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Culture et handicap : une exigence démocratique

19 juillet 2017 : Culture et handicap : une exigence démocratique ( rapport d'information )

F. METTRE L'ACCENT SUR LA FORMATION

1. Sensibiliser les personnels de santé à la problématique culture

La pratique d'une activité artistique et culturelle au sein des établissements du secteur médico-social soulève deux types de difficultés :

- soit il s'agit d'une dimension inexistante, en dépit de tous les bienfaits en termes de bien-être, de reconnaissance et d'autonomie du patient qu'elle peut procurer ;

- soit, lorsqu'elle existe, son animation est régulièrement confiée à des personnels de santé (aides-soignants, thérapeutes) qui, au-delà de leur sensibilité personnelle, ne possèdent aucune formation dans le domaine culturel.

À partir du moment où l'idée est de permettre aux patients de pratiquer une activité artistique et culturelle comme la pratiquerait un individu à l'extérieur, à la fois pour garantir l'épanouissement personnel du patient et pour contribuer à la qualité des soins, il convient de veiller à une stricte séparation des tâches entre personnels de santé et acteurs culturels. Les personnels de santé sont chargés de dispenser des soins, tandis que l'animation des ateliers de création artistique et culturelle doit être confiée à des artistes ou des professionnels issus des établissements culturels.

Pour autant, il est essentiel qu'une démarche culturelle soit engagée dans chaque établissement du secteur médico-social. Trop souvent, la mise en oeuvre de projets artistiques et culturels à destination des patients repose sur le volontarisme d'un chef de service ou d'un membre du personnel administratif particulièrement sensible à la problématique et peut s'interrompre subitement en cas de départ de celui-ci. Sans compter le déficit chronique de moyens alloués à ces projets dans un contexte budgétaire tendu pour les établissements.

À cet effet, la nomination d'un référent chargé de la culture au sein de chaque établissement pourrait constituer un grand progrès. Il aurait pour rôle de concevoir la politique culturelle mise en oeuvre au bénéfice des patients de l'établissement et serait chargé de nouer des partenariats avec les acteurs culturels locaux, tels que les bibliothèques, les théâtres, les musées ou les salles de concert. Les DRAC pourraient utilement soutenir un certain nombre des initiatives conduites par les établissements du secteur médico-social.

2. Former les acteurs de la culture à la connaissance du handicap

L'insuffisante connaissance qu'ont les personnels de la culture du handicap constitue aujourd'hui le principal obstacle identifié à l'inclusion culturelle des personnes en situation de handicap. Ils ne sont pas suffisamment sensibilisés aux différentes formes de handicap, à leurs implications ni à la manière de s'y adapter.

Un effort de formation doit impérativement être déployé en direction des acteurs de la culture pour que leur formation initiale et continue intègre cette problématique.

Au stade de la formation initiale, l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur placés sous la tutelle du ministère de la culture, dont la vocation est de former aux métiers de l'architecture, du patrimoine, des arts plastiques, du spectacle vivant et du cinéma, doivent proposer des modules obligatoires portant sur le handicap.

Les établissements culturels doivent également former leurs personnels, au titre de la formation continue, à l'accueil et à la prise en charge des personnes en situation de handicap.

La consultation régulière des associations représentatives des personnes handicapées ou conclusion de partenariats avec celles-ci peut se révéler utile pour évaluer l'efficacité des dispositifs mis en place en direction des publics handicapés.

Les mises en situation constituent également une possibilité. Les personnels en charge des politiques des publics ont loué l'intérêt qu'ils avaient retirés de « mettre dans la peau » d'une personne en situation de handicap les personnels en charge du bâtiment, de la médiation et de la programmation culturelle ainsi que de l'accueil du public pour comprendre l'expérience de visite des personnes concernées et les difficultés qu'ils étaient susceptibles de rencontrer. Plusieurs améliorations avaient été apportées à cette occasion et les personnels d'accueil se montraient ensuite plus tolérants vis-à-vis des différences nées du handicap.

La formation au handicap ne saurait toutefois se réduire au monde de la culture. Elle doit également concerner les personnels du monde de l'éducation, qui sont les premiers transmetteurs des valeurs civiques et républicaines. Former les enseignants, au sein des ESPÉ, à l'accueil des enfants en situation de handicap et, au-delà, à éveiller l'ensemble des élèves à la différence et au respect de l'autre est l'une des premières exigences pour faire évoluer la société vers davantage d'inclusion. Cette problématique doit également être intégrée à la formation des journalistes, dont le rôle est déterminant dans les représentations sociales.