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L'Allemagne: une réussite économique, à quel prix?

4 juillet 2012 : L'Allemagne: une réussite économique, à quel prix? ( rapport d'information )

B. DES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE NÉANMOINS RÉDUITES GRÂCE AU DÉVELOPPEMENT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES

1. Une baisse notable des émissions de CO2 depuis vingt ans

Assez paradoxalement au vu de son profil énergétique, l'Allemagne est parvenue à réduire ses émissions de gaz à effet de serre depuis une vingtaine d'année, comme l'illustre le graphique ci-dessous.

Deux périodes d'une décennie chacune semblent se dessiner à la lecture de ce graphique. La première, s'étendant durant les années 90, est marquée par une forte diminution des émissions de CO² ; elle correspond à la restructuration du parc industriel issu de l'ex-Allemagne de l'Est, très fortement émetteur de gaz à effet de serre, suite à la réunification. Puis, la réduction des émissions est plus modérée au cours des années 2000, avec même de légères augmentations à l'occurrence de chaque crise.

Sur le long terme néanmoins, la tendance est bien à la baisse, ce qui est remarquable au regard du profil énergétique allemand. L'Allemagne a réduit ses émissions de gaz à effet de serre de près de 23 % depuis 1990. Elle a même dépassé, ce faisant, l'objectif fixé par le protocole de Kyoto, qui lui demandait une réduction de 21 % d'ici à 2012. L'Allemagne se classe ainsi dans le groupe de tête de l'index 2011 sur la protection globale du climat établi par l'organisation écologique indépendante Germanwatch.

Cette évolution s'explique par une prise de conscience environnementale de longue date, qui s'est traduite par une « décarbonation » du mix énergétique. Ceci à travers une diminution de la consommation d'énergie, une amélioration de l'efficacité énergétique et surtout un développement résolu des énergies renouvelables, que la décision récente de sortie du nucléaire va renforcer. Ainsi, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), l'Allemagne se situe dans le peloton de tête des pays qui obtiennent un bon rendement économique avec une consommation d'énergie relativement faible.

Concrètement, les émissions de gaz à effet de serre dues aux transports routiers sont en recul depuis, malgré une forte hausse de la circulation. L'équipement des véhicules avec des pots catalytiques explique cette réduction de 50 % des émissions de dioxyde d'azote. Et les émissions de dioxyde de souffre des centrales à la houille et au lignite ont été réduites de 90 % grâce à la désulfuration des gaz de fumées imposée par la loi.

2. Un engagement résolu en faveur des énergies renouvelables
a) Une montée en puissance du renouvelable dans le « mix énergétique »

L'engagement de l'Allemagne en faveur du développement des énergies renouvelables n'a rien de récent, puisqu'il existe depuis deux décennies. Dès le début des années 1990, l'Allemagne avait fait le choix d'une politique énergétique très différente de la nôtre, avec la mise en place à l'époque d'un fort plan de soutien à l'éolien, puis du solaire dans les années 2000.

Comme le montrent les graphiques suivants, les résultats s'en font aujourd'hui sentir, l'Allemagne ayant pris dans ce secteur une avance importante sur notre pays.

D'une part, la production globale d'énergie d'origine renouvelable est, en valeur absolue, supérieure d'une vingtaine de ktep par an en Allemagne. Le pourcentage d'énergies renouvelables dans la consommation totale en Allemagne est aujourd'hui de plus de 10 %. D'autre part, le « bouquet » de ces énergies y est bien plus équilibré, se répartissant de façon décroissante entre éolien, biomasse, hydraulique, photovoltaïque et déchets. En France au contraire, c'est l'hydraulique qui représente la quasi-totalité des sources d'énergie renouvelable, les autres étant encore relativement marginales.

Avec quelque 14 % de la production globale d'énergie éolienne, l'Allemagne vient au troisième rang de l'éolien dans le monde derrière la Chine et les États-Unis. L'Allemagne participe à l'initiative « offshore mer du Nord », qui la réunit à huit autres pays européens, riche de potentiels pour l'utilisation de cette énergie. Dans le photovoltaïque, l'Allemagne venait en tête en 2010 devant l'Espagne et le Japon, avec une puissance installée de 17 300 mégawatts. L'initiative Desertec, largement portée par des groupes allemands, est un autre grand investissement européen dans une technologie énergétique durable : l'énergie obtenue avec des centrales solaires installées en Afrique du Nord devrait couvrir 15 % des besoins européens en électricité d'ici à 2050.

b) Une filière d'une importance capitale pour l'économie allemande

La filière industrielle des énergies d'origine renouvelable est aujourd'hui capitale pour l'économie allemande, qui occupe parmi les toutes premières places du marché mondial. Ainsi, en 2010, une cellule solaire sur cinq et une éolienne sur sept en service dans le monde provenaient d'Allemagne.

Cet engagement se retrouve dans l'importance de l'emploi dans le secteur des énergies renouvelables, que le ministère fédéral de l'environnement estime à 367 400 en 2010 en Allemagne. 65 % sont liés à l'installation et à l'exploitation/maintenance des installations, 20 % à la production des installations et 15 % à la production de biomasse à des fins énergétiques. Ils se concentrent essentiellement dans les secteurs du photovoltaïque (107 800), de l'éolien (96 100) et des bioénergies (92 000).