II. LES DIFFICULTÉS SONT DEVANT NOUS

Les difficultés que les entreprises de la BITD devront surmonter dans les mois et les années qui viennent seront d'abord celles qui affectent le contexte économique global. Comme on l'a vu, la situation de l'aéronautique civile sera très difficile pendant plusieurs années. Mais, outre les difficultés affectant l'ensemble de l'économie, les caractéristiques de la BITD vont entrainer des difficultés qui lui sont propres.

A. LE TEMPS DE LATENCE DES PROGRAMMES D'ARMEMENT

Un des plus grands dangers qui guettent la BITD est l'erreur de perspective temporelle que pourrait entraîner son cycle propre, marqué par un temps de latence important entre le moment du lancement d'un programme et la fin de la livraison des matériels produits. Pour citer deux exemples actuels, la France et l'Allemagne ont lancé les premières études pour deux grands projets, le système aérien de combat du futur (SCAF) et le système de combat terrestre du futur ( Main Ground Combat System -MGCS) dont les premiers exemplaires devraient être livrés vers 2040, pour être produits pendant plusieurs dizaines d'années. Il n'y a sans doute pas de produits civils ayant une telle étendue.

Une des conséquences de la durée des grands programmes d'armement est que, si les commandes s'arrêtaient d'un coup, l'activité de production ne cesserait pas tout de suite. Ce temps de latence, s'il permet certes d'assurer la survie à court terme des entreprises, fait porter un risque de sous-estimation de la gravité de la crise actuelle.

Dans le débat qui entoure le plan de relance qui doit encore être présenté par le Gouvernement, il existe un risque que la BITD n'apparaisse pas comme prioritaire, car sa situation ne paraît pas critique (à l'exception notable des entreprises très actives dans le civil, et en particulier dans le secteur aéronautique).

Dans le scenario le plus sombre, certains pourraient même plaider que, dans la situation financière extrêmement difficile de l'État, l'effort de défense devrait être revu à la baisse. Ce serait là un contresens économique et stratégique, mais surtout ce serait une erreur tragique, car elle serait irréparable. Les quarante dernières années nous ont montré que, lorsqu'un pan d'activité industrielle disparaît, on ne peut le restaurer artificiellement par la suite.

Une des raisons à cela est que les entreprises, comme les espèces vivantes animales ou végétales, sont inscrites dans un écosystème avec lequel elles interagissent. Une fois son écosystème disparu, on ne peut réintroduire une espèce dont on reconnaît tardivement l'importance.

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