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L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes »

4 juillet 2012 : L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes » ( rapport d'information )
6. Les prises de position des partis politiques et des candidats sur les questions économiques
a) Un consensus sur la nécessité des réformes

La délégation de la commission des finances a pu rencontrer :

- les responsables des formations politiques (notamment les experts économiques du PLJ et Tarek Hassan Al-Desouki, président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée du peuple, membre de Al Nour, qui s'exprimait autant comme président de commission soucieux d'assurer un pluralisme que comme représentant de Al Nour),

- ainsi que deux candidats à l'élection présidentielle, Amr Moussa et Abdel Moneim Aboul Fotouh.

Tout en étant conscients de la volonté de ses interlocuteurs de faire preuve d'ouverture et de compréhension par rapport aux attentes des Occidentaux et de rassurer les investisseurs étrangers, les sénateurs se félicitent d'une claire prise en compte de la fragilité de la situation économique, et aussi d'un réalisme conduisant à dresser des perspectives de long terme.

Les questions économiques et sociales sont apparues étroitement liées : tous les interlocuteurs, et notamment le PLJ des Frères musulmans, ont mis l'accent sur le coût économique de la corruption15(*) (ainsi que sur l'agitation entretenue selon eux par les partisans de l'ancien régime), un renforcement de la sécurité physique, indispensable aux investisseurs étrangers, et le besoin d'une plus grande stabilité politique et institutionnelle. Cette volonté de transparence, alliée à la nécessité de renforcer le secteur privé comme moteur d'une reprise de l'économie, est saluée par la délégation de la commission des finances.

Lors de sa rencontre avec les membres de la délégation, Tarek Hassan Al-Desouki a souligné un consensus au sein de la commission sur les orientations générales de politique économique.

Il est intéressant d'observer qu'il a souligne le rôle de contrôle de l'action gouvernementale par le Parlement, témoignant de l'apprentissage rapide d'une culture parlementaire. Parmi les sujets en cours d'examen figuraient des amendements à la loi sur les monopoles et la réforme du système fiscal. Le président de la commission des affaires économiques a aussi évoqué un rapatriement des capitaux ayant quitté l'Egypte après la révolution et une réduction des dépenses publiques.

De fait, un consensus se dégage aussi sur une nécessaire réforme des subventions énergétiques et alimentaires, qui représentent une part importante des dépenses budgétaires, mais avec une volonté d'agir progressivement. Les islamistes, qui ont mis en place des réseaux gratuits de santé et d'éducation privés à l'origine de leurs succès électoraux par un maillage de la société égyptienne, mettent cependant la justice sociale au coeur de leur discours politique.

b) Les positions du PLJ : priorité aux affaires sociales, réformes graduelles et fermeté dans les discussions avec le FMI

Les experts économiques du PLJ ont fortement insisté sur la nécessaire résorption de l'économie informelle, dont ils ont souligné qu'elle absorbait 73 % des nouveaux entrants sur le marché du travail (contre 12 % pour le secteur privé formel, et 15 % pour le secteur public, ce taux leur apparaissant trop bas), posant la nécessaire question de la dignité des conditions de travail. Par ailleurs, les critiques sur le manque de plan d'ensemble pour l'accueil des IDE et la faiblesse de l'industrie nationale, « démantelée par l'ancien régime » selon les termes utilisés par l'un de nos interlocuteurs, dessinent en creux une remise en cause, sinon du bien-fondé des réformes économiques menées depuis 2004, tout au moins de la façon dont elles ont été conduites. En effet, il a été réaffirmé la position de principe en faveur de la propriété privée, et le refus des nationalisations.

Si le PLJ a assoupli sa position initialement réticente sur un prêt du FMI16(*), en en acceptant le principe, les conditions d'octroi seront un critère déterminant, donnant lieu à d'âpres discussions, selon les précisions apportées à la délégation de la commission des finances. Mais le PLJ a déclaré publiquement, presque au même moment, qu'il ne souhaitait pas être lié par les conditions d'un prêt du FMI qu'auraient négocié les autorités de transition. A cet égard, le PLJ - comme d'ailleurs le parti Al Nour - rappellent la possibilité que des aides bilatérales soient également octroyées par les Etats du Golfe persique, ou encore d'autres partenaires non occidentaux comme la Turquie et Singapour.

Sur la question du prêt du FMI, un représentant de l'autre grand courant politique islamique (Al Nour, salafiste), Tarek Hassan Al-Desouki, président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée du peuple, a déclaré que le gouvernement avait « besoin de ce prêt » pour stabiliser l'économie, mais qu'il devait être accordé « à des conditions acceptables », en observant que la population égyptienne n'accepterait pas que des critères politiques interfèrent avec une décision répondant à une situation économique. Le prêt était une « partie de la solution », mais pas l'unique solution aux difficultés économiques et sociales de l'Egypte

Enfin, la zone du canal de Suez et du Sinaï fait l'objet d'une attention particulière des Frères musulmans, qui y sont traditionnellement bien implantés, et ont plusieurs projets de développement de la zone.

Le PLJ est favorable à la poursuite du rehaussement du salaire minimum, ainsi qu'à l'instauration d'un salaire maximum dans la fonction publique.

Les formations islamistes mettent aussi en avant le développement de nouveaux secteurs d'activité, dans une logique de justice sociale et conforme aux principes de l'Islam. A côté du tourisme traditionnel, où les règles sociales concernant la consommation d'alcool et l'habillement ne devraient guère être modifiées, un nouveau tourisme, respectueux des règles de l'Islam, devrait se mettre en place.

c) L'éducation, une politique publique prioritaire

Le rétablissement des réseaux publics de santé et d'éducation constitue aussi des enjeux de premier ordre, le score de la gauche à l'élection présidentielle ayant révélé l'ampleur des attentes sociales, qu'ont soulignées les experts économiques du PLJ au premier rang des questions liées au développement.

Les familles égyptiennes, dès qu'elles disposent des ressources nécessaires, consacrent une partie de leurs dépenses à l'éducation de leurs enfants, dans un pays où 40 % de la population est située à un niveau inférieur, égal ou proche du seuil de pauvreté, et où l'analphabétisme touche encore un tiers de la population.


* 15 Dans le même sens, soulignant la nécessité d'une gouvernance exemplaire, les représentants du PLJ ont rappelé que le nouveau Président de l'Assemblée du peuple issu du PLJ, dès son élection, avait décidé de ne conserver que deux véhicules (pour lui-même et son escorte) sur les six dont disposaient ses prédécesseurs.

* 16 Lors de leur entretien avec les membres de la délégation de la commission des finances, les experts économiques du PLJ ont souligné la nécessité de disposer de données chiffrées, et observé que l'Egypte disposait de droits en tant que membre du FMI, dont celui de bénéficier des crédits accordés par l'organisation internationale.