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La France et l'Iran : des relations économiques et financières à reconstruire

11 juin 2014 : La France et l'Iran : des relations économiques et financières à reconstruire ( rapport d'information )

II. LE NOUVEAU CONTEXTE POLITIQUE EN IRAN

A. LA COHÉRENCE DE L'ÉQUIPE GOUVERNEMENTALE MISE EN PLACE EN 2013

1. L'élection d'un nouveau Président de la République

L'élection au suffrage universel du Président de la République islamique Hassan Rohani, en juin 2013, dès le premier tour du scrutin, le 14 juin 2013, avec 50,68 % des suffrages exprimés et un taux de participation électorale de 72,7%, a largement contribué à faire évoluer le contexte politique en Iran.

Son arrivée au pouvoir révèle et suscite de fortes attentes de la part de la population iranienne, qui a choisi le plus modéré des candidats.

2. Des compétences au service d'un programme de modernisation

Le nouveau président Rohani, conservateur modéré, a fait campagne sur un programme de modernisation, a obtenu l'appui de grandes figures réformatrices, telles que l'ancien président Mohammad Khatami, et a nommé, en novembre 2013, un gouvernement d'experts rompus à l'international, après avoir été investi le 4 août 201313(*). Mohammad Nahavandian, secrétaire général de la présidence de la République islamique d'Iran, a assuré votre délégation que le développement économique, la coopération économique internationale et l'ouverture aux investissements étrangers sont les priorités du nouveau gouvernement.

Comme l'explique le spécialiste de l'Iran Michel Makinsky, dans l'ouvrage publié sous sa direction L'économie réelle de l'Iran : au-delà des chiffres14(*) : «  le critère principal de sélection des membres du futur gouvernement est leur professionnalisme. On y retrouve surtout des hommes d'expérience, d'anciens ministres des présidences Khatami et Rafsandjani. Surtout, le cabinet Rohani se caractérise par une décrue massive des Gardiens de la Révolution dans sa composition, ce qui marque un tournant majeur dans les orientations de l'économie iranienne (...). Or cette rapidité tranche avec le caractère extraordinairement brouillon des prédécesseurs immédiats, mais tout autant avec l'absence de véritable politique économique cohérente de la présidence Khatami. On se souvient de ce que les divergences de vues entre promoteurs de l'économie de marché et technocrates partisans de l'économie administrée, tenants gauchisants de la justice sociale, avaient empêché le président réformateur de conduire une politique économique digne de ce nom, quand il n'était pas paralysé par l'appareil contrôlé par le Guide et les ultras conservateurs, surtout après la victoire conservatrice aux législatives de 2004 (...). L'examen de l'équipe de conseillers qui a entouré le candidat Rohani nous donne quelques éclairages : on y retrouve plusieurs figures-clés du think tank du Conseil du Discernement présidé par Rafsandjani, le Center for Strategic Research (CSR), qui était depuis longtemps dirigé par Rohani (...). La forte implication de cette structure, au premier chef par son responsable, permet d'avancer une hypothèse (sur laquelle nous n'avons pas de preuve matérielle) quant à l'avancement de ces dossiers : on peut se demander si tout simplement ce dispositif n'avait pas été mis en place depuis un certain temps en vue d'une élection de... Rafsandjani. Celui-ci écarté, son bras-droit admis à se présenter disposa dès lors sans délai d'un solide groupe d'experts et surtout de dossiers prêts à être utilisés. Un détail supplémentaire donne une coloration particulière à cette équipe : il s'avère que le CSR abrite en son sein un nombre significatif d'anciens collaborateurs du MPO (Management and Planning Organization, dissout par Ahmadinejad en 2006), à qui Rohani a demandé de plancher sur les thèmes les plus divers de son programme de gouvernement. Ainsi l'économie iranienne pourrait prendre un visage plus maîtrisé, avec un pouvoir enfin doté d'une vision ».

Sur place, votre délégation a pu, en effet, relever la cohérence de l'équipe gouvernementale réunie autour de Hassan Rohani, qui s'est assignée des objectifs ambitieux et s'est engagée dans une véritable démarche de modernisation et d'ouverture de l'économie iranienne. Les priorités affichées sont, en effet, le redressement économique du pays, qui passe par la levée complète des sanctions et une détente des relations avec l'Occident.

Leurs nouvelles approches méritent l'attention particulière de l'Occident et, surtout, de la France. La communauté internationale et nos autorités nationales doivent bien réaliser à quel point l'Iran est un acteur à même d'agir sur la stabilité, ou le désordre, du Moyen-Orient et qui en raison de son potentiel politique, économique et culturel a beaucoup à apporter.

L'élection du président Rohani peut être l'occasion d'un saut qualitatif dans les relations entre l'Iran et le reste du monde, même si la marge de manoeuvre du nouveau président dépend aussi de celle que lui accorde le Guide suprême, les milieux conservateurs, majoritaires au Majlès, et les Gardiens de la Révolution.


* 13 La constitution finale du gouvernement a pris plusieurs semaines en raison de l'opposition du Majlès, dominé par les forces conservatrices.

* 14 Éditions L'Harmattan, Paris, 2014.