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L'avenir des forces nucléaires françaises

12 juillet 2012 : L'avenir des forces nucléaires françaises ( rapport d'information )
2. La dissuasion tire l'industrie française vers le haut :
a) Un savoir faire au premier rang mondial, fruit de quarante années d'efforts

Depuis plus de quarante ans, les investissements réalisés par la France dans le domaine de la dissuasion océanique ont conféré à nos missiliers en particulier EADS Astrium, un savoir-faire de premier rang dans le domaine des lanceurs qui n'existe qu'aux Etats-Unis, en Russie et pas encore en Chine et à notre concepteur de sous-marins, DCNS, un savoir-faire unique dans les domaines de la propulsion et du lancement en immersion.

Les programmes de missiles balistiques exigent un savoir faire et des compétences de très haut niveau dans la maîtrise d'oeuvre de systèmes complexes et dans de nombreux domaines techniques tels que l'architecture de missiles, l'hydrodynamique, l'aérodynamique, le guidage-pilotage, l'électronique et logiciels embarqués, les matériaux, la propulsion solide ou encore la sureté nucléaire. Astrium ST possède également des compétences de premier plan dans la rentrée atmosphérique utilisée notamment pour les têtes nucléaires.

Nombre de ces compétences et savoir-faire sont partagés avec la filière Ariane dont, historiquement, les développements se sont trouvés être en quasi-alternance avec ceux des missiles balistiques. Elles concernent aussi la filière industrielle française de propulsion solide (HERAKLES).

Ces programmes de lanceurs militaires et civils ont permis la mise en place et le maintien d'un socle industriel français efficace qui représente globalement dans ce domaine environ 7 000 emplois directs hautement qualifiés. Il est aujourd'hui au meilleur niveau mondial comme en témoignent les succès réguliers d'Ariane V ainsi que la réussite du développement du M 51.

Rappelons que l'entrée en service16(*) de la première dotation du M51.1 est intervenue en 201017(*) conformément au calendrier initial du développement. La version M51.2 sera quant à elle mise en service en 2015. Elle porte sur l'adaptation du système M51 aux nouvelles têtes et non sur le développement d'un nouveau missile. Le maintien en conditions opérationnelles des trois dotations de missiles M51 est assuré au titre d'un contrat en cours dont le renouvellement doit intervenir en 2015.

Le développement des SNLE de la classe « Le Triomphant » a permis à DCNS de développer les sous-marins conventionnels de type `Scorpène' qui ont été vendus à de nombreux exemplaires à l'exportation (Chili, Malaisie, Inde et Brésil).

b) La pérennité des compétences françaises est en danger

Depuis les années 1970, l'industrie française a mené en permanence au moins un développement de lanceur civil ou militaire ce qui a permis le maintien d'un savoir-faire de premier plan au niveau mondial.

Le maintien des compétences lanceurs en France fait aujourd'hui face à un défi historique avec la fin concomitante des développements d'Ariane V et du M51. Cela pose la question cruciale, sans réponse à ce jour, du maintien des compétences françaises dans ce secteur. Faute de nouveaux développements à court terme, l'industrie française perdra sa capacité à concevoir et développer la prochaine génération de lanceurs post M51 et Ariane V. L'exemple des difficultés rencontrées actuellement par l'industrie russe en est la confirmation.

Astrium a fait des efforts particulièrement importants pour adapter son outil industriel, tout en préservant les compétences clés. Cette adaptation a conduit à une réduction de près de la moitié des effectifs depuis les années 90. Le seuil critique des bureaux d'études en deçà duquel il serait dangereux de descendre est aujourd'hui atteint.

A ce titre le Programme M51.3 dont le contrat de développement est attendu pour mi-2013 est vital ainsi que le programme Ariane 5 ME (midlife evolution) dont la décision de principe de lancement, confirmée en 2010 par le précédent Président de la République lors de son discours de Vernon, n'a pour l'instant donné lieu à aucune décision concrète des pouvoirs publics français. La prochaine étape majeure est le Conseil Interministériel de l'ESA (agence spatiale européenne) initialement prévu fin 2011, mais finalement repoussé à novembre 2012.

Cette situation, si elle devait perdurer, conduirait de facto à une remise en cause du programme Ariane V ME.

Sans ces deux programmes, l'industrie française se trouverait alors incapable de concevoir et développer la génération prochaine de missiles stratégiques et de lanceurs ; traiter en temps réels des aléas de production et les obsolescences pendant la phase d'exploitation ; minimiser les conséquences et délais de retour en vol en cas d'échec d'un lancement18(*).

Depuis les années 60, l'industrie française (DCN puis DCNS) a toujours mené séquentiellement un développement de SNLE, de sous-marin conventionnel (Agosta, Scorpène) et de SNA. Sans ce phasage des programmes, elle se serait trouvée dans l'incapacité de développer la prochaine génération de SNLE.

c) Socle indispensable au maintien des compétences

Le programme M51.3 consiste en un développement d'un nouveau troisième étage du M51 (M51.3) pour une mise en service à partir de 2020, l'étage actuel ayant été repris de la génération précédente M45. Il offrira sur le plan opérationnel des performances accrues.

Il constitue un socle de financement indispensable au maintien des compétences des bureaux d'étude d'Astrium et de la filière industrielle française de propulsion solide, sur la dizaine d'années à venir, en attendant le développement des successeurs du M51 et d'Ariane V.


* 16 Admission au service actif du SNLE Le Terrible

* 17 La mise en service des trois dotations de M51 s'échelonne de 2010 à 2015.

* 18 Ce qui n'est possible que si les meilleures compétences et la mémoire des programmes ont pu être fixées sur de nouveaux programmes de développement