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Les travaux de la délégation française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe - première partie de la session ordinaire 2013

27 février 2013 : Les travaux de la délégation française à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe - première partie de la session ordinaire 2013 ( rapport d'information )

E. EGALITÉ DES SEXES, CONCILIATION VIE PROFESSIONNELLE - VIE PERSONNELLE ET CORESPONSABILITÉ

En dépit de nombreux progrès enregistrés au sein des États membres en vue de mieux garantir l'égalité entre les femmes et les hommes, la commission sur l'égalité et la non-discrimination estime que les hommes disposent encore d'une position privilégiée sur le marché du travail alors que les femmes se voient confier la plus grande partie des responsabilités au sein du foyer familial.

Mme Bernadette Bourzai (Corrèze - SOC) a insisté, dans son intervention, sur le principe de coresponsabilité afin de permettre un rééquilibrage au sein de la cellule familiale :

« Permettez-moi tout d'abord de saluer l'excellent rapport de notre collègue Carmen Quintanilla qui a le mérite de dépasser le seul angle de l'inégalité entre hommes et femmes pour poser les termes d'un vrai débat sur la place de la famille et l'organisation de la vie privée dans nos sociétés modernes. Je souscris à la plupart des conclusions du projet de résolution qui a le mérite de proposer des réponses fondées sur les meilleures pratiques observées au sein de nos États membres. Le Conseil de l'Europe c'est aussi cela : un véritable forum d'échanges en vue d'appréhender de la façon la plus efficace possible les défis sociaux auxquels sont confrontés nos concitoyens.

L'an dernier, une universitaire française, Laurence Cocandeau-Bellanger, a publié une étude intéressante sur les femmes au travail. Elle met en avant, dans son travail, trois stratégies possibles de conciliation entre vie professionnelle et vie familiale.

La première, l'anticipation, consiste à prévoir et prévenir ce qui peut advenir dans la vie de ces femmes afin de mieux organiser leur conciliation avec le risque toujours possible d'un événement imprévu. La deuxième, l'action, est le fait de vivre à l'instant présent, et d'être en constante mobilité entre ces deux vies. Elle présente un risque : celui de culpabiliser de ne pas en faire assez. La dernière, la stratégie de distanciation, consiste à prendre du recul, face à une situation souvent conflictuelle, pour tenter de l'améliorer et de trouver des solutions.

Comme le conclut l'auteure, il n'existe pas en la matière de stratégie miracle. Chacune peut correspondre à une situation personnelle précise. L'universitaire invite avant tout les femmes à essayer d'être actrices de leur parcours, à chercher à être conciliatrices davantage que conciliantes. Cette position n'est pourtant pas tenable s'il n'existe pas de soutien au sein même de la famille mais aussi dans la société.

C'est d'ailleurs l'intérêt du rapport présenté ce matin. Nous, politiques, devons oeuvrer en vue de trouver une réponse technique satisfaisante pour que les femmes puissent mener de concert vie professionnelle et vie familiale. On connaît bien les pistes à creuser en la matière : soutien aux crèches d'entreprises, réflexion sur les horaires et les formes de travail, etc. Nous ne pouvons néanmoins nous limiter à cette seule réponse. Nous devons accompagner en même temps un changement réel des mentalités. Je salue à cet égard le souhait de la rapporteure d'insister sur le principe de coresponsabilité au sein du foyer.

La clé est sans doute là, dans cette nouvelle répartition des tâches au sein de la cellule familiale. Si elle se développe, elle pourra permettre de dépasser le cliché d'une femme forcément moins efficace au niveau professionnel parce qu'encline à répondre en priorité aux problèmes de son quotidien : la bronchiolite du petit dernier, la fermeture exceptionnelle de l'école. La maternité ne saurait être plus longuement envisagée comme un choix affectant une carrière professionnelle. L'absence d'enfant ne peut plus constituer aujourd'hui la condition sine qua non d'une réussite professionnelle pour une femme.

Par-delà la question du travail, la coresponsabilité doit également être une solution en vue de mieux concilier la maternité avec d'autres exigences. Comme l'indique Laurence Cocandeau-Bellanger, il est important aujourd'hui pour une femme de concilier quatre sphères : familiale et professionnelle, mais aussi individuelle - il s'agit du temps pour soi - et sociale : il s'agit-là du temps des loisirs. Plus que jamais donc, sensibilisons nos concitoyens à ce mode de vie et favorisons son développement. »

Le projet de résolution présenté devant l'Assemblée prévoit d'adapter le cadre législatif des États membres afin de tenir compte des meilleures pratiques destinées à mieux concilier vie personnelle et vie professionnelle.

Le texte adopté par l'Assemblée invite en conséquence les gouvernements à introduire un régime de congé parental permettant à chacun des parents de s'occuper des enfants sur un pied d'égalité. Il propose également de réformer la législation du travail afin de promouvoir des formes d'organisation plus souples, à l'image des horaires différenciés ou du télétravail. La résolution préconise la mise en place d'un soutien financier pour les entreprises mettant en oeuvre des mesures de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle. Elle appelle également de ses voeux l'organisation de campagnes de sensibilisation et d'éducation dans les écoles et à destination du grand public sur le thème de la coresponsabilité entre femmes et hommes au sein des familles et dans la société.