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Union européenne-Russie : une confiance à reconstruire

6 juin 2017 : Union européenne-Russie : une confiance à reconstruire ( rapport d'information )

C. L'ÉLARGISSEMENT DE L'OTAN VU DE RUSSIE : DE L'ACCEPTATION INITIALE À LA CONTESTATION

Les 22 États membres de l'Union européenne appartenant également à l'Organisation atlantique y défendent, à l'égard de la Russie, des positions cohérentes et comparables : sur le plan de la sécurité (OTAN), ou sur celui des relations commerciales, politiques ou de coopération (Union européenne). De surcroît, les deux institutions ont parallèlement, après la chute de l'Union soviétique, mis en oeuvre un processus d'élargissement dont l'impact respectif sur la perception russe a été fort différent.

Le passage de 16 à 28 membres de l'OTAN entre 1999 et 2009, après l'adhésion des 12 pays d'Europe centrale, orientale, et de la Slovénie, de l'Albanie et de la Croatie, a suscité en Russie - à tort ou à raison - un sentiment d'encerclement et d'isolement, sinon de menaces réelles.

La création du Conseil de coopération Nord Atlantique, auquel a participé la Russie, puis de l'Acte fondateur en 1997, enfin celle du Conseil OTAN-Russie en 2002 instaurant un partenariat stratégique entre les deux parties, ont été d'utiles canaux de dialogue.

La relation OTAN-Russie

Dès la fin de la Guerre froide, l'OTAN et la Russie ont entamé un dialogue politique dans le cadre du Conseil de coopération nord-atlantique (COCONA), devenu en 1997 le Conseil de partenariat euro-atlantique. En 1997, sous la présidence de M. Boris Eltsine, fut signé à Paris l' Acte fondateur des relations OTAN-Russie. Dans ce document, qui souligne que les Alliés et la Russie « ne se considèrent pas comme des adversaires », ceux-ci s'engagent à « construire ensemble une paix durable et inclusive dans l'espace euro-atlantique, fondée sur les principes de démocratie et de sécurité coopérative ». La Russie, en signant l'Acte fondateur, s'est d'ailleurs engagée à assurer le « respect de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de tous les États et de leur droit inhérent de choisir les moyens d'assurer leur sécurité ». En 2002, sous la présidence de M. Vladimir Poutine, avec la Déclaration de Rome est fondé le Conseil OTAN-Russie, au sein duquel les Alliés et la Russie coopèrent en partenaires égaux pour répondre ensemble aux menaces communes. Après le conflit russo-géorgien d'août 2008, l'activité du Conseil OTAN-Russie fut suspendue pendant un an environ avant de reprendre fin 2009. Les Sommets de Lisbonne et de Chicago ont confirmé la détermination des Alliés à développer un véritable partenariat stratégique avec la Russie.

Ces structures de dialogue entendaient démontrer à la Russie que les élargissements, dénués de toute menace sécuritaire à son endroit, répondaient à une démarche démocratique et souveraine des nouveaux États membres que l'OTAN présente ainsi :

« Depuis que le Conseil OTAN-Russie existe, l'OTAN et la Russie collaborent dans des domaines tels que la lutte antidrogue, la lutte contre le terrorisme, le sauvetage des équipages de sous-marins ou les plans civils d'urgence. Aucun autre partenaire ne s'est vu offrir des relations comparables. À six reprises, entre 1952 et 2009, des pays européens ont fait le choix de se porter candidats à l'adhésion sur la base d'un processus démocratique et du respect de l'État de droit. Les pays membres de l'OTAN ont fait le choix unanime de les accepter.

L'élargissement de l'OTAN et de l'UE a aidé les pays d'Europe centrale et orientale à entreprendre les réformes difficiles qui étaient requises avant leur adhésion. Ce processus a également contribué à ce que les citoyens de ces pays jouissent des avantages découlant du choix démocratique, de l'État de droit et d'une forte croissance économique. De tels efforts ont amené l'Europe à être plus proche qu'à n'importe quel autre moment de l'histoire de l'objectif d'être entière, libre et en paix. »10(*)

Pour autant, les positions de part et d'autre restent figées.

En février 2017, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le ministre des affaires étrangères russe, M. Serguei Lavrov, a déclaré que l'élargissement de l'OTAN avait créé « un niveau de tensions en Europe jamais observé au cours des trente dernières années2017 est l'année du 20ème anniversaire de la signature à Paris de l'Acte fondateur OTAN-Russie et des 15 ans de la Déclaration de Rome pour une nouvelle qualité des relations OTAN-Russie. Le principe de base de ces documents était que la Russie et l'Occident s'engagent conjointement à garantir la sécurité, sur la base du respect des intérêts de chacun, du renforcement de la confiance mutuelle pour prévenir toute rupture euro-atlantique et effacer les lignes de division. Ce n'est pas ce qui s'est passé, surtout parce que l'OTAN est restée une institution de la guerre froide ».

En réponse à l'annexion de la Crimée et au développement de la crise dans le Donbass, l'OTAN a décidé de renforcer son « flanc oriental », dans le cadre de « l'initiative de réassurance » au profit de la Pologne et des trois États baltes. Quatre bataillons multinationaux ont ainsi été déployés, par rotation, dans ces quatre États de l'Union européenne. De même, avec la Force de réaction rapide de l'OTAN, six nouveaux postes de commandements ont été installés dans des États de l'Union à l'Est de l'Alliance.

Même si ce déploiement n'est pas en soi de nature à « constituer une menace immédiate pour la Russie11(*) », celle-ci a déployé de nouvelles divisions dans sa région militaire ouest. Elle a renforcé sa présence militaire à Kaliningrad, en y déployant notamment des missiles Iskander à capacité nucléaire.

Dans ce climat de défiance, il est positif que le Conseil OTAN-Russie ait pu reprendre son rôle de cadre de dialogue en 2016 et en mars 2017. S'il n'a pas abouti à des résultats concrets, il permet aux deux parties d'échanger sur leurs « postures militaires respectives », afin d'installer une transparence nécessaire pour réduire les risques.


* 10 Source : OTAN - 14 avril 2014.

* 11 Dmitri Trenin : « Russie/OTAN, maîtriser la confrontation - politique étrangère » 4. 2016.