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L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes »

4 juillet 2012 : L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes » ( rapport d'information )

B. ÉCONOMIE : VERS UN RETOUR À LA NORMALE

1. La situation économique avant le conflit
a) Un décollage économique lié à l'exploitation des hydrocarbures depuis 1959

Avant la guerre, les recettes pétrolières représentaient 95 % des exportations de la Libye, 60 % de son budget et 56 % de son PIB (lequel s'élevait à 80,9 milliards de dollars en 2010, soit 12 300 dollars par habitant).

Comme l'a souligné Issa Al-Touejri, ministre de la planification, lors de sa rencontre avec la délégation de la commission des finances du Sénat, une planification (mais indicative) devrait se poursuivre en Libye, compte tenu de l'importance du pétrole dans l'économie nationale depuis les premières découvertes de gisements d'hydrocarbures en 1959.

La production, avant guerre, s'élevait à 1,6 million de barils par jour, en repli par rapport aux années 2008 (1,88 million de barils par jour), 2009 (1,79 million de barils par jour) et 2010 (1,77 million de barils par jour). Plus des trois quarts de la production ont été exportés entre 2008 et 2010.

b) Une croissance économique dépendante des hydrocarbures

La croissance du PIB (5,6 % en 2008 ; 0,5 % en 2009 ; 2,9 % en 2010) est fortement corrélée à l'évolution de la production d'hydrocarbures (3,6 % en 2008 ; - 4,6 % en 2009 ; - 1,2 % en 2010).

Hors hydrocarbures, l'économie libyenne a crû, entre 2008 et 2010, à un rythme annuel compris entre 6 % et 8 %.

Pour l'avenir, une diversification énergétique a été évoquée par les interlocuteurs libyens de la commission des finances, avec la possibilité notamment de développer les énergies renouvelables, comme l'énergie solaire. Le redémarrage rapide de l'économie rend possible des coopérations en ce sens.

2. Le redémarrage de l'économie
a) La reprise de la production pétrolière

Du fait de la guerre civile et des sanctions internationales, l'économie libyenne s'était effondrée en 2011 (la chute du PIB étant estimée à 60 % pour l'année 2011) et la capitale, Tripoli, présentait encore les stigmates des combats lors de la visite de la délégation de la commission des finances.

Le retour à la normale s'opère plus rapidement que prévu : la majorité des fonds libyens ont été débloqués, et à la mi-mars la production pétrolière (soit 1,35 million de barils par jour) avait rejoint à 80 % son niveau d'avant-guerre, après avoir chuté jusqu'à 0,1 million de barils par jour à l'été 2011 (et 0,51 million de barils par jour sur l'ensemble de l'année 2011). La production provient des exploitants étrangers à hauteur de 60 %, selon les informations apportées à la délégation par Omar Shakmak, vice-ministre du pétrole. L'objectif était de revenir, mi-2012, à une production de 1,6 million de barils par jour.

Les dommages, essentiellement concentrés sur quatre sites (raffinerie de Ras Lanuf, terminal de Brega, champs pétroliers de Misra et Sahrir) ont été jugés moins graves qu'initialement envisagé. Des réparations de fortune ont permis un rétablissement rapide de la production, avant la conduite de travaux plus substantiels.

En réponse à une question posée par la délégation de la commission des finances du Sénat, Omar Shakmak a observé que des études étaient en cours, avec l'appui de consultants étrangers et en collaboration entre les ministères du pétrole, du plan, de l'électricité et de l'industrie, pour développer l'aval pétrolier et gazier et donc établir une stratégie industrielle. Celle-ci prendrait en compte le tarissement des réserves. La pétrochimie, développée en collaboration avec la Norvège pour la production d'urée et d'engrais, pourrait être développée.

Une autre priorité est le développement des capacités de raffinage (360 000 barils par jour actuellement, dont 220 000 barils par jour à Ras Lanuf, qui n'est pas en mesure de fonctionner à 100 % de ses capacités), notamment sur les sites de Zawiya et Tobruk. En effet, la Libye doit aujourd'hui importer 60 % de ses besoins en essence.

Parmi les autres secteurs, le renouvellement des infrastructures était en cours ; ainsi, en mars 2012, 40 % du réseau électrique devrait être remis en état pour fonctionner.

Le PIB prévisionnel en 2012 est évalué à 77,7 milliards de dollars (soit 11 800 dollars par habitant), représentant 96 % du niveau du PIB de 2010, en hausse de 70 % par rapport à l'année 2011.

b) L'adoption du budget 2012, une étape importante dans le retour à la normale aux plans économique et social

Le budget 2012 a été adopté le 12 mars, ce qui devrait permettre au gouvernement de disposer des ressources nécessaires pour assurer la paix sociale. Il est basé sur une hypothèse de croissance prudente (40 %, alors que la prévision du FMI s'établit à 70 %).

S'élevant à 68,5 milliards de dollars libyens (soit 56 milliards de dollars et 42,9 milliards d'euros), le budget libyen est consacré, notamment, au paiement des fonctionnaires (19 milliards de dinars) et aux subventions aux hydrocarbures et aux produits de première nécessité (15 milliards de dinars, dont 8 milliards pour les seules subventions aux hydrocarbures dont une partie - estimée à 40 % par le ministère du pétrole - serait détournée en transitant illégalement vers les pays voisins).

L'ensemble des revenus du pétrole et du gaz sont retracés sur un seul compte bancaire, géré à la Banque centrale de Libye.

Parmi les annonces sociales du gouvernement figure le versement de rentes aux révolutionnaires, de pensions aux blessés et aux familles de martyrs, ainsi que d'aides aux personnes déplacées. Si le CNT a décrété le versement d'une indemnité de 1 200 euros à chaque famille, en signe de reconnaissance du rôle éminent joué par les révolutionnaires, cette décision tarde à être appliquée - ce qui est le signe des difficultés du CNT à mettre en oeuvre sa politique.

c) Le rétablissement des équilibres économiques et l'engagement de réformes de structure

Alors que l'adoption du budget 2012 conforte la reprise des activités économiques, la situation monétaire interne apparaît également en cours de rétablissement, suivant les informations données à la délégation de la commission des finances par Sadek Al-Kabir, gouverneur de la Banque centrale.

La Banque centrale libyenne est confrontée à l'excès des liquidités en circulation en dehors des circuits bancaires (soit 15,5 milliards de dinars libyens, plus de 9 milliards d'euros), suite à la mise en circulation de monnaie rendue nécessaire pour faire face à la crise de liquidités. L'ensemble des liquidités détenues par le secteur bancaire s'élèvent à 1,6 milliard de dinars libyens (contre 360 millions de dinars avant la révolution), reflétant un manque de confiance dans le secteur bancaire, antérieur au changement de régime. Au total, la masse monétaire était évaluée à 23 milliards de dinars libyens en juillet 2012.

Dans ce contexte, une étape avait d'ores et déjà été franchie dans la normalisation des circuits financiers : les transactions courantes avec l'étranger avaient été rétablies, et les transactions internationales ouvertes à toutes les banques. Une des prochaines priorités est la réforme bancaire, y compris la mise en place d'un cadre législatif et réglementaire pour la finance islamique, les banques libyennes devant satisfaire les critères de Bâle 2. En revanche, d'éventuelles privatisations des établissements de crédits n'étaient pas à l'ordre du jour, dans l'attente des élections et de la désignation d'autorités politiques à la légitimité accrue.

Un autre point essentiel qui ressort des échanges avec les acteurs économiques libyens est que l'ancien régime entravait considérablement les activités du secteur privé. De ce point, la libéralisation et la diversification de l'économie devraient s'accélérer, dans un cadre où le ministère du plan devrait jouer un rôle central pour coordonner les différentes initiatives et identifier les secteurs prioritaires. Un intérêt tout particulier a porté sur l'essor du tourisme, lequel suppose la mise en place d'infrastructures d'accueil. Il pourrait s'agir d'un tourisme haut de gamme, mettant en valeur les sites archéologiques, et se positionnant ainsi sur des créneaux différents des voisins immédiats de la Libye.

Parallèlement, le système fiscal reste largement à construire, alors que les recettes budgétaires restent étroitement liées aux ressources provenant du pétrole et du gaz naturel. Les recettes fiscales sont ainsi inférieures à 3 milliards de dinars libyens, soit seulement 5 % des ressources budgétaires.

La France peut offrir une coopération dans différents domaines, par exemple la création d'un institut statistique ou la mise en place de liaisons informatiques plus sécurisées. En effet, les statistiques monétaires sont aujourd'hui fondées sur des relevés de données opérés dans un échantillon de villes.