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L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes »

4 juillet 2012 : L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes » ( rapport d'information )
5. Des échanges économiques bilatéraux franco-égyptiens à conforter
a) Les investissements français en Egypte : un stock de 4,5 milliards d'euros

Durant l'année fiscale 2010-2011, l'Union européenne a pris la place des Etats-Unis comme premier investisseur étranger en Egypte. Parmi les Etats européens, le Royaume-Uni occupe la première place. Les flux d'investissements directs étrangers (IDE) français en Egypte s'élevaient à 286 millions de dollars en 2009-2010 et 227 millions de dollars en 2010-2011, plaçant notre pays entre le 3ème et le 6ème rang selon les années.

En 2008, le rachat d'Orascom Ciment par le groupe Lafarge a représenté une opération majeure - d'un montant de 8,8 milliards d'euros. Le stock des IDE français en Egypte s'élevait ainsi à 4,5 milliards d'euros en 2010 et l'Egypte est devenue la première destination des investissements français au Proche-Orient.

Au total, plus de 120 entreprises françaises ont implanté des filiales en Egypte, employant 50 000 personnes. On compte également des PME et de nombreux entrepreneurs individuels, l'autorité égyptienne des investissements dénombrant ainsi plus de 500 entreprises françaises en Egypte. Les PME françaises s'orientent toutefois davantage vers l'Algérie, le Maroc et la Tunisie.

La présence française est particulièrement importante dans les services : services bancaires (Société générale, Crédit agricole, BNP Paribas), transports aériens et maritimes (Air France, CMA-CGM), télécommunications (Alcatel-Lucent et surtout Mobinil, filiale de France Telecom, qui est le premier opérateur de téléphonie mobile), distribution (Carrefour, Total) et traitement de l'eau (Degrémont, Veolia). Des franchises comme Paul et 5àSec ont récemment ouvert leurs premiers magasins en Egypte.

En dehors du secteur des services, la France est présente dans les domaines de l'énergie (GDF-Suez, Total), la construction (ciment : Lafarge, Vicat ; matériaux de construction : Saint-Gobain, Soprema), les équipements électriques (Schneider Electric, Legrand, Nexans, Areva T et D), les produits pharmaceutiques (Sanofi-Aventis, Servier), les gaz industriels (Air Liquide), l'industrie alimentaire (Danone, Lactalis, Bel, Bongrain).

Les incertitudes politiques ont entraîné un attentisme des investisseurs et un arrêt des IDE.

Des projets restent toutefois d'actualité, comme Transgreen dans le domaine énergétique, avec Areva : les études techniques ont déjà été réalisées pour le transport d'énergie renouvelable du Nord de l'Afrique et de l'Egypte vers l'Europe. Pour sa part, l'entreprise Total, présente dans le pays depuis une quinzaine d'années, a d'importantes perspectives de développement à horizon de dix ans : après avoir conduit des activités d'exploration en eaux profondes, elle envisage des projets dans le secteur de la pétrochimie. Les groupes pétroliers français observent que le marché égyptien est porté par une consommation dynamique.

Rencontrés par les membres de la délégation lors d'un petit déjeuner organisés avec les conseillers du commerce extérieur de la France, les représentants des entreprises françaises en Egypte ont souligné le potentiel d'appréciation du marché égyptien. Ainsi, le groupe Carrefour, qui compte 6 hypermarchés et 5 supermarchés en Egypte, a précisé qu'il continuerait à s'y développer en faisant du pays sa base régionale, l'Egypte constituant son sixième marché dans le monde. Son représentant a observé qu'il employait 4 900 salariés, en ajoutant qu'un emploi direct dans la distribution générait cinq emplois indirects. Un autre effet de la révolution était un changement des modes de consommation, avec une part accrue des produits frais et des dépenses d'informatique et de télécommunications, au détriment du riz et des produits textiles.

D'autres entreprises sont davantage dans une position d'attentisme avant de renforcer leurs investissements, dans un contexte d'incertitudes politiques, de handicaps créés par des coûts logistiques élevés et de lourdeurs administratives créées par les délais de délivrance des autorisations d'exportation. Des concurrents, comme la Chine et la Russie, se positionnent en étant moins contraints par les questions de transferts de technologies.

b) Le commerce extérieur : une hausse de 140 % en 7 ans

En 2011, les échanges commerciaux entre la France et l'Egypte ont atteint 3,16 milliards d'euros, en hausse de 8 % par rapport à 2010 (2,92 milliards d'euros). Alors que les exportations françaises sont restées stables (1,82 milliard d'euros), les importations ont progressé de 19 %, pour atteindre 1,34 milliard d'euros. L'excédent commercial français est tombé à 0,48 milliard d'euros (contre 0,69 milliard d'euros en 2010). Depuis le début des réformes économiques en Egypte en 2004, les échanges commerciaux ont progressé de 140 % en sept ans, selon les douanes françaises.

En 2011, l'Egypte a été le 39ème client et le 44ème fournisseur de la France, en ayant représenté 0,5 % des exportations et 0,3 % des importations françaises. Pour l'Egypte, selon les données de la Banque centrale, durant l'année fiscale 2010-2011 la France a été son 6ème fournisseur12(*) et son 8ème client13(*), en ayant totalisé 3,1 % des exportations et 5,6 % des importations égyptiennes.

S'agissant des exportations (1,82 milliard d'euros), le retour de la Russie sur le marché mondial à l'été 2011 a entraîné une diminution de 43 % de nos exportations de blé (540 000 tonnes et 270 millions d'euros en 2011). Les ventes de produits pharmaceutiques ont également diminué de 17 % (à 115 millions d'euros). Le maintien des exportations françaises s'explique par une hausse des ventes d'aéronefs (383 millions d'euros, en augmentation de 71 %) et des produits raffinés du pétrole (173 millions d'euros, soit plus de quatre fois les exportations de 2010 : 36 millions d'euros). Parmi les autres postes, on relève une augmentation de nos ventes d'aluminium (44 millions d'euros en 2011, contre 19 millions d'euros en 2010).

En ce qui concerne les importations (1,34 milliard d'euros), elles restent fortement concentrées sur les hydrocarbures, répartis entre :

- les hydrocarbures naturels (686,2 millions d'euros), en hausse de 19 % par rapport à 2010 (575,9 millions d'euros), du fait notamment d'un effet-prix favorable dans un contexte de hausse des cours mondiaux, correspondant à des achats de pétrole brut (409 millions d'euros, soit 31 % de nos importations en provenance d'Egypte) et de gaz naturel (270 millions d'euros),

- les produits pétroliers raffinés (80 millions d'euros, en hausse de 30 % sur un an).

Le deuxième poste d'importations égyptiennes est constitué par les engrais azotés (221 millions d'euros, en diminution de 17 % sous l'effet d'une baisse de la production).

En 2011, la France a également importé d'Egypte du cuivre (52 millions d'euros), des produits chimiques organiques de base (51 millions d'euros)14(*), ainsi que des produits textiles et d'habillement (99 millions d'euros).


* 12 La France s'est classée après les Etats-Unis (11,8 %), la Suisse (7,8 %), la Chine (7,7 %), l'Allemagne (7,3 %) et le Royaume-Uni (5,6 %), et devançait l'Italie (3,9 %) et les Emirats Arabes Unis (3,8 %).

* 13 La France était devancée par l'Italie (20 % des exportations égyptiennes), les Etats-Unis (13 %), l'Inde (5,5 %), le Royaume-Uni (5 %), les Emirats Arabes Unis (4,3 %), l'Allemagne (3,7 %) et la Turquie (3,2 %). Elle précédait la Suisse (3 %) et les Pays-Bas (2,6 %).

* 14 Ces deux postes ont été en forte augmentation en 2011, puisque les importations de cuivre et de produits chimiques organiques de base ne s'élevaient en 2010, respectivement, qu'à 1 million et 3 millions d'euros.