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Innovation et changement climatique : l'apport de l'évaluation scientifique et technologique

9 novembre 2015 : Innovation et changement climatique : l'apport de l'évaluation scientifique et technologique ( rapport de l'opecst )

FISCALITÉ ET RÉGLEMENTATION SONT-ELLES LES SEULES ARMES POUR LUTTER CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE ?

M. Bernard Tardieu, membre de l'Académie des technologies, président de la Commission Energie et changement climatique. Non seulement la fiscalité et la réglementation ne sont pas les seules armes pour lutter contre le changement climatique mais elles sont assez maladroites.

Dans bien des cas, en effet, elles manquent de vision systémique, globale, explicite, avec des objectifs fixés en termes d'émissions de gaz à effet de serre. Elles sont, en outre, très rarement l'objet de simulations anticipatoires. Finalement, les citoyens les comprennent mal.

Prenons deux exemples. Le premier est celui de l'efficacité, ou de l'efficience, énergétique, dont nous avons tous compris qu'il s'agissait de rendre le même service avec moins d'émissions. C'est là le rôle des règlements, des lois, des bonus, et c'est le bonheur des ingénieurs qui jubilent d'y parvenir aussi bien. Or nous avons évoqué précédemment le cas de BlaBlaCar : voilà un phénomène qui, de façon totalement fortuite, sans l'avoir voulu, augmente de façon radicale le taux de remplissage des voitures et donne, en termes d'émissions de gaz à effet de serre, des résultats bien plus rapides que toute réglementation.

Là se situe à mon sens le point d'efficacité future : les modes de vie vont changer. Mais comme l'énergie est un système très complexe, difficile à appréhender et à partager, on peut se demander comment il sera possible de déceler, provoquer, encourager cette mutation des comportements et comment on pourra la mettre en mots afin de pouvoir la partager, entre citoyens français et citoyens du monde.

J'aimerais également revenir sur la question des énergies renouvelables. Il faut se projeter à long terme, dans un monde « 100 % renouvelable », dans lequel les énergies fossiles ne seront plus disponibles. Or, pays et territoires sont très inégalement dotés en termes de soleil, d'hydraulique, de vent, etc. Il existera, bien sûr, des énergies intermittentes, à prendre lorsqu'elles passent : ce sont d'ailleurs elles qui tiennent le haut du pavé en termes de communication et de recherche. Mais nous savons qu'elles requièrent du stockage, de la gestion de la demande et surtout d'autres énergies pour les adosser. Il faudra bien, un jour, se faire à l'idée selon laquelle il est nécessaire de disposer d'un socle énergétique, avec une vision globale en termes d'énergie renouvelable stockée, disponible, transportable, permettant la flexibilité et diminuant la vulnérabilité du système.

Ces concepts globaux ne sont traités ni par les subventions, françaises ou européennes, ni par les prix garantis de l'énergie. Il est essentiel d'adopter une vision globale, de la partager et de se projeter très loin.