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L'Allemagne: une réussite économique, à quel prix?

4 juillet 2012 : L'Allemagne: une réussite économique, à quel prix? ( rapport d'information )

III. L'ÉNERGIE

Le « mix énergétique » allemand et la politique mise en place par les pouvoirs publics en la matière diffèrent substantiellement de ceux de notre pays. L'Allemagne est en effet un pays où l'énergie nucléaire occupe une faible place, au profit à la fois de sources d'énergie fossiles et renouvelables davantage développées qu'en France.

Le choix récent d'une sortie totale du nucléaire d'ici 2020 « rebat les cartes », en obligeant le pays à trouver des modes de production alternatifs d'ici la généralisation des sources renouvelables. L'Allemagne, ce faisant, devra continuer à réduire ses émissions carbonées, au terme d'une équation énergétique dont les inconnues restent multiples.

A. UN « MIX ÉNERGÉTIQUE » ACCORDANT UNE PART IMPORTANTE AUX ÉNERGIES FOSSILES

1. La consommation

Plusieurs enseignements peuvent être retirés de cette comparaison :

l'Allemagne consomme, globalement, plus d'énergie que la France (+ 23 %). Ceci s'explique essentiellement par une plus importante population et un PIB plus élevé, ainsi que par le surcroît d'activités industrielles ;

l'Allemagne recourt plus aux énergies fossiles que la France : 78 % de sa consommation énergétique s'y rapporte (contre 50 % pour la France). C'est, en leur sein, le pétrole qui prédomine (33 %), suivi du charbon (23 %) et du gaz (22 %) ;

la part de l'énergie nucléaire en Allemagne est très minoritaire (11 %), là où elle est relativement majoritaire en France (41 %), ce qui explique la différence de consommation d'énergies fossiles entre les deux pays, à l'avantage de la France ;

l'Allemagne consomme davantage d'énergies renouvelables, toutes origines confondues (+ 50 %).

S'agissant de la consommation d'énergie par secteurs, les chiffres6(*) montrent que si celui du logement est aussi important dans les deux pays (30 % dans les deux cas), ce sont ensuite l'industrie et le transport (27 % chacun) qui s'imposent en Allemagne, contre une avance importante du transport (30 %) face à l'industrie (21 %) dans notre pays. La consommation du secteur des services, en revanche, y est à peu près comparable (aux alentours de 15 % dans les deux cas).

2. La production

Les différences relevées entre l'Allemagne et la France au niveau des types de consommation se retrouvent, de façon accentuée, pour ce qui est des types de production, ainsi que le montre le graphique ci-dessous.

Plusieurs enseignements peuvent en être retirés :

l'Allemagne produit très légèrement moins d'énergie, globalement, que la France (- 3,8 %) ;

la majorité des énergies qu'elle produit sont de nature fossile (43 %), contre une infime minorité pour la France (1 %) ;

la différence s'explique par l'énergie d'origine nucléaire, qui représente l'essentiel de l'énergie électrique produite en France (81 %), contre une part, certes importante, mais moindre en Allemagne (28 %) ;

une part notable (25 %) de la production énergétique allemande, et en tout cas bien supérieure à la nôtre (+ 84,6 %), provient d'énergies renouvelables.

3. Un ajustement par un recours massif aux importations

La comparaison des chiffres de consommation et de production d'énergie primaire allemands précités souligne le fort déficit énergétique de l'Allemagne : le pays utilise en effet 338 Mtep en 2010, là où il n'en produit que 133,4. Le comblement du solde est assuré par le recours aux importations, pour près de 200 millions de tep, ainsi que le montre le graphique ci-dessous.

Ainsi, l'Allemagne importe massivement du charbon, pour des volumes bien supérieurs à ceux de la France (+ 172,6 %), mais aussi du pétrole (+ 35,1 %) et du gaz naturel (+ 45,3 %). En revanche, si les deux pays sont producteurs nets d'électricité, la France exporte bien davantage (3,5 fois plus) que l'Allemagne de cette énergie, les deux pays constituant d'ailleurs des clients respectifs en la matière.


* 6 La consommation d'énergie en Allemagne et en France, une comparaison instructive ; Bernard Laponche, association Global chance, mai 2011 (chiffres tirés des bases de données ENERDATA et ODYSSEE).