B. LE « MAKE WORK PAY » BRITANNIQUE : DES RÉSULTATS INCONTESTABLES, DES CONTREPARTIES EN TERMES DE PRODUCTIVITÉ ET DE MODÉRATION SALARIALE

Si le Royaume-Uni fait partie des pays de l'Union européenne dont le taux de chômage a le plus progressé avec la crise économique, passant de 5,3 % en 2007 à 8,1 % en 2011, le marché du travail britannique a fait preuve d'une exceptionnelle résilience . L'augmentation du nombre de chômeurs a ainsi été plus modérée que lors des ajustements précédents et la reprise de l'emploi a été nettement plus rapide que dans d'autres États membres.

Selon les chiffres d'Eurostat, le taux de chômage du Royaume-Uni atteignait ainsi 4,9 % de la population active en mai 2016, contre 10,1 % en moyenne dans le reste de l'Union européenne.

Évolution du taux de chômage du Royaume-Uni depuis 1990

Source : Eurostat

Ce succès britannique tient évidemment pour partie à l'amélioration du contexte économique mais il résulte également des mesures structurelles mises en oeuvre par les gouvernements successifs en matière d'assurance chômage et d'incitation à l'emploi. L'ensemble de ces politiques se sont articulées autour de l'idée, érigée depuis en slogan, de rendre le travail plus rémunérateur que l'inactivité ( make work pay ) .

1. Des réformes structurelles engagées dès la fin des années 1990 et le début des années 2000 et poursuivies depuis la crise

Les années 2000 et la mise en oeuvre du programme « Welfare to work » par le gouvernement de Tony Blair marquent un tournant dans le choix des politiques de l'emploi avec un accent mis sur l' équilibre entre les droits et les devoirs des demandeurs d'emploi . Ce programme s'articulait autour de trois axes : le développement des incitations à la reprise d'emploi, l'activation visant à faciliter l'insertion sur le marché du travail et un ciblage tendant à consacrer davantage de moyens aux catégories de personnes rencontrant des difficultés particulières d'insertion professionnelle.

L'économie globale des réformes engagées sous le gouvernement travailliste n'a pas été fondamentalement remise en cause par le gouvernement de David Cameron arrivé au pouvoir en 2010 et la mise en place du programme Make work pay . À partir de 2011, une inflexion a cependant pu être constatée avec la mise en oeuvre de mesures destinées à accroître la flexibilité du marché du travail .

a) La création d'incitations financières au retour et au maintien dans l'emploi
(1) La réforme du régime d'indemnisation du chômage

Jusque dans le milieu des années 1990, le régime d'indemnisation du chômage a connu peu de modifications par rapport au système antérieur, qui s'articulait autour des principes d'unité et d'universalité posés par le rapport « Beveridge » de 1942.

L'adoption du Jobseekers Act de 1995 et la création de la jobseeker's allowance (JSA) en 1996 marquent, à cet égard, un tournant, les conditions d'éligibilité et le montant de cette nouvelle allocation variant en fonction de l'âge, la situation matrimoniale et les ressources du bénéficiaire.

La JSA comprend en réalité deux allocations distinctes qui ne peuvent se cumuler :

- une allocation conditionnée au versement d'une contribution préalable ( JSA contribution ), dont le montant varie selon l'âge et la composition du foyer du bénéficiaire . Le montant de base de la jobseeker's allowance s'élève ainsi à 57,90 £ par semaine pour les personnes âgées de 18 à 24 ans, 73,10 £ pour les personnes de plus de 25 ans et 114,85 £ pour les couples. Ce montant n'est pas lié au niveau de salaire que percevait le demandeur d'emploi auparavant . La durée d'indemnisation est limitée à six mois ;

- une allocation versée sous conditions de ressources et financée par l'impôt ( JSA income based ) . La mise en place du universal credit se traduira par la suppression de cette allocation à partir de 2017 (cf. infra ).

(2) La création de crédits d'impôt et de prestations en faveur des bas salaires

Dans la logique de rendre le travail « payant », différents crédits d'impôt ont été créés en faveur des bas salaires, en particulier :

- le working tax credit , introduit en 2003, qui est destiné aux personnes âgées de plus de 16 ans, ayant travaillé un nombre d'heures minimum (entre 16 heures et 30 heures) et dont les revenus sont inférieurs à un certain plafond, dont le montant dépend de leur situation familiale ;

- le child tax credit , qui est versé aux personnes en emploi et ayant la responsabilité d'au moins un enfant. Comme pour le working tax credit , l'éligibilité à ce crédit d'impôt dépend du niveau de revenu des bénéficiaires, dont le montant varie selon la composition du foyer.

Par ailleurs, des compléments de revenu ont été mis en place sous la forme :

- d' une aide au revenu ( income support ) versée aux personnes âgées de plus de 16 ans travaillant moins de 16 heures par semaine et dont le niveau de revenu et d'épargne ne dépasse pas un certain plafond ;

- d' une allocation logement ( housing benefit ) versée sur critères de revenus et d'épargne aux personnes louant leur logement.

L'arrivée au pouvoir du parti conservateur s'est traduite par un durcissement des conditions de versement de certaines de ces aides (diminution du montant des aides à partir d'un seuil de revenu dont le montant a été abaissé, limitation à partir d'avril 2017 du nombre d'enfants pris en compte, plafonnement du montant total des aides sociales) ainsi que par une volonté d'en simplifier l'architecture globale grâce à la mise en place d'une prestation unique : le universal credit .

Le universal credit

Créé par le Welfare Reform Act 2012 , le universal credit a vocation à remplacer d'ici 2017 six prestations versées sous conditions de ressources : l' income based jobseeker's allowance , la housing benefit , le working tax credit , le child tax credit , l' employment and support allowance et l' income support . Il est versé sous condition de ressources prenant en compte les revenus et l'épargne du demandeur. Le montant de l'allocation dépend de l'âge et de la situation du bénéficiaire (célibataire, couple, avec ou sans enfants, dépense liée au logement, niveau de revenus).

(3) La mise en place d'un salaire minimum complété par un salaire de subsistance pour les plus de 25 ans

Les mesures de soutien aux bas salaires se sont également traduites par l'introduction d'un salaire minimum ( national minimum wage ) en 1999. Il concerne la plupart des salariés et apprentis de plus de 16 ans à l'exception notamment des travailleurs indépendants ( self employed ), des militaires, des bénévoles et des chefs d'entreprise.

Le montant horaire du national minimum wage , qui dépend de l'âge du salarié, s'élève à :

- 3,87 £ pour les salariés de moins de 18 ans ;

- 5,30 £ pour les salariés dont l'âge est compris entre 18 ans et 20 ans ;

- 6,70 £ pour les salariés dont l'âge est compris entre 21 ans et 24 ans ;

- 3,30 £ pour les apprentis.

Le national minimum wage a en outre été complété par la mise en place d'un salaire de subsistance ( national living wage ) à compter du 1 er avril 2016. Ce dernier prend la forme d'une majoration du montant du salaire minimum pour les plus de 25 ans . Ainsi, le taux horaire du
national living wage s'élève à 7,20 £. Ce montant devrait en outre être progressivement relevé jusqu'à 9 £ d'ici 2020. Près de 2,5 millions de personnes devraient bénéficier de cette mesure.

b) Des mesures visant à faciliter l'intégration des demandeurs d'emploi sur le marché du travail : l'activation

La logique d'activation repose à la fois sur des politiques visant à faciliter le retour à l'emploi et des obligations renforcées pesant sur les demandeurs d'emploi.

(1) La réforme du service public de l'emploi

Afin de faciliter le retour à l'emploi des demandeurs d'emploi, une importante réforme du service public de l'emploi a été menée à partir de 2002.

Celle-ci s'est notamment traduite par la création des Jobcentres Plus , nés de la fusion, au sein d'un guichet unique, de
l' Employment service qui assurait la gestion des Jobcentres chargés de l'accompagnement des demandeurs d'emploi, et des Benefits agencies , qui assuraient l'indemnisation des demandeurs d'emploi
. Cette réforme a été poursuivie en 2011 avec la restructuration de l'agence, désormais intégrée au Department for work and pensions . La carte des implantations a également été rationalisée avec une répartition en sept directions régionales divisées en 37 districts et plus de 700 centres.

Les Jobcentres Plus comptent environ 11.000 conseillers qui aident les demandeurs d'emplois dans leur recherche de travail. Ils proposent de nombreux services : des aides à la recherche d'emploi, des informations, des conseils ainsi que des aides personnalisées à la rédaction de CV et de lettres de motivation, des rencontres avec des chefs d'entreprise, des simulations d'entretien, etc.

(2) Le renforcement des obligations des demandeurs d'emploi

Les mesures d'activation ont également pris la forme d'obligations plus fortes pesant sur les demandeurs d'emploi.

Le versement de la JSA ( JSA contribution et income based JSA ) est tout d'abord subordonné à la signature d'un engagement ( claimant commitment ) qui rappelle les obligations auxquelles doit se soumettre le demandeur d'emploi .

Ainsi, le refus de plusieurs offres d'emploi peut être sanctionné par une suspension du versement de la JSA . Par ailleurs, si le demandeur d'emploi a la possibilité de décliner les offres qui ne correspondent pas à son profil (emploi moins qualifié ou moins rémunéré) pendant une certaine période ( permitted period ), au-delà toute offre doit être acceptée.

Pour bénéficier du universal credit , outre la signature d'un claimant commitment , le demandeur doit s'engager à participer à des entretiens ( work-focused interview requirement ) et à participer à des ateliers ( work preparation requirement ) visant à favoriser son retour à l'emploi. Il doit en outre s'engager à mettre en oeuvre toutes les actions nécessaires pour retrouver un emploi rémunéré ( work search requirement ) et à être disponible immédiatement pour occuper un tel emploi ( work availability requirement ).

Le dispositif de sanctions applicables
aux bénéficiaires de la jobseeker's allowance et du universal credit

Trois catégories de sanctions ont été définies en fonction de la nature du manquement reproché aux bénéficiaires de la jobseeker's allowance et du universal credit :

- sanction mineure ( lower-level sanction ) : lorsqu'un demandeur d'emploi est en retard ou manque un ou plusieurs rendez-vous fixés par son conseiller ou lorsqu'il ne se conforme pas aux recommandations de son conseiller (mise à jour du CV, suivi d'une formation, suivi d'un programme d'accès à l'emploi, etc.). Le montant de la prestation est diminué ou son versement est interrompu pour une période de quatre ou treize semaines (en cas de récidive) ;

- sanction intermédiaire ( intermediate-level sanction ) : lorsque le demandeur d'emploi n'est pas disponible pour travailler ou n'est pas activement à la recherche d'un emploi. Le bénéficiaire perd ses droits à prestation. En cas de réinscription, le montant de la prestation est diminué ou son versement est suspendu pour une période de quatre ou treize semaines (en cas de récidive) ;

- sanction majeure ( higher-lever sanction ) : lorsqu'un demandeur d'emploi a été licencié pour faute de son dernier emploi ou a quitté son emploi sans raison valable, lorsqu'il ne postule pas ou n'accepte pas un emploi recommandé par un conseiller des Jobcentres . Le montant de la prestation est diminué ou son versement est interrompu pour une période comprise entre treize et 156 semaines.

Les sanctions sont établies sur rapport des conseillers personnels des Jobcentres Plus , qui doivent, au préalable, avoir contacté les allocataires afin de leur donner la possibilité d'expliquer le manquement reproché. Les sanctions sont modulées, le cas échéant, en fonction du nombre de manquements. Les bénéficiaires peuvent contester les sanctions, la décision doit alors nécessairement être réexaminée. Si la sanction est confirmée, le bénéficiaire peut faire appel.

Source : Ambassade de France au Royaume-Uni

c) Des politiques ciblées permettant un effort proportionné en fonction du profil des demandeurs d'emploi

Les différents programmes qui se sont succédé ( New Deal , Flexible New Deal et Work Programme ) tendent à cibler certaines catégories de personnes (familles, chômeurs de longue durée, jeunes) pour lesquelles des dispositifs renforcés sont mis en oeuvre.

(1) Des dispositifs favorables aux familles avec enfant

D'une manière générale, le système britannique de prestations sociales et de crédits d'impôt est très favorable pour les familles avec enfants, l'objectif sous-jacent consistant à améliorer le taux d'emploi des parents isolés et des femmes .

Cela est notamment vrai s'agissant du système d'indemnisation du chômage, très défavorable pour les célibataires sans enfants, mais relativement généreux pour les familles avec enfants. Il en va de même pour les crédits d'impôt destinés aux bas salaires dont les montants sont majorés dès lors qu'il existe une charge de famille.

Par ailleurs, comme le note le COE dans son rapport de 2015 96 ( * ) , ces dispositifs se sont accompagnés de mesures destinées à faciliter la garde d'enfants : « le Children and Family Act de 2014 a ainsi étendu à tous les salariés la possibilité d'une flexibilité en matière d'organisation du temps de travail, sous forme de temps partiel, de durée hebdomadaire concentrée sur un nombre réduit de jours, ou encore de travail à domicile. Dans le même sens et afin de faciliter le retour à l'emploi (make work pay), en 2013 le gouvernement a étendu aux parents des enfants de deux ans de familles à faibles revenus le dispositif permettant de bénéficier de 15 heures de garde gratuites - au départ mis en place par le Child Care Act de 2006 pour les enfants âgés de trois et quatre ans. En mai 2015, David Cameron a fait part de son intention de doubler ce nombre d'heures pour tous les enfants concernés, mesure qui devrait entrer en vigueur dès l'automne 2016 . Il est également prévu qu'à partir de l'automne 2015, l'État contribuerait aux frais de garde pour les enfants de moins de 12 ans, à hauteur de 20 % dans la limite d'un plafond de 1.200 livres par enfant . Cette mesure devrait concerner près de 2,5 millions de familles et permettra, dans certains cas, la prise en charge de près de 85 % des frais de garde. Enfin, le congé parental partagé a été profondément réformé à la fin de l'année 2014, dans le but affiché d'offrir une plus grande flexibilité aux salariés et de devenir un congé partagé entre les parents (52 semaines desquelles on retranche les semaines de congé maternité ou d'adoption) ».

Ces politiques semblent avoir eu un impact positif sur l'emploi féminin, qui a augmenté de près d'un million depuis 2010 .

(2) L'accompagnement renforcé des chômeurs de longue durée

À partir de la mise en oeuvre du Flexible New Deal en octobre 2009, les chômeurs de longue durée ont été identifiés comme une cible prioritaire des politiques de l'emploi britanniques .

Cette démarche s'est tout d'abord incarnée dans des actions destinées à prévenir l'installation du demandeur d'emploi dans le chômage de longue durée . Un parcours mis en oeuvre par les Jobcentres Plus et comprenant trois étapes a ainsi été élaboré :

- à l'issue d'une période de trois mois, un entretien approfondi doit être réalisé avec le conseiller du Jobcentre Plus . À cette occasion, un bilan est effectué sur les besoins du demandeur d'emploi et sur les actions qu'il a mises en oeuvre pour retrouver un emploi ;

- à l'issue d'une période de six mois, un entretien de relance a lieu avec le demandeur d'emploi à qui il peut être proposé de bénéficier d'un programme spécifique ou d'une aide à la création d'entreprise ;

- à partir de douze mois, le suivi du demandeur d'emploi était confié à un prestataire extérieur dont la rémunération variait en fonction des résultats enregistrés en matière de retour à l'emploi des publics accueillis et de qualité des emplois proposés.

Avec la mise en oeuvre du programme Work Programme à partir de juin 2011, les conseillers du Jobcentre Plus ne sont plus tenus d'attendre un délai de douze mois pour confier le suivi du demandeur d'emploi à un prestataire extérieur, dès lors que sa situation le justifie.

Enfin, comme le rappelle le COE dans son rapport précité, « les chômeurs sans emploi depuis au moins deux ans [doivent] soit effectuer des travaux d'intérêt général, soit se rendre quotidiennement dans une agence pour l'emploi, soit suivre des formations selon l'avis de leur conseiller pour la recherche d'emploi pour ne pas perdre leurs droits à indemnisation ».

(3) Le défi de la lutte contre le chômage des jeunes

Si la situation de l'emploi des jeunes au Royaume-Uni apparaît plus favorable que dans de nombreux autres États membres de l'Union européenne, le taux de chômage des 18-24 ans 97 ( * ) s'élevait néanmoins à 19 % en 2009 et a atteint un pic en 2011 à 21 %.

Pour lutter contre ce phénomène, les gouvernements successifs ont mis en place des politiques ciblées comprenant à la fois un accompagnement spécifique, le développement de contrats aidés, des incitations financières pour les entreprises et des obligations plus strictes reposant sur les jeunes chômeurs .

D'une manière générale, il convient de rappeler que les montants des différentes prestations et crédits d'impôt augmentent avec l'âge des bénéficiaires. L'incitation à trouver ou reprendre un emploi ou une formation est donc particulièrement forte pour les jeunes.

Différentes mesures ont par ailleurs été prises afin d'améliorer l'accompagnement des jeunes sans emploi. Ainsi, le New Deal for Young people prévoyait un accompagnement renforcé pendant une période de quatre mois pour les jeunes en situation de chômage depuis plus de six mois . Si, à l'issue de cette période, le jeune était toujours sans emploi, une offre devait lui être proposée (formation de douze mois, volontariat, contrat aidé de six mois, etc.) à laquelle il ne pouvait opposer un refus.

Dans le cadre de la Youth guarantee lancée en 2009, le programme « Future jobs fund » prévoyait la création de 150.000 emplois à destination des jeunes chômeurs . D'une durée de six mois, ces emplois aidés, occupés pour l'essentiel dans le secteur non-marchand, visaient à permettre au jeune de bénéficier d'une expérience professionnelle . 105.000 emplois ont ainsi été créés la première année de mise en oeuvre du dispositif, pour un coût estimé à 6.500 £ par emploi.

Des incitations financières au recrutement des jeunes ont en outre été créées. Supprimé en 2011 avec la mise en place du Work Programme , le Future jobs fund a été remplacé par le Youth contract . Destiné aux jeunes en situation de chômage depuis au moins six mois, ce dispositif vise à garantir au bénéficiaire un entretien d'embauche ou un contrat d'apprentissage . Il prévoit en outre le versement, pendant une période de six mois maximum, d'une incitation financière pour les entreprises embauchant un jeune au chômage . Cette mesure a en outre été complétée par la création d'un Innovation fund destiné à financer des projets à caractère social au profit des jeunes de 14 ans et plus en difficulté ou particulièrement exposés au risque de chômage.

En parallèle, les obligations pesant sur les jeunes chômeurs ont été renforcées. Lors de la présentation du Summer Budget 2015, le chancelier de l'échiquier, George Osborne, a ainsi annoncé qu'à partir du mois d'avril 2017, pour pouvoir prétendre au versement d'allocations , les 18-21 ans devront respecter une Youth Obligation comprenant un programme de trois semaines de cours intensifs d'une durée de 71 heures au total ainsi que la participation à différentes activités destinées à favoriser leur intégration sur le marché du travail .

Il est en outre prévu que les 18-21 ans ne bénéficieront plus automatiquement du universal crédit dans sa dimension aide au logement afin d'éviter que les jeunes bénéficiant de cette allocation soient plus favorisés que ceux occupant un emploi mais dont les revenus ne leur permettent pas de quitter le domicile familial.

d) Un marché du travail dont la flexibilité a été accrue depuis 2011

La flexibilisation du marché du travail britannique est ancienne.

Les contrats « zéro heure » ( zero hour contracts ) en constituent l'exemple le plus emblématique . Ces contrats, qui se sont développés sans aucune base légale explicite, permettent aux employeurs d'avoir recours à des salariés en fonction de leurs besoins sans durée du travail ou horaires déterminés.

Si l'existence de ces contrats est antérieure aux années 2000, leur nombre a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie et, en particulier, pendant la crise. Ainsi, si 108.000 personnes avaient bénéficié d'un contrat « zéro heure » en 2004 (représentant 0,4 % des personnes en emploi), elles étaient 903.000 entre avril et juin 2016 (soit 2,9 % des personnes en emploi). Selon l' Office for national statistics , ces contrats concernaient majoritairement les jeunes et les femmes. Leur durée moyenne s'élevait à 26 heures par semaine.

L'arrivée au pouvoir du parti conservateur s'est traduite, à partir de 2011 et la mise en place du programme Employment law red tape challenge , par une volonté de flexibiliser encore davantage le marché du travail britannique. Dans cette perspective, le droit du licenciement a fait l'objet d'importantes modifications avec :

- l'allongement de la condition d'ancienneté pour former un recours pour licenciement injustifié, qui passe d'un à deux ans ;

- la réduction de la durée de préavis de 90 jours à 45 jours en cas de licenciement collectif ;

- le plafonnement des indemnités de licenciement à douze mois de salaire ;

- en cas de litige, la mise en place d'une procédure obligatoire de conciliation préalable ;

- l'introduction de frais de justice.

Selon le COE, « les effets conjugués de l'introduction des frais de justice en juillet 2013 et du plafonnement des indemnités de licenciement ont été considérables : en janvier 2015, la Chambre des communes a publié un rapport faisant apparaître que le nombre de requêtes devant les juridictions du travail avait chuté de 64 % entre octobre 2013 et septembre 2014 (32.671 cas de moins en un an) ».

Par ailleurs, un nouveau type de contrat a été créé en septembre 2013 : l'« employee shareholder ». En contrepartie d'actions cédées à titre gratuit, dont la valeur ne peut être inférieure à 2.000 £, le salarié renonce à certains droits (droit de se réclamer d'un licenciement abusif, bénéfice d'indemnités de licenciement, flexibilité du temps de travail, congé de formation). Les actions ainsi transférées sont exonérées d'impôt, de même que leur cession ultérieure (dans la limite d'un plafond de 50.000 £).

2. Un modèle qui n'est pas exempt de contreparties : une productivité en berne et une augmentation des inégalités de revenu

Dans une note de 2015 98 ( * ) , l'OCDE rappelait que si le secteur privé britannique était parvenu à créer près de trois millions d'emploi entre 2010 et 2015, la majorité d'entre eux ont concerné des indépendants et des contrats à temps partiel.

Contributions à la variation de l'emploi total depuis 2008

(en milliers)

Source : OCDE, Études économiques de l'OCDE, Royaume-Uni 2015, février 2015

Ce phénomène a notamment eu pour conséquence une faiblesse de la productivité qui a pesé sur l'évolution des salaires réels et s'est accompagnée d'une augmentation des inégalités de revenu.

a) Une faiblesse de la productivité britannique en partie liée à la multiplication des emplois faiblement qualifiés...

La crise s'est accompagnée d'une stagnation de la productivité, qui présentait déjà des signes d'essoufflement avant 2009.

Comme le montre le graphique infra , cette situation contraste avec les ajustements précédents, au cours desquels une hausse importante de la productivité avait été constatée quelques mois seulement après le début de la récession.

Ainsi, en 2014, la productivité britannique était 18 % plus faible que la moyenne des autres pays du G7 et 31 % plus faible qu'en France.

Évolution de la productivité et des salaires réels
au cours des quatre dernières récessions

Source : OCDE, Études économiques de l'OCDE, Royaume-Uni 2015, février 2015

L'OCDE note que si les réformes structurelles menées au début des années 2000 et depuis la crise ont permis d'augmenter le taux d'activité britannique, « cette hausse de l'offre de travail , à laquelle le stock de capital pourrait mettre du temps à s'ajuster (Carney, 2014 ), a exercé une pression sur la productivité ». L'organisation estime en outre que l'augmentation du nombre d'emplois, qui a largement bénéficié aux personnes moins qualifiées et dont la productivité était donc plus faible, a contribué à amplifier ce phénomène .

b) ... se traduisant par une stagnation des salaires et un accroissement des inégalités de revenu

Comme le note l'OCDE, « la productivité du travail est exceptionnellement faible depuis le début de la crise, si bien que les salaires réels et le PIB par habitant stagnent ».

Il convient ainsi de souligner que la situation britannique en matière d'emploi a demandé d'importants « sacrifices » aux salariés qui ont subi une modération salariale durable, ainsi que l'ont rappelé Thornsten Bell et David Finch de la Resolution Foundation lors du déplacement de votre commission d'enquête à Londres le 1 er juillet 2016. Au total, le niveau de vie d'un nombre important de foyers britanniques n'a pas progressé depuis 2002.

La faible progression des salaires a notamment concerné les foyers les plus modestes, se traduisant par une augmentation des inégalités de revenu.

Dans son rapport précité de 2015, le COE rappelle ainsi que « dans l'ensemble des pays de l'OCDE, la récession a accentué le creusement des inégalités, mais cette tendance est plus particulièrement marquée au Royaume-Uni, où le ratio entre le premier et le dernier décile de revenus était de 10,5 en 2012 alors que ce ratio était de 7 en 1985 et de 9 en 1995, la moyenne de l'OCDE étant quant à elle de 9,6 en 2013. Entre 1985 et 2010, le revenu réel des ménages s'est accru en moyenne de 2,5 % pour le dixième décile de revenus, alors que cette progression n'a atteint que 0,9 % pour le premier décile . Même s'il s'est légèrement atténué entre 2010 et 2013, il s'agit là de l'un des écarts de progression les plus importants au sein des pays de l'OCDE ».

Pour autant, cette situation pourrait s'infléchir dans les prochaines années, compte tenu de l'amélioration constatée de la qualité de l'emploi depuis deux ans . Le COE note ainsi, qu'au total, « entre le 1 er trimestre 2014 et le 1 er trimestre 2015 :

- le nombre d'emploi à temps plein a augmenté de 352.000 et s'élevait à 22,76 millions ;

- le nombre d'emplois à temps partiel est stable et s'élève à 8,267 millions ;

- le nombre d'emplois salariés augmente de 485.000 pour atteindre 26,3 millions. À l'inverse, le nombre de travailleurs indépendants diminue de 95.000 et s'élève à 4,5 millions. Une part des travailleurs indépendants (1,3 million) est à temps partiel. La qualité de ces emplois indépendants à temps partiel fait toutefois, dans certains cas, débat ;

- le nombre de personnes bénéficiaires de formations et de programmes destinés aux demandeurs d'emploi a diminué de 23.000 et s'élève à 104.000 ».


* 96 Conseil d'orientation pour l'emploi, op. cit., novembre 2015.

* 97 Le taux de chômage des jeunes est mesuré à partir du nombre de chômeurs âgés de 18 ans à 24 ans rapporté à la population active de cette classe d'âge.

* 98 OCDE, Études économiques de l'OCDE, Royaume-Uni 2015, février 2015.

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