, enfin, le cas échéant, d'un peu d'héroïne pour se remonter d'un coup de blues. Pendant une soirée, une personne peut ainsi prendre six produits addictifs », a-t-il indiqué pour illustrer son propos (31(*)).

Ces propos rendent bien compte d'une nouvelle caractéristique des pratiques de consommation, celle d'un usage « à la carte », en fonction des envies ou des possibilités. « On n'est plus aujourd'hui face à des mono-consommateurs mais des poly-consommateurs ; les usagers adoptent différents menus de consommation, peuvent s'arrêter cinq jours et reprendre à la faveur d'un moment festif, d'une souffrance, d'une angoisse » a souligné le docteur Yves Edel (32(*)).

M. Jean-Michel Costes, directeur de l'OFDT, a établi un lien entre polyconsommation et « usage problématique » des drogues, c'est-à-dire un usage débouchant sur des dommages sanitaires et sociaux : « on estime qu'il existe environ, en France, 230 000 usagers problématiques de drogues opiacées et de stimulants ou d'hallucinogènes. Ce sont pour la plupart des poly-consommateurs : la figure de l'héroïnomane ne se rencontre plus parmi les populations d'usagers problématiques de drogues ! » (33(*)).

La figure de l'accro à la seule cocaïne ne se rencontre pas davantage, si l'on écoute le docteur Marc Valleur : « il n'existe pas [...] de cocaïnomane pur. Les gens qui consomment de la cocaïne prennent aussi de l'alcool, du tabac, des opiacés et des médicaments psychotropes en même temps. La poly-consommation est donc actuellement plus la règle que l'exception. Cela ne signifie pas qu'il s'agit d'une conduite irrationnelle mais que la rationalité des consommations est beaucoup plus complexe qu'on ne l'imagine » (34(*)).

M. Franck Zobel, rédacteur scientifique et analyste des politiques en matière de drogue à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), a mis l'accent sur la connexion des problèmes affectant consommateurs d'héroïne et de cocaïne, la première étant souvent associée à la seconde pour assurer la « descente » (35(*)). Soulignant l'accroissement considérable de la diffusion de la cocaïne en Europe ces dernières années, il a indiqué que les usagers la consommaient désormais en sus de l'héroïne, de l'alcool et de médicaments comme les benzodiazépines, et ceci alors que les mélanges d'alcool et de cocaïne, ou encore d'héroïne et de cocaïne sont extrêmement dangereux.


* (30) Audition du 23 mars 2011.

* (31) Audition du 25 mai 2011.

* (32) Audition du 12 janvier 2011.

* (33) Audition du 12 janvier 2011.

* (34) Audition du 2 mars 2011.

* (35) Phase d'épuisement et de dépression suivant celle - « montée » - durant laquelle les effets psychotropes sont pleinement ressentis.