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Quels tremplins pour le sport en outre-mer ? - Rapport

20 novembre 2018 : Quels tremplins pour le sport en outre-mer ? - Rapport ( rapport d'information )

II. UNE SOUS-DOTATION CHRONIQUE ET DE GRANDES DISPARITÉS SELON LES TERRITOIRES

A. UNE SOUS-DOTATION GLOBALE DES TERRITOIRES

1. Des territoires dans l'ensemble très en-deçà de la moyenne nationale en termes d'équipements

Les outre-mer montrent collectivement, comme individuellement, de fortes sous-dotations en équipements sportifs par rapport à l'hexagone. L'inspection générale de la jeunesse et des sports et l'inspection générale de l'administration ont mené un rapport conjoint39(*) en 2016 sur les besoins des outre-mer en matière d'équipements sportifs. D'un point de vue purement quantitatif, la mission concluait à un niveau d'équipement « inférieur d'un bon tiers » à celui de la France entière, en prenant en compte le nombre d'équipements pour 10 000 habitants.

Les chiffres actualisés de la base RES du ministère des sports permettent ainsi d'établir le tableau de comparaison suivant, qui montre le différentiel criant qui existe entre les outre-mer et la moyenne nationale.

Équipements sportifs par territoire

Territoire

Nombre
d'équipements

Ratio pour
10 000 habitants

Saint-Pierre-et-Miquelon

38

62,7

Saint-Martin

27

7,6

Saint-Barthélemy

16

17,2

Guadeloupe

1 270

31,6

Martinique

1 252

32,5

Guyane

796

32,6

Mayotte

330

15,5

La Réunion

3 057

36,6

Nouvelle-Calédonie

1 123

41,8

Îles Wallis et Futuna

68

55,8

Polynésie française

1 025

38,2

Moyenne nationale

53,7

Source : Direction des sports, base RES, octobre 2018

Si Saint-Pierre-et-Miquelon se distingue largement des autres territoires et dépasse même la moyenne nationale, la quasi-totalité des territoires se situe très en-deçà de la moyenne nationale, souvent autour de 30 équipements pour 10 000 habitants. Des situations extrêmes sont recensées comme à Saint-Martin ou Mayotte. Parmi les dix territoires les moins dotés en équipements à l'échelle nationale - en intégrant les régions de l'hexagone, les DROM, les COM et la Nouvelle-Calédonie -, neuf sont ultramarins40(*). Aussi, certains territoires apparaissent au-dessus de la moyenne nationale sur ce ratio, en étant cependant dans une situation extrêmement précaire.

Il faut souligner plusieurs faiblesses de ce recensement, que soulignait la mission ministérielle de 2016 :

- l'actualisation du RES est un travail lourd pour les services territoriaux, dont la fiabilité n'est pas assurée ;

le RES n'intègre pas l'âge ni la vétusté des équipements.

Sur ce second point, la mission s'était intéressée à la date de mise en service des équipements ainsi qu'à la date des derniers gros travaux réalisés, soulignant cependant que ces données n'apportent pas nécessairement d'information sur l'état actuel de l'équipement.

L'analyse quantitative ne doit également pas occulter un élément qualitatif : la diversité des disciplines praticables avec les équipements disponibles41(*). Ainsi, les rapporteures ont été régulièrement interpellées par les carences manifestes en piscines, à Mayotte ou en Guadeloupe par exemple, provoquant des retards alarmants dans la maîtrise de la nage dans des territoires pourtant insulaires.

Enfin, un dernier point de vigilance doit être souligné, à savoir le nombre d'équipements homologués : aucun stade de football n'est ainsi homologué à Mayotte42(*) par la fédération française de football. L'homologation est un élément déterminant à considérer, préalable au bon développement du sport, notamment de plus haut niveau.

2. Dans certains territoires, une couverture très inégale à l'échelle infra-territoriale

Les ratios d'équipements au niveau des territoires peuvent cependant masquer d'importantes disparités infra-territoriales. Ainsi, en Guyane, on peut constater des écarts considérables entre les communes : la direction de la jeunesse et des sports dénombre 137 habitants pour un équipement à Sinnamary quand ce ratio s'élève à 1 530 pour Apatou et même 3 168 pour Papaïchton. À titre de comparaison, la moyenne nationale est de 1 équipement pour 186 habitants.

Ces disparités infra-territoriales ne sont pas négligeables alors que, comme évoqué plus tôt, l'accessibilité de certaines zones des territoires est difficile.

Les territoires archipélagiques doivent également être abordés sur des échelles infra-territoriales : en Polynésie française, par exemple, 64,7 % du parc est situé dans le seul archipel de la Société - les Îles-du-Vent, dont Tahiti et Moorea, et les Îles Sous-le-Vent, dont Raiatea, Bora Bora, Tahaa, Maupiti et Huahine.

Cependant, les ratios d'équipements doivent être fortement nuancés d'un point de vue qualitatif en raison de la dispersion géographique de certains territoires multi-insulaires. Pour la Guadeloupe, par exemple, la multi-insularité nécessite une appréhension plus fine encore de l'aspect quantitatif. Ainsi, si Marie-Galante ou les Saintes peuvent avoir un ratio apparemment plus favorable que la Grande-Terre et la Basse-Terre, leur faible accessibilité aux équipements de la Guadeloupe « continentale » implique une moindre diversité de disciplines disponibles. La DJSCS de Mayotte indique que le recensement des équipements sportifs « a fait ressortir une répartition très inégalitaire des équipements sur le territoire de Mayotte, ainsi qu'une carence marquée en termes d'équipements structurants ».


* 39 Rapport sur les besoins en matière d'équipements sportifs dans les outre-mer, établi par Daniel Zielinski, inspecteur général de la jeunesse et des sports, Rémi Duchêne, inspecteur général de l'administration et Grégory Valot, inspecteur de l'administration - juillet 2016, IGJS n° 2016-I-14, IGA n° 16082-16051-01.

* 40 La région Île-de-France apparaît dans les dix territoires les moins pourvus sur cette base RES : la très forte densité de population et la structuration de la région ne permettent cependant pas de comparaison avec les territoires ultramarins.

* 41 Le territoire des îles Wallis et Futuna compte ainsi un nombre important d'équipements dont un grand nombre sont des boulodromes.

* 42 Audition de l'Association nationale des élus en charge du sport (ANDES) du mardi 22 mai 2018.