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L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes »

4 juillet 2012 : L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes » ( rapport d'information )
4. Le rôle indispensable de l'aide internationale : en attendant les prêts du FMI et de la Banque mondiale
a) Une pluralité de prêteurs et de donateurs, mais un rôle d'amorce des institutions de Bretton Woods

Compte tenu d'une situation financière difficile, l'aide internationale est appelée à jouer un rôle vital si le cap des réformes démocratiques est maintenu, le ministère des finances égyptien estimant lui-même les besoins de financement extérieurs de l'économie à 12 milliards de dollars. L'Egypte fait d'ailleurs partie des principaux Etats bénéficiaires du partenariat de Deauville, mis en place suite aux printemps arabes. Pour sa part, l'aide publique au développement française à l'Egypte est d'ores et déjà comprise entre 200 et 250 millions d'euros pour an, sous forme de prêts, notre pays contribuant à des projets majeurs d'infrastructure, comme le métro souterrain du Caire.

Le versement de cette aide se heurte toutefois au climat actuel d'incertitudes politiques et à l'attentisme du gouvernement de transition, dont la légitimité est faible, ainsi qu'à une réticence à accepter les conditions d'octroi de certaines aides, et en tout premier lieu les prêts du FMI et de la Banque mondiale - dont les montants respectifs s'élèvent à 3,2 milliards de dollars et 1 milliard de dollars - qui s'ajouteraient aux prêts multilatéraux de la Banque africaine de développement (BAfD). Le montant total des aides bilatérales et multilatérales - y compris 500 millions d'euros de l'Union européenne - serait ainsi compris entre 8 et 10 milliards de dollars.

Si la sollicitation d'autres aides bilatérales - notamment des pays du Golfe persique (Arabie Saoudite, Koweït, Emirats Arabes Unis, Qatar) - est volontiers citée par les Frères musulmans (et l'Arabie Saoudite a déjà accordé des dons à hauteur de 500 millions de dollars), leur versement n'interviendrait essentiellement qu'après un accord avec le FMI et la Banque mondiale. L'incertitude ne porte pas tant sur la conclusion d'un accord avec le FMI - dont conviennent, parfois mezza voce, les différentes forces politiques - que sur le calendrier, aujourd'hui renvoyé à la fin du processus électoral, après l'échéance présidentielle.

La question se pose aussi de l'affectation et du contenu de ces aides : si le gouvernement égyptien a souvent privilégié par le passé les annulations de dettes, les capacités actuelles de remboursement de l'Egypte, pays à revenus intermédiaires, justifient davantage le soutien aux grands projets d'investissement - qui se poursuivent, mais à un rythme moins rapide - comme le métro du Caire ou l'extension du réseau d'assainissement.

b) Des négociations en cours avec le FMI et la Banque mondiale

Jusqu'à la crise politique en cours, les discussions en cours avec le FMI et la Banque mondiale constituaient toutefois un signal encourageant du prochain déblocage de l'aide, qui apparaît urgent aux membres de la délégation de la commission des finances.

Début mars, le FMI avait reçu du gouvernement égyptien un document décrivant « les termes généraux d'un programme économique », selon l'expression utilisée par le directeur des relations extérieures, Gerry Rice lors d'un point presse à Washington, qui avait ajouté que ses services examinaient ces propositions en vue de la conclusion d'un accord de prêt avec l'Egypte.

Lors de sa rencontre avec les membres de la délégation de la commission des finances, Hany Dimian, vice-ministre des finances, a déclaré que les travaux avec le FMI étaient « en bonne voie », et qu'il y avait un accord sur les enjeux auxquels faisait face l'économie égyptienne, comme l'amélioration du système de collecte des impôts ou une plus grande équité fiscale (avec une priorité concernant la TVA, qui donne aujourd'hui lieu à de nombreuses exemptions). La discussion portait alors principalement sur le calendrier de mise en oeuvre des mesures envisagées, le ministère des finances égyptien ayant par ailleurs souligné aux membres de la délégation de votre commission des finances l'impérieuse nécessité de soutenir la croissance économique. La priorité des autorités égyptiennes est le retour à des taux de croissance élevés (de l'ordre de 6 % à 7 % par an, comme avant la crise financière) qui permettront de nouveaux investissements directs étrangers, parallèlement à l'engagement graduel des réformes structurelles. Dans ce contexte, le risque imminent d'une crise de liquidités n'est pas apparu majeur.

Annoncé à plusieurs reprises, l'achèvement des négociations - qui portent tant sur le contenu des mesures que sur l'établissement d'une liste de priorités - apparaissait toutefois retardé par le calendrier électoral, avant de buter aujourd'hui sur une situation politique lourde d'incertitudes.