D. ÉCHANGES AVEC LA SALLE

M. Marc Laget, chef du pôle aménagement numérique des territoires de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (Datar)

Le système numérique de demain sera très centralisé. La Datar réfléchit à la façon de faire bénéficier tous les territoires de l'aménagement numérique. Des bandes passantes sont disponibles... Les territoires fragiles ne doivent pas être asservis par l'économie numérique. Quelles sont les perspectives ?

M. Bernard Cathelat, directeur de recherches au CCA, représentant du Forum Netexplo

Je me contente d'observer les phénomènes, je n'anticipe pas.

Les monstres industriels, les grands réseaux pour le grand public, comme Facebook, ne s'intéressent pas aux zones rurales, isolées, pauvres. En revanche, il existe des petits réseaux sociaux associatifs, sans serveurs centraux ni investissements qui pourront fonctionner comme des coopératives : les zones mal desservies par les grands networks seront leur territoire. De plus en plus de personnes seront à la fois présentes sur Facebook ou Twitter, car c'est aussi indispensable qu'une carte de visite, et sur ces micro-réseaux sociaux constitués par cooptation. Ils ont vocation à occuper les zones fragiles, peut-être en ayant leurs propres relais et leurs bandes passantes.

M. Serge Tisseron, psychiatre

My Data est soutenu par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Peut-il devenir un phénomène de masse ?

M. Bernard Cathelat, directeur de recherches au CCA, représentant du Forum Netexplo

Je suis un optimiste mais je veux rester prudent, car je suis un sociologue hors d'âge : comment pourrais-je comprendre vraiment les jeunes générations ? Celles-ci semblent avoir abandonné l'idée d'une protection de soi-même. Ce qui est sur Facebook est passé par pertes et profits. Cette initiative est donc peut-être dépassée.

M. Serge Tisseron, psychiatre

Les jeunes se protègent beaucoup mieux qu'il y a trois ans. Ils ne mettent en ligne que ce qu'ils veulent.

M. Maël Le Mée, artiste multimédia

Je n'ai ni permis de conduire, ni compte Facebook. Vous évoquez un moment critique pour ces grands opérateurs. Mais ils ont déjà prévu une possible désaffection, ils savent fidéliser ceux qui se lassent parce qu'ils connaissent tout d'eux et leur proposent au bon instant une place VIP à une fête, une offre d'emploi dans une start-up ...

Vous avez employé le terme de strip tease . Je parlerais plutôt de « neturisme », car il n'y a ni séquences, ni érotisme, simplement une mise à nu immédiate, sans mise en scène. Nous aurions pu, à propos de Fregoli, mentionner les gender studies et la revendication queer - car sur Internet, on peut construire sa propre identité. Enfin, sur la valeur marchande, puisqu'il y a des carnets d'adresses gigantesques et que les gens souhaitent se contacter, pourquoi refuser une monétarisation dès lors que l'on s'appuie sur un système fiable, vertueux, sans risque ?

Mme Laurence Allard, maître de conférences à l'Université Lille 3 et Paris 3 et expert en « Usages Innovants » auprès de la Fédération françaises des télécoms

Joëlle Menrath et moi avons réalisé une enquête pour la Fédération française des télécoms, une ethnographie des usages des outils numériques. M. Cathelat a évoqué les tendances à partir de l'offre, les applications à venir. L'état des lieux des pratiques actuelles est également utile !

Mme Joëlle Menrath, sociologue

La vie connectée implique de nombreuses déconnexions. On publie, supprime et restaure son profil, on répond par SMS plutôt que vocalement, etc. Autrement dit, les jeunes savent bien éviter les écueils et les risques, se protéger des tendances qui les effraient, se fabriquer une vie de bien-être qui est la vie connectée. Ce n'est pas soi que l'on présente sur Facebook, mais des expressions de soi, utilisant toutes les ressources symboliques. C'est tout sauf une exhibition : un travail de signes. L'identité ne se donne pas à voir dans ce travail très élaboré.

M. Thierry Happe, co-fondateur du Forum Nextexplo

Pour illustrer l'appropriation des technologies par le match marketing , je voudrais vous montrer un petit film publicitaire de Google, à propos de la réalité augmentée. ( Le film est projeté sur un écran .) Dans quelques temps, que l'on soit d'accord ou pas, il faudra faire avec. Internet n'est ni bon ni mauvais, tout dépend de ce que l'on en fait !

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente du groupe d'études « Médias et nouvelles technologies »

Merci de cette conclusion.

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