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Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités

6 juillet 2021 : Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités ( rapport d'information )

N° 742

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2020-2021

Enregistré à la Présidence du Sénat le 6 juillet 2021

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la mission d'information sur les conditions de la vie étudiante en France (1) sur l'accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour l'État et les collectivités,

Par M. Laurent LAFON,

Sénateur

(1) Cette mission est composée de : M. Pierre Ouzoulias, président ; M. Laurent Lafon, rapporteur ; M. David Assouline, Mme  Laure Darcos, MM. Bernard Fialaire, Xavier Iacovelli, Mmes Monique de Marco, Vanina Paoli-Gagin,
MM. Stéphane Piednoir, Christian Redon-Sarrazy, vice-présidents ; M. Alain Cazabonne, Mme Marie Mercier, secrétaires ;
Mmes Catherine Belrhiti, Céline Boulay-Espéronnier, MM. Hussein Bourgi, Édouard Courtial, Mmes Laurence Garnier, Béatrice Gosselin, Victoire Jasmin, Sonia de La Provôté, Vivette Lopez, Laurence Muller-Bronn, Évelyne Perrot.

AVANT-PROPOS

La création par le Sénat d'une mission d'information sur les conditions de la vie étudiante, à l'initiative du groupe Union centriste, répondait à la nécessité de réagir au malaise étudiant apparu en pleine lumière du fait de la crise sanitaire, avec deux images fortes : les files interminables d'étudiants attendant de recevoir une aide alimentaire, symbole de leur précarité, et leur isolement face à leur écran d'ordinateur, signe d'une solitude préoccupante à un âge décisif pour la construction de la personnalité.

Le Sénat a souhaité, par cette mission d'information, apporter sa contribution à une réflexion sur la situation de notre jeunesse étudiante après deux années universitaires successives marquées par la pandémie, en essayant de faire la part des effets de la crise, qui pourraient prendre fin dans avec la pandémie, et de difficultés qui préexistaient à celle-ci mais qui ont été amplifiées par le contexte sanitaire.

La vie étudiante est un sujet très vaste, qui ne se limite ni aux problématiques en lien avec le quotidien et avec l'accompagnement matériel de l'étudiant, ni à son parcours d'études, mais englobe également tout ce qui contribue à « la construction de la personne humaine en lien avec ses pairs, les enseignants-chercheurs et l'environnement », comme l'a rappelé devant la mission d'information la présidente de l'Observatoire de la vie étudiante1(*). Ainsi, la mission d'information a intégré à son analyse l'apprentissage de la vie citoyenne à travers l'engagement associatif étudiant, dont elle a pu mesurer le dynamisme et la créativité lors de nombreuses auditions, tables rondes et rencontres.

Le sujet de la vie étudiante constitue un défi en raison de la grande diversité du monde étudiant, en fonction des cursus tout d'abord, mais aussi des lieux d'études (université, grandes écoles, lycées), de la taille et de la localisation des établissements (établissements fusionnés, à la pointe des classements internationaux, plus petites structures tournées vers des territoires ruraux, grandes universités et sites délocalisés, centre-ville, périphéries urbaines...) et, enfin, de situations sociales très contrastées.

Une autre difficulté réside dans le caractère transversal de ce sujet, qui croise de nombreuses thématiques et politiques publiques : santé, logement, emploi, aménagement du territoire... Sur ce dernier point, les travaux de la mission ont mis en évidence l'intérêt d'une approche territoriale de l'enseignement supérieur et l'importance de l'ancrage territorial des universités et écoles, non seulement pour une meilleure qualité de vie des étudiants mais aussi dans une perspective de réussite.

La mission a pris le parti de n'intégrer à sa réflexion ni l'accès aux études supérieures (le dispositif de Parcoursup ne fait donc pas partie de son périmètre) ni l'insertion professionnelle. En revanche ses analyses portent sur les étapes du parcours - stages, mobilités internationales et alternance, par exemple - qui permettent aux étudiants de préparer leur insertion professionnelle.

La mise en évidence par la crise de la précarité de certains étudiants a conduit la mission d'information à analyser les aspects financiers de la vie étudiante, tant les questions budgétaires peuvent être prégnantes pour de nombreux étudiants. Un rapport remis récemment à la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation soulignait d'ailleurs cette « situation très paradoxale dans un pays où l'école est gratuite et où et une grande partie de l'enseignement supérieur est gratuit »2(*).

À cet égard un constat s'impose : le logement est une variable déterminante du coût des études, plus particulièrement dans les grandes métropoles. Ce constat invite à poser la question de l'implantation territoriale de l'enseignement supérieur et du choix de plus petites structures, implantées dans des territoires où les loyers sont souvent plus abordables. Il conduit aussi à s'interroger sur la pertinence d'un autre modèle de réussite que celui qui est dicté par les classements internationaux, et faisant une plus grande part à la qualité de vie étudiante.

Entre sa première audition, le 11 mars 2021, et l'examen de ce rapport, le 6 juillet 2021, la mission d'information s'est caractérisée par la forte mobilisation de ses membres et par le consensus et l'ambiance conviviale qui ont marqué ses travaux.

La mission d'information a souhaité donner la parole aux étudiants, en procédant dès le début du mois de mars à un appel à témoignages sur les réseaux sociaux, en recevant de nombreux représentants d'associations étudiantes et en accueillant au cours d'une table ronde les organisations représentatives étudiantes3(*).

Alertée sur les difficultés spécifiques auxquels sont confrontées depuis le début de la crise nos jeunes compatriotes ultramarins effectuant leurs études dans l'hexagone, elle a tenu à associer à sa réflexion la délégation sénatoriale aux outre-mer, présidée par Stéphane Artano, qu'elle remercie pour son implication et son expertise.

Elle a, dans le même esprit, travaillé avec le groupe d'études du Sénat « Statut, rôle et place des Français établis hors de France » sur les mobilités internationales des étudiants français, un enjeu d'insertion professionnelle affecté par la crise ; elle souhaite exprimer sa reconnaissance à sa présidente, Jacky Deromedi.

En raison des contraintes sanitaires, les projets de déplacement de la mission d'information dans les universités n'ont pu se concrétiser qu'avec les universités de Nanterre et de Versailles ; des visioconférences ont toutefois permis d'entendre le président de l'université de La Rochelle et la directrice de l'institut nationale universitaire d'Albi et de procéder à une table ronde sur la précarité étudiante avec les acteurs de la région académique Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La mission d'information tient à saluer l'engagement de tous ces experts et acteurs de terrain, dont elle a pu apprécier l'implication et le dynamisme au plus près des étudiants.

Soucieuse d'aborder le sujet de la vie étudiante au prisme des enjeux territoriaux, la mission d'information a également entendu les associations d'élus ; elle souligne l'exemplarité des bonnes pratiques qui se sont manifestées dans les territoires à l'occasion de la crise et aspire par ce rapport à mieux les faire connaître.

***

Les auditions et rencontres qui ont jalonné cette mission d'information4(*) ont montré que le ressenti négatif de la crise s'est, par-delà la diversité du monde étudiant, concentré sur trois effets principaux : les conséquences psychologiques d'un isolement lié, dans le contexte des confinements successifs et des protocoles sanitaires, à l'enseignement à distance et à la disparition de la vie sociale dans les universités et les écoles ; la crainte d'une dégradation de la valeur des formations et diplômes et de chances d'insertion professionnelle altérées ; les difficultés économiques résultant de la perte des revenus procurés par les « jobs étudiants ».

En ce qui concerne les étudiants ultramarins dans l'hexagone, la mission d'information a mesuré, par-delà l'isolement dont ils ont tout particulièrement souffert pendant les confinements successifs, la nécessité d'un accompagnement particulier pour des jeunes qui découvrent souvent la métropole en venant y faire leurs études.

Elle a également constaté l'ampleur des obstacles auxquels se heurtent, pour l'accès aux études supérieure, les jeunes originaires de territoires éloignés des grandes métropoles, dont l'orientation pâtit non seulement d'un manque évident d'informations et de contacts, mais aussi des freins psychologiques liés à une forme d'« autocensure » qui les empêche de se projeter dans des études longues ou sélectives.

La mission d'information a entendu l'inquiétude d'étudiants en santé préoccupés par la qualité d'une formation compromise selon eux du fait d'une longue mobilisation dans la lutte contre la pandémie.

Quant aux doctorants, leurs représentants ont attiré l'attention de la mission d'information sur la diminution régulière du nombre d'inscriptions en doctorat, cette faible attractivité semblant associée à un statut qu'ils ont qualifié de précaire.

Enfin, la mission d'information a entendu des alertes récurrentes sur les questions en lien avec l'égalité entre femmes et hommes :

- des interrogations, tout d'abord, sur une exposition plus importante des étudiantes à la précarité, qui justifie une étude complète sur les conséquences de la crise pour les étudiantes, afin que des mesures de correction puissent être mises en oeuvre dans une logique de long terme ;

- une prévalence préoccupante des violences sexuelles et des préjugés sexistes, confirmée par une enquête de l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) de 2020 ; une enquête effectuée en 2020 par l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) pointe pour sa part une banalisation inquiétante de comportements violents et d'agissements sexistes dans les études de médecine. Ces constats imposent une réaction énergique de la part des établissements d'enseignement supérieur, qu'il convient d'inviter à organiser des actions de sensibilisation de tous les étudiants et de tous les acteurs de la vie universitaire à la gravité de ces violences, et à mettre en place des structures dédiées au signalement de ces comportements ainsi qu'à l'accompagnement des victimes.

Par ailleurs, la mission d'information a été alertée par notre collègue Marie Mercier sur l'enjeu que constitue la lutte contre la prostitution en milieu étudiant, en lien avec le développement d'internet et des réseaux sociaux. Force est de constater, avec les experts entendus par la mission d'information, l'absence de statistiques permettant une approche précise de ce phénomène. La mission d'information estime que les dangers liés à l'existence de réseaux extrêmement violents nécessitent une enquête globale sur ce sujet ainsi qu'une campagne de sensibilisation pour alerter les jeunes des dangers de la prostitution et des risques qu'elle implique pour la santé physique et mentale ; elle appelle les établissements d'enseignement supérieur à engager des actions de prévention de la prostitution étudiante.

***

Par-delà les conséquences de la pandémie pour les étudiants, dont il importe de prendre la mesure car elles ne prendront pas toutes nécessairement fin avec la crise, celle-ci a révélé le gisement de dévouement et de créativité de nombreux acteurs - collectivités territoriales, personnels des Crous, associations, entreprises - pour aider les étudiants fragilisés par la crise : autant de raisons d'espérer alors que pourrait s'esquisser le « monde d'après ».

La crise a également permis une prise de conscience de l'importance décisive des problématiques de vie étudiante, qui constituent un réel enjeu de réussite : la pandémie a ainsi « sorti la vie étudiante de la périphérie des politiques publiques », comme l'a déclaré à la mission d'information la ministre de l'enseignement supérieur, de l'innovation et de la recherche5(*).

Dans cette logique, la mission d'information a acquis la conviction que l'augmentation régulière du nombre d'étudiants au cours de la période récente et les signaux d'alerte liés à la crise imposent désormais un effort renouvelé pour améliorer la qualité de vie étudiante.

Pour analyser la condition étudiante, la mission d'information a reconstitué les différentes étapes du parcours des étudiants, de leur arrivée dans l'enseignement supérieur à leur cheminement vers l'insertion professionnelle. Le bilan de ce parcours fait ressortir un besoin d'accompagnement des étudiants dont le renforcement doit être une priorité dans les années à venir.

À chacune des étapes de ce parcours, la mission d'information dégage des pistes de réflexion et des recommandations pour mieux accompagner les étudiants vers la réussite et pour inscrire la condition étudiante au coeur de toute réflexion sur l'enseignement supérieur.


* 1 Audition du 11 mars 2021. Le recueil des comptes rendus des auditions et tables rondes, annexée au rapport, est disponible en ligne :

http://www.senat.fr/commission/missions/conditions_de_la_vie_etudiante_en_france.html

* 2 Rapport du Comité stratégique « Diversité territoriale dans l'enseignement supérieur », rédigé à la demande de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, 8 décembre 2020, p. 1.

* 3 Voir en annexe le compte rendu du 8 avril 2021.

* 4 Une synthèse de ces différentes auditions et rencontres avec les étudiants et les représentants de leurs associations figure est annexée à ce rapport.

* 5 Voir en annexe le compte rendu du 16 juin 2021.