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Les toxicomanies (Tome I : Rapport)

30 juin 2011 : Les toxicomanies (Tome I : Rapport) ( rapport d'information )
b) Les usages festifs et les consommations séquentielles

L'usage de psychotropes dans les milieux festifs (clubs, teknivals, free-parties, rave-parties, pubs, soirées privées ...) est croissant depuis quelques années (36(*)).

À cet égard, la cocaïne est sans doute l'un des stupéfiants les plus prisés parmi les publics qui se veulent « branchés ». « C'est un produit encore à la mode qui a été fort bien lancé commercialement par ceux qui en vendent », a indiqué M. François Thierry, (OCRTIS). « Il jouit encore d'une certaine faveur dans la «jet-set» ou dans une certaine classe sociale et ce ne sont pas les confessions publiques d'animateurs de la télévision qui y changeront quelque chose » (37(*)).

Mais toutes les drogues se prêtent en réalité aujourd'hui aux usages dits « festifs » ou « récréatifs », y compris celles réservées autrefois à des publics marginalisés, comme l'héroïne. Le témoignage de Mme Anne Guichard, chargée de mission au département « Évaluation et expérimentation » de la direction des affaires scientifiques de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES), est à cet égard éclairant, notamment sur les problèmes d'identification des usagers que cela entraîne : « un nouveau profil d'usagers injecteurs d'héroïne apparaît : il s'agit de jeunes, bien intégrés, qui consomment dans un cadre festif. D'un point de vue épidémiologique, ces injections occasionnelles sont tout aussi catastrophiques que les autres, mais il nous est difficile de cerner ces usagers, noyés dans la masse de la population » (38(*)).

En fait, les consommations festives sont de plus en plus des polyconsommations. « Les données dont nous disposons, souvent en retard sur l'évolution réelle des pratiques, montrent que les modes de consommation évoluent. Les injections très occasionnelles, en augmentation, sont le fait de jeunes, bien intégrés, étudiants, qui consomment en milieu festif du Subutex, des amphétamines, de la cocaïne et même de l'héroïne, sans pour autant tomber immédiatement dans la compulsion » note ainsi Mme Anne Guichard, qui insiste sur le peu de visibilité des publics concernés : « ce sont précisément ces nouveaux modes de consommation qui nous inquiètent : la population est plus difficile à atteindre, elle est moins demandeuse de soins. Pourtant, ses comportements sont tout aussi dangereux ».

Différent de la polyconsommation de caractère festif est l'usage de « drogues séquentielles ». Ce concept renvoie à de nouvelles substances chimiques, à mi-chemin entre le médicament, le dopant et le stupéfiant, ayant pour particularité d'entraîner des effets psychoactifs différant dans le temps selon le moment auquel ils interviennent. À la différence de la polyconsommation, les produits sont consommés successivement et l'effet recherché est l'enchaînement d'effets psychoactifs différents.

L'ingestion d'un produit de ce type permet ainsi, par exemple, d'accroître son efficacité professionnelle durant la matinée, d'augmenter ses performances sportives pendant l'après-midi, de stimuler sa sensibilité le soir et de provoquer un état de relaxation ou d'extase pour la nuit.

« Des secteurs de plus en plus larges de la population comme les jeunes adultes sont en quête de méthodes destinées à maîtriser leurs états mentaux : recherche d'euphorie, modification de l'humeur, changement hédonique de leur état mental mais aussi automédication », a commenté le docteur Michel Le Moal, psychiatre. « Toutes les substances toxicophiliques ou addictogènes ont une valeur d'automédication et peuvent être utilisées pour compenser un léger état affectif négatif. [...] Cette automédication permet aussi de réguler des états de stress, d'améliorer des performances, de chercher de façon presque épidémique à améliorer les performances ou accroître les interactions sociales. Il peut également s'agir d'améliorer le comportement sexuel, de maîtriser les apparences physiques. [...] Toutes ces molécules ont également la faculté de changer les capacités sensorielles. Ces différentes facultés sont pratiquement partagées par l'ensemble des substances addictogènes » (39(*)).


* (36) Notons en ce qui concerne le domaine connexe de l'abus d'alcool chez les jeunes le plan mis en place en juillet 2008 par la ministre en charge de la santé, Mme Roselyne Bachelot, constitué de trois mesures principales : l'interdiction de la vente d'alcool aux mineurs, l'interdiction de la vente au forfait et de l'offre à volonté de boissons alcooliques, et l'interdiction de la consommation d'alcool sur la voie publique à proximité des établissements scolaires.

* (37) Audition du 26 janvier 2011.

* (38) Audition du 16 février 2011.

* (39) Audition du 2 mars 2011.