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Pesticides : vers le risque zéro

10 octobre 2012 : Pesticides : vers le risque zéro ( rapport d'information )
Audition de M. Marcel Jeanson et de M. Jean-Philippe Jeanson, agriculteurs (17 avril 2012)

Mme Sophie Primas, présidente. - Bienvenue à MM. Jeanson, père et fils. Le sénateur Marcel Deneux nous a conseillé de vous entendre, car vous êtes des précurseurs en matière de réduction des intrants, sans être agriculteurs biologiques pour autant. Comment vous y êtes vous pris, et avec quels résultats, sanitaires et économiques ?

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Et quelles furent vos motivations ?

M. Marcel Jeanson, agriculteur, membre du bureau d'Agro-transfert, ressources et territoires (collège des personnalités qualifiées). -Déjà, je suis en bonne santé, après quarante ans d'activité ! La pression médiatique, il y a vingt-cinq ans, a beaucoup pesé dans mon changement de pratiques : les agriculteurs étaient traités d'assassins, de pollueurs. Je l'ai très mal vécu. Je me suis dit qu'il fallait que je change ma démarche, et que je communique.

Nous sommes adhérents du réseau Phare et d'une démarche qualité.

Nous sommes sur les bonnes terres de la Somme, nous faisons des céréales, de la betterave sucrière, beaucoup de pommes de terre, petits pois, racines d'endives, haricots.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Sur quelle surface ?

M. Marcel Jeanson. - 393 hectares, sur trois fermes, avec des chantiers en commun avec d'autres exploitations.

Il y a trente ans, la perte de rentabilité des exploitations incitait également à faire des économies. Nous avons donc créé un club, avec d'autres agriculteurs, pour réduire l'utilisation des engrais et des pesticides. Ces démarches étaient intéressantes sur le plan économique. En 2010, dans un système d'agriculture intensive, par rapport à notre analyse de groupe portant sur 151 exploitations, nous arrivions à moins de 47 % d'utilisation de pesticides. En 2009, nous étions à moins 30 % seulement, mais des facteurs climatiques interféraient.

Par rapport à nos collègues, nous utilisons 16 % à 18 % de pesticides en moins pour la pomme de terre, mais jusqu'à 50 % de moins pour les céréales.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Techniquement, il est plus difficile de réduire les produits phytosanitaires sur certaines cultures. Sur les 151 exploitations de l'analyse de groupe, nous sommes au 21ème rang sur le plan économique. Preuve que notre démarche n'est pas ennemie de la performance.

Mme Sophie Primas, présidente. - Est-ce une question de rendement ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Non, de quantité d'intrants.

M. Marcel Jeanson. - Et nous ne prenons pas les risques que prennent les agriculteurs bios en matière de rendement. Je pense qu'il est plus efficace de réduire les intrants chez un maximum d'exploitants que de généraliser l'agriculture biologique.

M. Jean-Philippe Jeanson. - La facture des produits phytosanitaires était de 80 000 € par an ; nous l'avons réduite de 30 %. Cela fait une économie de 25 000 €.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Étiez-vous incités par les coopératives à entreprendre cette démarche ?

M. Marcel Jeanson. - Pas du tout !

M. Jean-Philippe Jeanson. - Pour parvenir à de tels taux de réduction, il faut combiner les techniques. Nous utilisons, tout d'abord, le bas volume : on traite à 50 litres d'eau à l'hectare, au lieu de 150 à 200 litres. Le produit étant ainsi plus concentré, il faut le pulvériser en conditions optimales : tôt le matin, pour profiter de l'absence de vent et de l'hygrométrie. Cela nous contraint à avoir deux pulvérisateurs pour traiter entre six heures et 10 heures du matin. On pourrait parler de suréquipement si nous n'étions pas plusieurs dans le GIE des Beaux Jours.

Mme Sophie Primas, présidente. - Tout ce qui va dans le sens de la réduction des pesticides nous intéresse. Comment préserver l'intérêt économique de l'exploitation ?

M. Marcel Jeanson. - Dans une logique de protection intégrée, les méthodes sont diverses : éviter de semer trop tôt, semer clair, de manière plus aérée. Les céréales, plus stables, versent moins, ce qui évite de gros dégâts aux céréales. En semant plus clair, on peut se passer de raccourcisseurs - des hormones toxiques - ou en utiliser beaucoup moins.

Mme Laurence Cohen. - Je ne comprends pas le principe du bas volume. Si c'est plus concentré, n'est-ce pas plus toxique ?

M. Marcel Jeanson. - Nous diminuons la dose.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Les gouttes sont beaucoup plus petites. On gagne en efficacité.

Mme Sophie Primas, présidente. - On peut donc réduire le volume et renforcer l'efficacité de la gouttelette ?

M. Marcel Jeanson. - Absolument. Nous utilisons des adjuvants qui ont des vertus solvantes sur la gouttelette, pour qu'elle s'étale sur la feuille.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Nous utilisons, par exemple, de la résine de pin.

M. Joël Labbé. - Y a-t-il des études sur l'innocuité de ces adjuvants, même naturels ?

M. Marcel Jeanson. - C'est nous, les praticiens, qui en mesurons l'efficacité, dès lors qu'ils sont homologués.

Mme Sophie Primas, présidente. - Vous ne pouvez en mesurer l'effet sur la santé !

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Faites-vous confiance à l'homologation ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Je sais quels sont les produits toxiques. Nous utilisons combinaisons, masques et gants, des lunettes.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Pensez-vous alors être bien protégé ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - C'est mieux que rien.

M. Marcel Jeanson. - Vous nous provoquez ! Nous avons du matériel performant. Nous sommes protégés à 98 %.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Nos cabines de tracteurs sont équipées de filtres à charbon actif.

M. Joël Labbé. - Selon certains experts, les équipements offriraient une fausse sécurité...

M. Jean-Philippe Jeanson. - Nous sommes agriculteurs pas chimistes. Pour une matière active, il peut y avoir plusieurs produits différents.

Mme Sophie Primas, présidente. - Vous semblez très concernés, pour des raisons éthiques, par la réduction des intrants. A votre avis, le monde agricole peut-il vous suivre dans cette démarche ? Y a-t-il une prise de conscience ? Dans cette perspective, quel serait le rôle des pouvoirs publics, des interprofessions ?

M. Marcel Jeanson. - Je me suis souvent posé la question. Quant aux combinaisons et gants, ils devraient être utilisés systématiquement. J'ai mis la pression sur mes salariés pour qu'ils se protègent.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Comment entretenez-vous les combinaisons ? Sont-elles lavées ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Elles sont jetées après usage, à la déchetterie ou à la poubelle. Il faudrait une filière spécifique de recyclage des combinaisons.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Des habits imprégnés ne peuvent-ils pas se retrouver dans la machine à laver familiale ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Sans doute, mais ce serait une dose infinitésimale. Le produit est déjà dilué au centième sur la combinaison.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Ce n'est pas la dose qui fait le poison. Cela est une certitude.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Sans doute, mais il y a déjà d'autres problèmes de base auxquels il faut d'abord s'attaquer.

M. Marcel Jeanson. - A ma connaissance, les agriculteurs ne meurent pas plus de cancers que le reste de la population !

M. Jean-Philippe Jeanson. - Nous sommes sensibilisés, avec le Certifiphyto, à la dangerosité des produits.

Mme Sophie Primas, présidente. - Comment améliorer la connaissance des techniques permettant de diminuer les intrants ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Le Certiphyto explique déjà beaucoup de choses. Reste que les agriculteurs qui ont manipulé des produits phytosanitaires pendant des années sans protection ne sont pas prêts à changer leurs habitudes...

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - La protection est parfois encombrante...

M. Jean-Philippe Jeanson. - Je mets la combinaison lors du remplissage de la cuve du pulvérisateur, puis je l'ôte dans le tracteur, où toutes les vitres sont fermées. Je suis équipé de manière à ne pas avoir besoin de descendre de la cabine pour faire les rinçages de cuve, ce qui est précieux.

M. Marcel Jeanson. - Nos cabines de tracteurs ne sont pas équipées de filtres à charbon actif, qui coûtent une fortune !

M. Jean-Philippe Jeanson. - C'est 750 € pour équiper un tracteur - dix fois plus qu'un jeu de filtres classiques.

Mme Sophie Primas, présidente. - Les filtres à charbon sont-ils obligatoires ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Non.

Mme Sophie Primas, présidente. - Ne devraient-ils pas l'être ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Il faudrait déjà que toutes les cabines soient étanches.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Respectez-vous une distance entre vous et vos voisins pour pulvériser ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Je traite le matin, quand il n'y a pas ou peu de vent. D'ailleurs, on n'a plus le droit de traiter avec un vent de 20 km/h.

Mme Sophie Primas, présidente. - Que pensez-vous de l'épandage par aéronefs ? Près d'un village ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - C'est scandaleux !

Mon plus grand rêve serait de faire du bio...

Mme Sophie Primas, présidente. - Quels sont les freins ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Il y en a beaucoup ! Un agriculteur bio ne peut utiliser de désherbant : le désherbage est donc mécanique.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Cela créerait-il de l'emploi ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Pour nos betteraves, pour éviter qu'elles ne montent en graine, on a besoin de main-d'oeuvre. Et ce n'est pas facile d'en trouver.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Mais il existe aussi des outils mécaniques pour désherber.

M. Marcel Jeanson. - On en a : ils sont sous le hangar depuis dix ans.

M. Joël Labbé. - Les espaces entre les rangs de céréales sont pourtant suffisamment larges pour laisser passer la herse.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Sans doute, il y a des outils pour les céréales. Cela va pour le céréalier, mais pas pour la pomme de terre, le vivrier. La mécanique n'assure jamais 100 % du désherbage, plutôt 50 %.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Pour les légumes, utilisez-vous des produits phytosanitaires ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Moins qu'avant. Et l'on bannit les fongicides.

M. Marcel Jeanson. - Pour laisser se développer les pucerons, il faut aussi bannir les insecticides. Treize kilomètres de haies ont été plantés pour abriter les insectes auxiliaires.

M. Jean-Philippe Jeanson. - On essaie au maximum de laisser les auxiliaires prendre le dessus ; ce n'est qu'au-delà du seuil qu'on utilise les produits.

M. Marcel Jeanson. - La difficulté est aussi psychologique : quand on a l'habitude d'une technique sécurisante, on n'est pas toujours prêt à prendre des risques. Cependant, nous les prenons mais en usant de toute la panoplie de vigilance, de techniques pour diminuer le risque. Un logiciel permet d'anticiper le mildiou.

Mme Sophie Primas, présidente. - On a dû regarder bizarrement les précurseurs que vous êtes ?

M. Marcel Jeanson. - J'ai longtemps été moqué dans ma coopérative mais aujourd'hui, quand il vient un visiteur, c'est à moi qu'on l'adresse !

A la chambre d'agriculture, il a d'abord fallu que je tape sur la table avant que l'on veuille bien me laisser expliquer ce qu'est la protection intégrée. Dès que l'on peut expliquer, on calme les angoisses. Il faut dire que les techniciens de la coopérative gagnent leur vie sur la vente des produits dangereux.

Mme Sophie Primas, présidente. - Et maintenant, vous n'avez pas de problème pour les payer ?

M. Marcel Jeanson. - Ils sont plutôt mieux payés qu'avant !

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Les agriculteurs malades, leur famille, quand ils sont décédés, s'inquiètent. Vous qui avez pris la mesure de la difficulté à sortir du système, vous pouvez le comprendre.

M. Marcel Jeanson. - Nos sociétés prennent de plus en plus de risques. On a voulu l'autonomie alimentaire, doper les exportations agricoles. Cela se nous a conduits à prendre des risques beaucoup trop élevés, au départ. Mais on a beaucoup progressé.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Les pratiques, aussi, ont beaucoup évolué. On pulvérisait, autrefois, à l'air libre : pas étonnant que vingt ans après, on soit tombé malade ! Ce n'est plus le cas.

Mme Sophie Primas, présidente. - Quel type d'action mène Agro-transfert ?

M. Marcel Jeanson. - C'est une interface entre la recherche (l'INRA) et la vulgarisation. Quand nous avons proposé des méthodes de désherbage pour les haricots avec le moins de produits possibles, la société Bonduelle, qui les met en conserve, y a trouvé son avantage.

Nous avons trois exploitations, dont la nôtre, sur lesquelles mesurer l'efficacité des aménagements paysagers type brise-vent.

Mme Bernadette Bourzai. - Le verdissement de la PAC vous fait-il peur ?

M. Marcel Jeanson. - Pas du tout. Nous sommes prêts.

Mme Sophie Primas, présidente. - Grâce à l'action collective ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - La norme internationale Iso 14001 peut faire avancer. Elle a été adaptée aux petites entreprises. En 2006, nous avons créé l'association Terre Avenir, qui, commencée à dix-huit, compte plus de trois cent cinquante entreprises agricoles aujourd'hui. Nous avons effectué un diagnostic global pour travailler sur nos points faibles à améliorer en boucle continue, avec des objectifs qui peuvent être à un ou trois ans. Beaucoup d'agriculteurs ont participé à nos formations, ont adopté le bas volume pour les pulvérisations et réduit aujourd'hui de 30 % leur utilisation de phytosanitaires. Nous avons des audits réguliers, internes et externes.

Mme Sophie Primas, présidente. - La démarche coûte-t-elle cher ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - 1 300 € par an. Mais c'est moins son coût que la démarche elle-même qui ralentit les agriculteurs.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - J'ai le sentiment que quand une démarche est collective, on apprend beaucoup. Les générations se rencontrent, la valeur ajoutée est meilleure.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Incontestablement.

M. Marcel Jeanson. - Notre chambre d'agriculture est très investie dans ce type de démarches, comme HVE, la « haute valeur environnementale ». La difficulté, c'est que, face à un coût de 700 € à 1 000 € par an, il n'y a aucune reconnaissance au bout : pas de réduction d'impôt, pas de reconnaissance des acheteurs. Si bien qu'HVE est phagocytée par globalgap, qui est une alternative plus commerciale favorisant l'exportation.

Mme Sophie Primas, présidente. - Les chambres d'agriculture sont-elles assez impliquées ?

M. Marcel Jeanson. - Certaines sont trop prudentes à mon goût. L'homme est ainsi fait qu'il peine à aller de l'avant.

Quand on utilise le produit à dose homologuée, on ne prend pas de risque.

M. Joël Labbé. - Risque économique ?

M. Marcel Jeanson. - C'est secondaire. Il y a d'abord un gros problème de sécurité.

M. Joël Labbé. - A cet égard, vous regarderez sûrement avec intérêt le documentaire qui passera ce soir sur les pesticides : « La mort est dans le pré ».

M. Jean-Philippe Jeanson. - Beaucoup de produits toxiques, pour l'utilisateur comme pour l'environnement, ont été retirés. Les phytosanitaires sont stockées dans un local à part.

Mme Sophie Primas, présidente. - Vous qui êtes un jeune agriculteur, observez-vous une sensibilité différente aux problèmes environnementaux selon les générations ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Tous les jeunes agriculteurs sont sensibles aux problèmes environnementaux Les jeunes que je connais se protègent : ils ont conscience qu'ils utilisent des produits dangereux.

M. Marcel Jeanson. - Un jeune agriculteur, cependant, est souvent très endetté : il a tendance à prendre le moins de risques possibles pour sa production. Les groupements permettent de devenir plus vertueux.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Avec moins de phytosanitaires, on réalise aussi des économies. Dans votre cas, vous avez parlé de 25 000 €.

M. Marcel Jeanson. - Je vois des jeunes en formation : certains sont très sensibilisés, d'autres n'y voient que théorie. Mais l'important dans nos techniques, c'est que l'on voit la campagne revivre : les espèces de carabes se multiplient dans les haies, on peut voir renaître jusqu'à un million de carabes à l'hectare.

Mme Sophie Primas, présidente. - Seul le monde agricole peut persuader le monde agricole : vous êtes des missionnaires !

M. Marcel Jeanson. - Je l'ai été. Ceux qui m'ont suivi ont repris le flambeau : l'exploitation s'était donné pour objectif de faire mille parcelles de protection intégrée l'an dernier, c'est-à-dire avec moins de pesticides tout en préservant l'économie de l'exploitation.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Iso 14001 est une démarche volontaire : cela marche beaucoup mieux que la contrainte et les réglementations qui viennent de je ne sais où.

Mme Sophie Primas, présidente. - Dans les contrats qui lient certains gros agriculteurs à l'agro-alimentaire, n'y a-t-il pas des cahiers des charges comportant des clauses sur l'utilisation des produits phytosanitaires ? Peut-on s'en exonérer ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Il y en a partout.

Mme Sophie Primas, présidente. - Obligent-ils à obéir à une feuille de route prescrivant ou proscrivant certaines utilisations de produits phytosanitaires ? Si tel était le cas, on pourrait imaginer qu'il ne soit plus permis de vous imposer des méthodes.

M. Marcel Jeanson. - On peut toujours diminuer les doses. On est surtout tenus par les résultats.

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Et si l'on vous impose des pratiques qui vous poussent à tirer les prix au plus bas ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Il y a toujours un minimum. Par exemple, Mc Cain, nous impose le globalgap. Il faut montrer que l'on ne fait pas de traitements à l'aveugle. Le globalgap, c'est zéro résidu.

M. Marcel Jeanson. - Il y a davantage de résidus dans l'agriculture biologique : par exemple, le cuivre.

Mme Sophie Primas, présidente. - Y a-t-il d'autres contraintes ? Vous oblige-t-on à changer vos techniques de culture ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Une seule règle : il n'y a plus de traitement à l'aveugle. Tout traitement doit être justifié. Il y a aussi les doses d'homologation, que l'on ne peut dépasser.

M. Joël Labbé. - Utilisez-vous des semences enrobées ?

M. Jean-Philippe Jeanson. - Pour la betterave, cela a toujours existé. De nouveaux produits apparaissent, qui obligent à se fournir auprès du même fabricant pour la semence et pour le produit de traitement. Pour une certaine semence, je n'ai pas eu le choix.

M. Joël Labbé. - Il y a des produits autorisés en France mais interdits à l'étranger.

M. Marcel Jeanson. - Et vice versa. Je connais des agriculteurs du Nord qui vont s'approvisionner en Belgique ou en Espagne. Je pense au Curaterre pour les poireaux, interdit en France.

M. Jean-Philippe Jeanson. - Le traitement de semences associé à la vente pose aussi un vrai problème.

M. Joël Labbé. - On connaît mal les effets des produits enrobés sur le sol.

M. Marcel Jeanson. - En France, on ne sait plus ce qu'il y a dans la terre, parce qu'il n'y a plus d'agronomes, ni d'entomologistes. En Picardie, nous avons la seule entomologiste qui connaisse encore les multiples variétés de pucerons.

M. Joël Labbé. - On est allé trop loin dans le passé, dites-vous ?

M. Marcel Jeanson. - Et aussi, ensuite, dans les contre-mesures. Ce n'est pas le bio qui va nourrir la planète ! Je connais bien l'Afrique : que faire contre une invasion de sauterelles ? On attend et on ne donne plus rien à manger à ses enfants ?

M. Joël Labbé. - L'agriculture intensive tue aussi le vivrier. Et on a un travail à mener pour réhabiliter l'agronomie.

M. Marcel Jeanson. - On en est réduit à étudier les résultats obtenus dans les pays voisins...

Mme Nicole Bonnefoy, rapporteur. - Et les groupes de pression ?

Mme Sophie Primas, présidente. - Sentez-vous leur pression ?

M. Marcel Jeanson. - Bien sûr. On ne veut pas être à la merci de ces gens-là. Mais pourquoi avoir totalement bloqué la recherche sur les usages pharmaceutiques des OGM ?

M. Joël Labbé. - On ne l'a pas bloquée ! On n'a fait qu'interdire leur culture en plein champ.

Mme Sophie Primas, présidente. - Vaste débat ! Mais ce n'est pas ici le lieu pour le lancer. Merci de votre éclairage.