Allez au contenu, Allez à la navigation

L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes »

4 juillet 2012 : L'Égypte, la Libye et la Tunisie un an après les « printemps arabes » ( rapport d'information )
2. Une situation politique toujours instable
a) Le mouvement autonomiste de Cyrénaïque

Jusqu'en 1963, la Libye constituait un Etat fédéral, dont l'unité avait été maintenue par le régime du colonel Khadafi.

Le 6 mars 2012, un mouvement autonomiste a proclamé la province fédérale de Barqa en Cyrénaïque. La question de l'équilibre entre les différentes composantes de la Libye était déjà au coeur des débats sur la délimitation des circonscriptions électorales et du nombre de sièges par région lors des discussions sur la loi électorale, et une répartition plus équitable des sièges de député est l'une des revendications du mouvement autonomiste animé par Ahmed Zoubaïr Al-Senoussi, cousin de l'ancien roi Idriss Senoussi et membre du CNT. Ces revendications témoignent de la fragilité de l'assise politique du CNT, dirigé par Mustapha Abdeljalil.

Opposant politique emprisonné pendant 31 ans, de 1970 à 2001, Ahmed Al-Senoussi s'est dit disposer à dialoguer avec le CNT, dont le président a déclaré s'opposer par tous les moyens, y compris la force militaire, à la partition de la Libye. Les autonomistes de Cyrénaïque ont alors réaffirmé qu'ils étaient favorables à une organisation fédérale du pays, et non à l'indépendance.

La délégation de la commission des finances du Sénat observe qu'il sera difficile de ne pas envisager un certain degré d'autonomie pour les régions éloignées du pouvoir central. Elle retient aussi la nécessité de conduire de manière cohérente le processus de décentralisation.

b) Les défis de la violence et de l'insécurité

L'ordre public reste largement assuré par les 500 brigades révolutionnaires, sur lesquelles se sont longtemps exclusivement appuyées les autorités du CNT et le gouvernement, tout en étant conscients que certaines personnes se disent être d'anciens révolutionnaires pour détenir des armes et commettre des violences. Puis le CNT a mis en place un Comité suprême de la sécurité (CSS), sous l'égide du ministère de l'intérieur, destiné à neutraliser les milices.

L'insécurité, bien qu'en recul, reste un problème majeur. Mi-février, des incidents dans la région de Koufra ont fait plus de 100 morts.

Le gouvernement libyen accuse l'ancien régime d'avoir remis en liberté 16 000 à 17 000 prisonniers dont des anciens détenus de droit commun, alimentant ainsi l'insécurité qui déstabilise la société libyenne.

La violence répétée des milices et du CSS interpelle vivement, à l'encontre notamment des 5 000 à 6 000 personnes détenues dans des centres illégaux et des minorités ethniques, en particulier les Tawarghas, et les étrangers originaires des pays du Sud du Sahel.

Dans ce contexte, un événement a retenu l'attention : un chirurgien, expert auprès de la commission gouvernementale sur les personnes disparues et ancien président d'une commission d'enquête sur un massacre de prisonniers commis par le régime Kadhafi, Salem Forjani, accuse des hommes du CSS de l'avoir enlevé puis torturé le 17 mai dernier, au centre médical de Tripoli. Il s'y était rendu sur ordre du ministère de la santé pour relever de ses fonctions le directeur, le docteur Khalid Urayath, mis en cause pour ses liens avec l'ancien régime, et qui refuse toujours de démissionner malgré des demandes répétées du ministère de la santé. Le sort de Salem Forjani, personnalité connue et respectée et qui se cache désormais car il est menacé de représailles, a causé une vive émotion, ses ravisseurs devant de toute évidence être poursuivis.

Dans un rapport remis au Conseil de sécurité des Nations Unies en mai, Ian Martin, représentant spécial des Nations Unies, a dit craindre dans la création du CSS la formation d'une force de police parallèle, tout en reconnaissant que sa formation avait constitué un progrès :

« Le mécanisme d'intérim baptisé Comité suprême de la sécurité, qui compte 60 000 à 70 000 combattants, a jusqu'à un certain point permis d'avoir un commandement unifié. Il est cependant essentiel qu'il ne devienne pas une force de sécurité parallèle ».

Alors que la France et le Royaume-Uni ont apporté très tôt leur soutien au CNT, il convient d'assurer le rétablissement de la sécurité par des forces relevant du seul gouvernement, et de garantir le plein respect des droits de l'homme et des valeurs démocratiques au nom desquels la révolution a été conduite.

Le gouvernement libyen a exprimé sa préoccupation face aux violences et aux atteintes aux droits de l'homme, notamment dans les prisons, ce qui nécessite une plus forte présence de l'Etat. Les ministres libyens ont indiqué à la commission des finances du Sénat que des enquêtes seraient conduites sur les violations des droits de l'homme, sous l'égide du ministère de la justice.

Si les autorités libyennes sont donc clairement conscientes de la situation et se disent déterminées à agir, elles avouent ne pas disposer de tous les moyens nécessaires. De premières coopérations sont cependant déjà en place, dans les domaines de la justice et de la sécurité, entre le CNT et les pays occidentaux, au premier rang desquels la France et la Grande-Bretagne.