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Sécurité routière : mieux cibler pour plus d'efficacité

18 avril 2018 : Sécurité routière : mieux cibler pour plus d'efficacité ( rapport d'information )

ANNEXE 2 - CONTRIBUTIONS CITOYENNES RECUEILLIES SUR L'ESPACE PARTICIPATIF

Pour associer l'ensemble de la société civile à sa réflexion et recueillir les réactions des citoyens sur les mesures contenues dans le plan de lutte contre l'insécurité routière présenté lors du Comité interministériel de la sécurité routière du 9 janvier 2018, le groupe de travail sur la sécurité routière a ouvert un espace participatif sur le site internet du Sénat du 9 février au 30 mars 2018.

Plus de 23 000 contributions citoyennes ont été reçues en deux mois.

La plupart traduisent une opposition à la mesure de réduction de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central jugée inefficace, insuffisamment étayée, et dont la principale finalité serait de permettre à l'État de percevoir des recettes issues des verbalisations supplémentaires.

Nombre d'entre elles dénoncent également une application généralisée de cette mesure, sans tenir compte de la dangerosité des routes, et traduisent le sentiment que l'ensemble de la population sera pénalisée à cause du comportement de ceux qui ne respectent pas les vitesses maximales autorisées.

Plusieurs soulignent les difficultés résultant de l'impossibilité pour les conducteurs de véhicules légers de dépasser les poids-lourds en cas de maintien de leur vitesse maximale autorisée sur ces routes à 80 km/h.

Enfin, la politique de sécurité routière française est souvent perçue, à regrets, comme essentiellement répressive, et le manque de concertation et de pédagogie ayant entouré l'annonce de la mesure de réduction de la vitesse maximale autorisée à 80 km/h a été largement dénoncé.

La présente annexe livre ci-après une sélection des contributions reçues, publiées avec l'accord de leurs auteurs.

Anonyme - Enseignant (Loire-Atlantique)

La volonté du gouvernement de faire baisser la mortalité routière est assurément louable, cependant les moyens engagés et les solutions envisagées laissent sensiblement à désirer. Ainsi, par la mesure de baisse de 10 km/h de la vitesse de circulation sur les axes à double sens sans séparateur matérialisé, le gouvernement laisse entendre que seule la vitesse est cause d'accident. Alors que dans de nombreux cas il ne s'agit que d'un facteur aggravant de la survenue et la gravité des accidents. De plus cette solution apparaît comme un expédient pour éluder les problèmes d'alcool et stupéfiants légaux ou non, d'utilisation du téléphone au volant, d'incivilité de toutes sortes (respect des priorités, éclairage et signalisation des véhicules). Cette solution apparaît assez clairement comme une solution facile pour rendre moins visible la baisse d'entretien du réseau et la moindre présence du personnel de répression et de prévention (forces de police). Plutôt que d'envisager systématiquement l'option répressive, et partant d'infantiliser le citoyen, il serait intéressant de choisir l'option de la pédagogie positive, qui renforcerait les bons comportements. À quand une véritable campagne d'information, nationale et massive sur le bon usage des clignotants, de l'éclairage, sur comment négocier les carrefours notamment giratoires. Je suis avant tout conducteur de deux-roues, et j'ai la preuve quasi quotidienne qu'une partie très importante des conducteurs ne respectent pas le code de la route non par incivilité mais par méconnaissance de ces règles.

Anonyme - Secrétaire médicale (Seine-et-Marne)

Je trouve que réduire la vitesse de 10 km/h va avoir l'effet inverse. Lorsque vous conduisez un long moment sur des départementales, l'effet de somnolence risque faire son apparition car n'oublions pas que 80 km/h sera la vitesse maximale. Il serait plus judicieux de réduire la vitesse sur des tronçons prouvés dangereux et non sur tout le réseau. De plus, les véhicules seront plus polluants car non conçus pour rouler sur des distances assez longues à vitesse réduite comme celle-ci. Sans compter les frais qui vont découler de cette mesure pour changer toute la signalisation et reprogrammer les radars.

M. Denis A. - Chef de projet (Charente-Maritime)

Je suis opposé à cette mesure qui va nous rendre la vie encore plus difficile en province. Nous allons être bloqués derrière les camions qui rouleront à la même vitesse que les automobiles et même être pris « en sandwich ». Il ne faut pas se faire d'illusions, les camions ne respecteront jamais les distances de sécurité. La limitation de vitesse aura un effet direct, non pas sur la mortalité, mais sur notre permis, car il sera encore plus facile de perdre ci ou là des points. La vitesse pourrait être limitée sur certaines parties du réseau mais quand cela à un sens.

M. Didier C. - Retraité (Charente)

Mesure simpliste, imposée sur la base d'un argumentaire peu crédible. Devant le refus de communiquer le bilan de l'expérimentation à 80 km/h, et en l'absence d'arguments convaincants, cette mesure ressemble à un diktat idéologique qui ne peut être accepté par la population. D'une manière générale, je trouve contre-productive l'attitude qui consiste à penser que les Français sont incapables de comprendre des arguments étayés et crédibles. Cela conduit à imposer des mesures qui ne peuvent être comprises et qui, jugées non respectables, ne seront pas respectées.

Anonyme - Cadre de chantier (Haute-Garonne)

Bonjour et pour une fois, merci de nous demander notre avis à nous, citoyens d'en bas. Cette mesure est néfaste à plus d'un titre mais la principale, à mes yeux de gros rouleur, c'est de mettre à la même allure voitures et camions. En effet, lorsqu'une voiture roule à 80-85 km/h, vous avez un certain nombre de poids-lourds qui ne peuvent s'empêcher de la doubler. Ceci conduit à des situations dramatiquement dangereuses de véhicules à gros gabarit qui doublent alors qu'ils ne devraient pas.

Anonyme - Comédienne (Indre-et-Loire)

Je pense qu'il faudrait éduquer les gens à respecter les limites de vitesse par respect de la loi et des autres êtres humains, et non les éduquer par la punition : 90 % des gens que je connais respectent les limites uniquement quand ils ont peur d'avoir une amende. Vous faites les choses à l'envers, et presque tout le monde pense que vous réduisez les limites pour leur prendre de l'argent, et non pas pour la sécurité. Il faut éduquer les gens au respect les uns des autres dès l'école primaire, éduquer à la bienveillance, au « nous avançons ensemble, citoyens et gouvernement » et non pas les uns contre les autres. Personnellement, cela m'est égal de rouler à 80 ou à 90 km/h, mais je ne pense pas que cela soit positif pour les gens qui pensent que le gouvernement les rackette, et malheureusement il s'agit de la majorité des conducteurs.

M. Philippe P. - Formateur (Côte d'Or)

Je trouve que réduire la vitesse sur l'ensemble du réseau secondaire n'est pas nécessaire, les automobilistes qui ne respectent pas les limitations de vitesse ne respecteront pas plus cette nouvelle limitation. Par contre, limiter la vitesse sur certaines zones très accidentogènes me semblerait plus pertinent. J'ai personnellement été amené à emprunter une route dans l'Yonne limitée à 80 km/h sur une portion, et cette limitation ponctuelle m'a semblé relever d'une décision réfléchie à cet endroit. Généraliser la limitation va lui faire perdre son effet.

Anonyme - Retraité (Orne)

Favorable à cette nouvelle limitation. Mathématiquement, quand vous passez de 80 à 90 km/h, la violence du choc frontal qui dépend directement de l'énergie cinétique sera augmentée d'un quart. Voici les calculs que tout physicien vous confirmera : quand on passe de 80 à 90, on multiplie la vitesse par 1,125. Comme l'énergie cinétique dépend du carré de la vitesse, la violence du choc sera donc multipliée par 1,125² soit 1,265. Préservons la vie sur la route, le peu de temps perdu sera largement compensé par des larmes en moins.

Anonyme - Commerciale (Bas-Rhin)

Pour réduire la mortalité sur la route, cette mesure serait contre-productive. Abaisser la vitesse en général n'est pas la solution et cela amène d'autres problèmes dont le manque de concentration, qui crée plus d'accidents. Il serait plus judicieux de prendre exemple sur le système allemand (nous, frontaliers, prenons les routes allemandes tous les jours), qui consiste à adapter la vitesse en fonction de la qualité de la route et des intersections.

M. Valentin M. - Ingénieur (Meurthe-et-Moselle)

Dans un monde où les véhicules sont de plus en plus sûrs, de manière active (aides à la conduite) et passive (crash test de plus en plus sécuritaires), une diminution de la vitesse n'a pas lieu d'être. Dans un monde où tout doit aller vite (transactions, commerce, échanges...) afin de rester compétitif, une diminution de la vitesse n'a pas lieu d'être. Il faut à mon sens revoir les infrastructures routières avant tout, nids de poules, ralentisseurs à foison (très glissants par ailleurs pour les 2 roues), marquage routier invisible la nuit, glissières de sécurité pour les motards... Pourquoi, au lieu de diminuer la vitesse sur les axes sans séparateur central, ne pas installer un séparateur central sur chaque route ? Pour finir, une citation : « Nous roulons sur les routes d'hier, dans les voitures de demain, conduites par les hommes d'aujourd'hui ».

Anonyme - Professeur

Le fait de réduire la vitesse de 10 km/h sur les routes n'est pas pour moi une bonne mesure en soi. En effet, la personne qui pratique habituellement de grandes vitesses n'arrêtera pas, que ce soit 80 ou 90, si elle a envie de rouler à 120, 130 ou plus, elle le fera. Ce que je veux dire par là, c'est que cela n'arrêtera pas les chauffards et par conséquent ne réduira pas considérablement les accidents. En revanche, cela nuira aux automobilistes qui adoptent une conduite modérée et doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres par jour pour se rendre au travail par exemple.

Anonyme - Enseignant de la conduite (Puy-de-Dôme)

Nous enseignants de la conduite et de la sécurité routière nous battons pour défendre la sécurité routière. Cette mesure semble injuste auprès des usagers devant une répression de plus en plus importante en dépit de la prévention, mais surtout de la formation. Il existe aussi un grand manque de transparence dans les expérimentations menées dans le cadre de cette réduction de vitesse. Quid de l'état du réseau routier ? Quid de l'augmentation excessive des réseaux les plus sûrs (autoroutes, voies express) ?

M. Christian M. - Retraité (Yvelines)

Je suis favorable à la réduction à 80 km/h de la VMA sur les routes bidirectionnelles hors agglomération selon la seconde option proposée par le comité des experts du CNSR. Ayant été secrétaire du comité des experts du CNSR, d'une part, et ayant piloté le passage à 50 km/h en agglomération en 1990, je pense, par expérience, qu'il y a matière à maintenir à 90 km/h des routes bidirectionnelles sous réserve qu'elles répondent à certains critères de sécurité exposés dans le guide des aménagements des routes principales (dit ARP) validés par un audit réalisé par un organisme indépendant du maitre d'ouvrage. Il conviendrait d'abaisser le taux d'alcool à 0,2 gr/l pour tous les conducteurs. Cette mesure permettrait d'épargner plus d'une centaine de vie. Si on considère qu'un conducteur professionnel ne devrait pas conduire lorsqu'il a plus de 0,2 gr/l a fortiori un non professionnel devrait être soumis à la même règle puisqu'il se met en danger lui personnellement mais aussi les autres usagers de la route.

M. Jean-Michel S. - Technicien (Côte d'Or)

Le vrai souci n'est pas cette limite de vitesse, mais un problème de comportement quotidien. On abaisse cette limite, mais en même temps, les distances de sécurité ne sont pas respectées, régulièrement, des automobilistes roulent de nuit sans phares, les STOP ne sont pas respectés, les passages piétons non plus etc. C'est toujours ce problème de répression, de tout limiter, et non d'éduquer, de sensibiliser, de faire apprendre, de conseiller. Pourquoi ne pas rendre des formations obligatoires pour les conducteurs tous les 10 ans ? Et les personnes âgées ? Les 80 km/h ne sont vraiment pas le problème. Cette baisse de vitesse engendre également une baisse de l'attention. Imaginez si vous avez à faire 200 km de routes départementales sans interruption, sans croisement, à 80km/h, avec des radars automatiques tous les 5 km.

Anonyme - Retraité (Hérault)

Bonjour. Je suis opposé à cette mesure car elle est systématique et ne tient en aucun compte de la dangerosité des voies. Si effectivement il existe des routes accidentogènes, il me semble plus simple et efficace de réduire la vitesse sur les routes concernées à 80 voire 70 km/h plutôt que de systématiser cette mesure sur des routes ne posant aucun souci. De plus la systématisation coutera cher en modification de signalisation. Enfin, la limitation à 80 km/h rendra plus difficile et risqué le dépassement de certains véhicules lents tels que camion ou camping-car par exemple. En outre, cette mesure n'a pas prouvé son efficacité à l'étranger. Merci pour cette consultation.

M. Thibault S. - Étudiant en ingénierie (Charente-Maritime)

Je suis absolument opposé à cette mesure. Mon impression est que les personnes ayant soumis cette proposition sont coupées de la réalité de la circulation sur route. De plus, j'ai l'impression d'être sanctionné pour le comportement irresponsable d'une minorité sur la route. L'argument avancé concernant le « peu de différence dans le temps de trajet » ne fait des calculs que pour des cours trajets, pouvant être quotidien pour certaines personnes. Dans ces conditions, il est normal de trouver un allongement court. Personnellement, je réalise régulièrement (1 à 2 fois par mois en moyenne) des trajets de plus de 500km sur des axes est/ouest sur des routes secondaires car aucune autoroute n'est mise en place pour ce parcours. Pour un tel trajet, si cette décision était appliquée, je devrais prévoir plus d'une demi-heure supplémentaire pour réaliser le trajet. Ce qui implique une fatigue supplémentaire qui à mon sens est autant voir plus dangereuse que la vitesse. D'autre part, une de mes craintes est le fait que cette décision supprimera la différence de vitesse entre les voitures et les camions. Certains ayant déjà un comportement dangereux (non-respect de leur limitation propre, non-respect des distances de sécurité), cette mesure réduirait la distance entre voitures et camions et augmenterait donc les risques. Enfin, cette mesure ne prend pas en considération les améliorations apportées aux voitures : les équipements comme les freins qui sont plus performants, les technologies telles que les systèmes de freinage d'urgence, ou encore le fait que les voitures sont désormais conçues pour pouvoir effectuer des manoeuvres d'évitement à haute vitesse. Ainsi, la baisse de la vitesse moyenne sur les routes n'est pas le seul paramètre permettant d'expliquer une baisse de la mortalité ces dernières années. Je considère que si une mesure de réduction de vitesse doit être appliquée, elle devrait être plus réfléchie et ne devrait concerner que des tronçons définis comme étant dangereux.

Anonyme - Pharmacienne biologiste (Loire)

S'il est exact que la vitesse est un facteur aggravant lors d'un accident, je pense que la réduction de la vitesse maximum ne rendra pas la route plus sûre pour autant. Il y aura certainement davantage de dépassements dangereux, les voitures étant amenées à rouler souvent en « convoi » derrière ou avec des poids lourds.

Anonyme - Gendarme (Gironde)

Ce ne sont pas les vitesses autorisées qui tuent mais bien les grands excès de vitesse. Ça ne changera rien de baisser la vitesse de 10 km/h. Un accident à 80 ou à 90 km/h ne changera rien du point de vue de la mortalité. Il vaut mieux agir sur les grands excès de vitesse qui eux sont générateurs d'accident. Pourquoi ne pas systématiquement retirer le véhicule en même temps que le permis de conduire, je pense que cela serait plus judicieux. Dès qu'on touche à la voiture des chauffards, cela les fait réfléchir.