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L'avenir des forces nucléaires françaises

12 juillet 2012 : L'avenir des forces nucléaires françaises ( rapport d'information )

III. DE NOUVELLES INTERROGATIONS SE SONT FAIT JOUR

A. LE RISQUE D'ISOLEMENT DE LA FRANCE EN EUROPE

1. Le futur incertain des armes tactiques de l'OTAN

Dans une étude récente et très documentée, la fondation Carnegie a exploré les différents scénarii d'une évolution des armes nucléaires tactiques en Europe9(*).

Cette étude passe en revue les différents pays sur lesquels des armes nucléaires tactiques et des avions capables de porter ces armes, sont déployées en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Italie et en Turquie.

Quand en novembre 2010 l'OTAN a entrepris une revue de sa posture nucléaire, l'importance des armes nucléaires est devenue telle dans le débat politique que l'Allemagne a appelé au retrait des armes nucléaires américaines de son territoire. Le parlement néerlandais, à son tour, a déclaré que les armes nucléaires n'étaient plus nécessaires pour garantir la sécurité des membres de l'Alliance.

Certains Etats, conduits par l'Allemagne, espéraient ainsi éliminer les armes nucléaires tactiques, estimées à deux cent armes, et rétablir l'OTAN à l'avant-garde du mouvement de désarmement nucléaire mondial.

Précisons qu'il s'agit de bombes à gravité américaines de type U.S. B61 et que ces bombes sont portées par des avions Tornado en Allemagne et General Dynamics- Lockheed Martin F 16 dans les autres pays.

Les avions Tornado devraient normalement être retirés du service au tournant des années 2015-2018. Mais compte tenu de leur mission nucléaire, le gouvernement allemand a décidé de prolonger certains avions jusqu'à l'horizon 2020.

L'avion de combat JSF 35 pourra très probablement emporter des armes nucléaires tactiques moyennant de petites adaptations à coût relativement réduits, de l'ordre de cinq à dix millions de dollars.

L'Allemagne introduit l'Eurofighter dans ses forces. Toutefois, l'Eurofighter n'est pas initialement conçu pour emporter des bombes à gravité et donc une adaptation sera nécessaire, d'autant que l'Allemagne n'a pas commandé de JSF 35.

Or il semble peu probable qu'un gouvernement allemand, quel qu'il soit, demande et que le Bundestag accepte, la certification nucléaire des Eurofighter ou bien l'achat de chasseurs bombardiers, capables d'effectuer des raids nucléaires.

Dans l'hypothèse où l'Allemagne opterait en faveur d'un retrait des armes nucléaires tactiques de son territoire, il est très probable que les Pays-Bas et la Belgique suivraient, laissant seules l'Italie et la Turquie en charge du fardeau nucléaire de l'OTAN en Europe. Une telle hypothèse ne risquerait-elle pas de conduire à un abandon pur et simple des armes nucléaires tactiques en Europe, hors Turquie, laissant la charge aux Etats-Unis seuls de garantir le fait que l'Alliance resterait malgré tout « nucléaire » ?

Si cela advenait, la France et le Royaume-Uni se retrouveraient isolés en Europe.


* 9 Looking beyond the Chicago Summit: Nuclear Weapons in Europe and the Future of Nato http://carnegieendowment.org/2012/04/12/looking-beyond-chicago-summit-nuclear-weapons-in-europe-and-future-of-nato