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Se donner les moyens de ses ambitions : les leçons des inondations du Var et du sud-est de la France

24 septembre 2012 : Se donner les moyens de ses ambitions : les leçons des inondations du Var et du sud-est de la France ( rapport d'information )

C. L'INONDATION : UN RISQUE MAJEUR BIEN VAROIS

Contrairement aux apparences, qui laissent à penser que les crues de 2010 et de 2011, différentes dans leurs caractéristiques mais comparables dans leur ampleur, constituent des phénomènes exceptionnels dans le département du Var, un bref historique des crues des cours d'eau varois montre, sans contestation possible, qu'il n'en est rien.

Si les cours d'eau du territoire13(*) touché par les catastrophes des mois de juin 2010 et de novembre 2001 sont en effet connus pour leurs crues intenses et rapides, les inondations catastrophiques qu'elles peuvent engendrer sont visiblement sorties de la mémoire collective.

Elles ne sont pourtant sorties ni de celle des archives, ni de celle des historiens locaux, comme le montre l'étude14(*) réalisée après les événements du 15 juin 2010 en Dracénie.

Selon cette étude, la plus ancienne référence d'une inondation (crue de la Nartuby) dans le Var est une délibération de la communauté d'habitants de Draguignan datant de 1378. Les registres de la communauté ont aussi gardé la trace d'inondations en 1581, 1584, 1666. Le « livre de raison » d'un bourgeois dracénois fait état d'un « déluge » d'une vingtaine d'heures s'abattant sur la Dracénie en 1674 et déchaînant la Nartuby : récoltes et arbres, pont à Trans et Châteaudouble, berges à la Motte emportés. Il est fait aussi état de dégâts à Ampus et Montferrat et de nouvelles inondations à Draguignan en 1685 et 1697.

Mais la crue de 1827, précédée par celle de 1818, reste la référence « historique » la plus courante. L'origine est toujours la même : l'importance des précipitations. Un contemporain parle d'eau « tombant par torrent ». L'eau s'élèvera à 2,1 m / 2,4 m dans la plaine autour de Draguignan. Les dégâts sont très importants à Montferrat, Rebouillon (destruction de maisons et de l'antique pont romain de la Granégone), Ampus ainsi qu'à La Motte. 6 personnes périssent à Draguignan et Trans où le parapet du pont est emporté. Le dommage sur les 6 communes est alors estimé à 1 million de francs or.

L'étude montre aussi comment, au fil des siècles, le détournement, voire parfois le comblement partiel ou total de certains ruisseaux, comme La Riaille (du provençal « riaio » : grand ruisseau, torrent) issu du Malmont, ont rendu Draguignan vulnérable au ruissellement. L'urbanisation récente a fait le reste.

Les archives font aussi état d'inondations nombreuses du Gapeau en 1535 (une crue déplace son lit à La Crau). Le 8 septembre 1651, une « terrible crue » cause 44 victimes à Signes, Solliès-le-Pont et Belgentier. Tous les ponts sont rompus.

Comme on le verra un peu plus loin, une recension comparable pourrait évidemment être faite pour le Gard, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse ou les Alpes-Maritimes.

En tous cas, même pour le Var, pourvu qu'on cherche, on trouve. Reste la question : pourquoi ces événements sont-ils sortis à ce point de la mémoire locale ? Va pour les inondations passées, mais pour les récentes, étonnamment répétitives ?

Car, ces 60 dernières années, le Var a été régulièrement frappé par l'inondation. On citera :

· 1959 : la basse vallée de l'Argens est inondée plus ou moins gravement, 8 fois, notamment en décembre, quelques jours après la catastrophe de Malpasset en raison des pluies abondantes qui se prolongent ;

· 3 février 1974 : l'Argens déborde à Roquebrune et à Fréjus, la Nartuby à Draguignan et à Trans-en-Provence, conduisant à des travaux de recalibrage sur l'aval du cours d'eau ;

· 18 janvier 1978 : inondation à Roquebrune ;

· du 8 au 12 janvier 1994 : crue de l'Argens à Roquebrune (300 ha inondés dans la plaine), du Caramy à Brignoles et de la Nartuby à Trans-en-Provence ;

· 12 janvier 1994 : inondation à Roquebrune ;

· octobre 1987 puis septembre 1993 : le Grenouillet, affluent de l'Agay, inonde brutalement Saint-Raphaël ;

· 25 décembre 2000 et 15 décembre 2008 : inondations à Roquebrune et à Brignoles ;

· janvier 1948 : inondation du centre de Solliès-Pont ;

· 26 novembre 1961 : la nationale 98 est submergée entre le pont du Gapeau et l'entrée d'Hyères ;

· 25 janvier 1996 : inondation à Hyères faisant suite à un épisode pluvieux de 5 jours ;

· 17 au 18 janvier 1999 : inondation par débordement et par ruissellement. 600 familles sont évacuées à Hyères ;

· 15 décembre 2008 : coupures de routes par débordement du Real Martin, affluent du Gapeau, et nombreux dégâts dans le port de plaisance d'Hyères ;

· 18 septembre 2009, comme en 1932 et en 1959, la ville de Sainte-Maxime subit, après une succession d'épisodes orageux, une importante inondation de son centre-ville et de ses zones d'activité, suite à la crue du Préconil, dont l'embouchure se situe dans la partie urbanisée de la ville. Si cet événement n'a pas causé de victimes, il a engendré de nombreux dégâts aux biens, notamment les véhicules, et affecté l'activité économique. Les inondations touchent également le bassin de la Giscle15(*) à Grimaud ;

· octobre 2009 : des inondations des fleuves côtiers et notamment de la Giscle touchent les secteurs de Grimaud et de Cogolin, mais aussi Saint-Tropez. La zone résidentielle de Sainte-Maxime est également affectée par le débordement du Préconil.

Les inondations dans le département du Var représentent clairement des événements bien plus récurrents qu'exceptionnels. Pourtant, la population, les autorités de l'État dans le département comme les élus locaux se sont beaucoup moins mobilisés contre le risque inondation que contre les incendies de forêt qui ont frappé l'imagination par deux fois ces 20 dernières années dans les Maures, en 1990 (9 600 ha détruits) et en 2003 (18 000 ha).

Les événements de juin 2010 et novembre 2011 ont montré que les temps sont venus de prendre aussi au sérieux le risque inondation.


* 13 Voir carte des cours d'eau du Var en annexe 9.

* 14 MM. Pierre Jean Gayrard (Société d'Études et Centre Archéologique du Var), Jérôme Pelissier (Archivistes, Archives départementales du Var, CG 83) et Émile Décuq.

* 15 Des inondations se produisent également dans le bassin de la Giscle (vallée de la Môle).