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Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités

6 juillet 2021 : Accompagnement des étudiants : une priorité et un enjeu d'avenir pour L'État et les collectivités ( rapport d'information )

COMPTES RENDUS DES DÉPLACEMENTS (UNIVERSITÉS DE VERSAILLES - SAINT QUENTIN ET DE NANTERRE)

VISITE À L'UNIVERSITÉ DE VERSAILLES - SAINT QUENTIN (UVSQ)325(*)

(Lundi 3 mai 2021)

VISITE DU CAMPUS

Les sénateurs ont été reçus par Alain Bui, président de l'université.

Le campus de Versailles-Saint Quentin accueille 19 000 étudiants (majoritairement originaires des Yvelines) ainsi que 2 600 étudiants internationaux. Le « parcours de l'étudiant » a été présenté aux sénateurs à l'occasion de la visite de la « Maison de l'Étudiant - Marta Pan », qui regroupe tous les services compétents au sein d'un même bâtiment.

 

Ce regroupement a permis de fédérer un réseau local d'intervenants ; les interlocuteurs du président et du rapporteur ont toutefois commenté les contraintes liées à l'existence de plusieurs sites, rendant impossible de dupliquer cette organisation dans tous les sites de l'université.

La Maison de l'Étudiant assure un travail important dans le domaine du logement, en partenariat avec le Crous et les réseaux locaux, en assurant l'interface avec les différentes offres de logement référencées.

   

Les services regroupés au sein de la Maison de l'Étudiant contribuent également à l'accueil des étudiants internationaux et à la gestion des activités sportives.

La conseillère en économie sociale et familiale de la Maison de l'Étudiant a évoqué la nécessité pour certains étudiants de contracter un emprunt pour payer leur loyer (jusqu'à 3-4 mois). La mutualisation de moyens avec le département a permis d'améliorer l'accompagnement des étudiants en difficulté financière qui, pour une grande majorité, sont des étudiants internationaux.

La Maison de l'Étudiant dispose également d'un service d'accompagnement des étudiants handicapés-relais handicap qui suit les étudiants en situation de handicap, propose des adaptations des conditions d'examen ainsi que des aménagement de postes pour les personnels concernés.

Le service de santé universitaire (SSU) est présent sur tous les sites. Il a participé à la mise en place d'un service de téléconsultations et peut être joint à tout moment par courrier électronique ; ce service est choisi comme médecin traitant par un nombre relativement important d'étudiants.

Une infirmière est présente sur chaque site (six exercent à la la Maison de l'Étudiant) ; le SSU compte également de trois médecins à temps partiel et deux psychologues (l'un à la Maison de l'Étudiant, l'autre sur le site de Versailles). Une visite médicale est organisée pour les primo-arrivants ; le SSU assure également la visite annuelle obligatoire pour les étudiants en santé.

Pour le dépistage et les soins, des consultations de médecine générale sont proposées deux matinées par semaine (elles sont ouvertes aux étudiants et à la population générale).

En ce qui concerne la mise en place et le fonctionnement du « chèques psy », 17 psychologues se sont inscrits. L'équipe du SSU est en cours de renforcement grâce aux fonds de la CVEC - mais des difficultés subsistent du fait de l'éclatement du campus en plusieurs sites.

La vaccination sur site est impossible faute de personnel disponible : une campagne de vaccination systématique se ferait aux dépens des nombreuses tâches à accomplir (les étudiants en santé sont vaccinés directement à l'hôpital).

L'ensemble des intervenants ont estimé que la dégradation de l'état psychologique des étudiants s'inscrirait dans la durée et qu'elle concernait aussi les étudiants les moins défavorisés.

VISITE DE L'AGORAÉ

L'Agoraé a été ouverte en 2018. Elle compte 72 étudiants bénéficiaires, chiffre qui traduit une augmentation récente importante (en 2018 : 38 étudiants, 85 en 2019 et 70 en 2020) ; 217 étudiants ont reçu des paniers repas pendant le premier confinement.

L'association bénéficie de soutiens de la FAGE, du Crous et de l'université. Elle dispose d'un nouveau local financé notamment avec la CVEC.

L'épicerie sociale et solidaire « marche très bien ». Outre la distribution de nourriture, elle permet de répondre aux défis de la précarité et de maintenir un lien social en permettant des rencontres entre étudiants.

Les distributions effectuées par l'Agoraé mobile, qui fournit les différents campus, se sont étendues depuis le début des partiels aux résidences universitaires ; le département a fourni le camion qui permet d'effectuer les tournées.

L'inscription des bénéficiaires se fait selon des critères financiers, sur la base du « reste à vivre » calculé en fonction du budget de chacun. Ce critère peut toutefois s'apprécier de manière souple en fonction des circonstances.

Les produits distribués ont pour origine la Banque alimentaire, mais également de collectes effectuées dans les supermarchés et auprès de la SNCF, grâce à un « élan de solidarité énorme ».

TEMPS D'ÉCHANGES AVEC LES ETUDIANTS 

Le président et le rapporteur ont rencontré des représentants d'associations étudiantes ainsi qu'un étudiant en service civique à l'Agoraé.

En premier lieu, les participants ont considéré la vie associative plus difficile en distanciel, a fortiori dans un campus éclaté où il est difficile de maintenir le lien ; les réflexions en cours ont pour objectif d'encourager des initiatives permettant de recréer de la cohésion entre étudiants. Pour conduire des projets pluriannuels dans le cadre des financements CVEC, les associations ont besoin de locaux, d'ingénierie et d'aide juridique.

Les échanges ont ensuite concerné les conditions de vie des étudiants.

S'agissant du logement, l'insuffisance des logements du Crous rend nécessaire le recours au parc privé, le prix des loyers est parvenu à un tel niveau (budget moyen entre 600 et 700 euros par mois) que les études sont impossibles sans l'aide matérielle des parents. L'aide au logement est d'autant plus importante lorsque les parents ne sont pas en mesure d'aider leur enfant étudiant à financer le loyer. À cet égard les d'étudiants ont attiré l'attention des sénateurs sur les effets de seuil des APL : « Pour financer leur logement, des étudiants se privent de soins et d'alimentation ».

S'agissant des bourses, les participants ont plaidé pour une révision des critères d'attribution et ont contesté la référence aux revenus des parents, qui ne permettent pas de prendre en compte les conditions de vie de l'étudiant ; un étudiant a attiré l'attention des sénateurs sur la situation spécifique des étudiants ultramarins en métropole. Un étudiant en médecine a fait observer que ce cursus ne permettait pas d'exercer un job en parallèle ; or les indemnités perçues par les externes - 200 euros par mois - ne permettent pas de vivre.

De manière générale, les participants ont déploré que les étudiants choisissent leurs études selon leurs moyens : le financement est ainsi une « vraie cause de stress ». Ils aimeraient pouvoir choisir leurs études selon leurs goûts et leurs aptitudes : les lycéens ayant, depuis la réforme du baccalauréat, le choix des matières qu'ils étudient, ils ont estimé que cette même latitude devrait exister à l'entrée dans les études supérieures.

Les participants ont jugé très imparfaite l'information sur les aides, citant l'exemple des dysfonctionnements constatés sur ce point dans la mise en place du « repas à un euro ».

Ils ont proposé, pour garantir la qualité de l'information des étudiants, à leur arrivée à l'université, sur le fonctionnement de celle-ci, d'organiser en début d'année universitaire un amphithéâtre obligatoire de découverte pour les primo-arrivants sur le thème « connaître son université ».

Les échanges ont également porté sur le déroulement des études.

Le décrochage concernerait ainsi « un nombre incalculable » d'étudiants, notamment en médecine ; les craintes liées à la valeur du diplôme et le découragement lié au distanciel ont été des facteurs aggravants. Le niveau nettement accru d'exigences constaté au cours de l'année universitaire 2020-2021 contraste avec celui de l'année précédente : « J'ai l'impression [...] que tout est fait pour qu'on arrête ».

S'agissant des stages, une participante a constaté que « c'est le plus angoissant ». Une étudiante en stage à l'Agoraé a indiqué que sa candidature à cette association avait constitué son 201e envoi de CV... Plusieurs points ont été soulevés :

- le manque d'accompagnement de l'université (suivi, explication) alors que ces stages constituent souvent un élément obligatoire du parcours académique ;

- des difficultés d'ordre administratif, avec des délais trop importants pour obtenir la signature de la convention de stage ;

- des interactions complexes avec le calendrier universitaire (« Il est difficile de chercher un stage pour juillet si l'on n'est pas sûr d'avoir son année ! »), d'autant plus que depuis le début de la crise les examens sont devenus plus exigeants, ce qui empêche de rechercher son stage sereinement ; une autre participante a également évoqué l'impossibilité de postuler à un master en raison de la date de fin de son stage ;

- l'intérêt d'encourager les entreprises à recruter des stagiaires par le levier des allégements de charges sociales.

Sur le recours à un service civique au lieu d'un stage, il a été noté que la durée du service civique était difficilement compatible avec l'inscription en master. Une meilleure compatibilité entre le service civique et le calendrier étudiant a donc été jugée souhaitable. Bien que les participants aient estimé difficile de trouver un service civique en cohérence avec les études, cette formule a été présentée comme une réelle opportunité pour les jeunes, source de rencontres, de découverte d'un nouveau milieu...

Par ailleurs, les participants ont exprimé leur préoccupation sur l'insuffisance de l'information des lycéens sur l'orientation post-bac. Ils ont plaidé pour un effort décisif en ce sens en terminale. Une piste possible pourrait être, selon eux, d'encourager davantage les stages dans le secondaire, à l'imitation de la filière bac pro ; pourquoi pas en seconde, année qui généralement se termine tôt. L'idée d'une plate-forme nationale dédiée au lien et au passage d'infos entre lycéens, étudiants et professionnels a paru prometteuse.

VISITE DU CHANTIER DU NOUVEL ESPACE MODULAIRE

En projet depuis 2017, ce nouvel espace devrait être inauguré à la rentrée de 2021.

Financé par la CVEC et le ministère de l'enseignement supérieur, de l'innovation et de la recherche, il est adapté aux exigences actuelles : salles de réunion modulaires, salle de lecture, bureaux, espace complet de coworking, espaces de travail individuels ou à plusieurs personnes, petites salles de réunion connectées...

***

VISITE DE L'UNIVERSITÉ DE NANTERRE

Jeudi 3 juin 2021326(*)

VISITE DU CAMPUS

Les sénateurs ont été accueillis à Nanterre par Philippe Gervais-Lambony, président de l'université, qui a évoqué le plan de rénovation en cours, nécessaire car les bâtiments les plus anciens remontent à 1963. L'un des défis de l'université réside dans une croissance régulière du nombre d'étudiants (environ 40 000 personnes travaillent ou étudient sur le site), la population étudiante équivalant à environ un tiers de la population de la ville. Il en résulte un problème d'espace d'autant plus aigu qu'à partir de 2023 seront rapatriées sur le campus de Nanterre des formations actuellement situées à La Défense. Des bâtiments éphémères se sont ainsi multipliés au cours des dernières années sur le campus.

Signe de l'ouverture du campus à son environnement territorial, les infrastructures sportives sont accessibles au public ; de même la bibliothèque « La Contemporaine »/BDIC, qui rapatrie son implantation des Invalides pour se recentrer sur le site de Nanterre à la rentrée de 2021, disposera d'un accès direct sur la ville (tant pour la bibliothèque que pour le musée).

 
 

La pandémie a démontré la nécessité pour les services administratifs et techniques de l'université d'une expertise en matière de gestion de l'urgence (sanitaire, sociale, économique), ce qui a conduit à la mise en place d'outils de repérage et d'accompagnement de la précarité étudiante. Cette expertise devra progressivement évoluer à l'avenir, après la crise, vers une meilleure prise en compte du bien-être étudiant.

Certains éléments du dispositif d'urgence ont vocation à s'inscrire dans la durée, car la sortie de crise ne mettra pas en effet nécessairement fin à la précarité étudiante.

Lors de la visite du service médical a été rappelé l'effort important réalisé par le depuis le début de la crise sanitaire. Le centre est demeuré ouvert et disponible pour les étudiants depuis le printemps 2020. Son action ne s'est pas limitée à la campagne de test, mais s'est également dirigée vers un soutien matériel et psychologique au quotidien.

À la demande de Laure Darcos, il a été précisé :

- que, parmi les difficultés jalonnant le parcours « IVG » des étudiantes en situation de précarité, on relevait des problèmes d'accès aux centres d'orthogénie, dont les horaires d'ouverture sont parfois difficilement compatibles avec les contraintes de l'agenda universitaire, et la nécessité de recourir aux cabinets privés pour les échographies ; en revanche aucun cas de dépassement de délai légal n'avait été constaté ;

- et que le centre médical possède un stock de protections périodiques gratuites pour les étudiantes en grandes difficultés ; avec l'aide de la région, la distribution de ces produits de première nécessité devrait se mettre en place de manière régulière.

La vice-présente responsable de la mission précarité a indiqué les différents éléments mis en place pour faire face à la détresse de certains étudiants (épicerie solidaire, contacts permanents avec les associations caritatives...) Elle a exposé les principaux résultats d'une enquête sous forme de questionnaire réalisée auprès de 5 500 étudiants du campus (soit 1/5ème du campus) : il s'agit d'un véritable état des lieux de la précarité qui souligne les carences en termes d'accompagnement, comme l'absence d'un guichet unique nécessaire pour l'orientation des étudiants en fonction de leurs besoins. Cette enquête a permis d'identifier environ 900 étudiants précaires et a également révélé que près de 300 étudiants devaient faire face à de graves problèmes de précarité alimentaire.

L'un des enseignements importants de cette enquête a été la création d'un indice de précarité, 0 étant associé au cas d'un étudiant ayant répondu «non» à l'ensemble des questions, c'est-à-dire ne rencontrant aucune difficulté, et 5 à la situation d'un étudiant qui a répondu «oui» à l'ensemble des questions, c'est-à-dire qui est confrontés à l'ensemble des difficultés évoqués.

Ce questionnaire montre que les fragilités ne sont pas indépendantes entre elles et que la précarité financière augmente la probabilité de fragilités dans d'autres domaines :

- si 59 % des répondants en situation de précarité ont des difficultés pour suivre leurs enseignements à distance, ce pourcentage est de seulement 45 % pour ceux qui ne se déclarent pas en situation de précarité. La différence est encore plus marquante pour les difficultés d'accès aux soins de santé qui affectent 30 % des étudiants en situation de précarité et 3 % de ceux qui ne sont pas concernés par la précarité ;

- si 2 % environ des répondants qui ne se sentent pas en situation de précarité ont des difficultés pour être hébergés correctement, ce pourcentage augmente jusqu'à 25 % pour les étudiants en situation de précarité.

Afin de remédier aux difficultés confirmées par cette enquête, l'université a distribué des « e-carte » de bons d'achats (alimentaire, produits d'hygiène, papeterie exclusivement) en lien avec une enseigne de grande distribution (chaque étudiant a ainsi reçu deux cartes d'une valeur de 50 euros à titre d'aide ponctuelle pour des achats de première nécessité). Parallèlement se poursuit la distribution de produits alimentaires sur le campus, à l'initiative de la Croix rouge et du Secours populaire.

L'université attribue ces dispositifs d'urgence via une commission ad hoc pilotée par un vice-président. Elle a utilisé essentiellement ses ressources propres à cet effet.

Le président de l'université a exprimé des inquiétudes en matière d'hébergement d'urgence, le plan d'hébergement d'urgence mis en oeuvre par la région prenant fin le 30 juin 2021. L'idée de renforcer le pôle social s'est imposée pendant la crise afin de prendre en charge ces questions dans la durée. L'ensemble des actions menées par l'université contre la précarité a représenté un effort d'un million d'euros, financé en en interne, sans compensation.

La visite de la Maison des étudiants a permis aux sénateurs d'apprécier le dynamisme de la vie associative de l'université, qui compte environ 90 associations pour seulement 10 locaux disponibles, ce qui exige un effort de mutualisation des moyens disponibles.

Les sénateurs ont été accueillis par la directrice de la bibliothèque universitaire, dont la mission concerne les fonctions traditionnelles de conservation mais qui constitue aussi un lieu de travail et de rencontre. La bibliothèque est restée toujours ouverte depuis le début de la pandémie. L'isolement et le manque de contact entre les étudiants, cumulés aux difficultés des primo-arrivants de la rentrée de 2020, ont rendu nécessaire un accompagnement plus attentif en matière d'usage de l'outil numérique.

Lors de la rencontre avec les responsables du Crous et de la résidence universitaire ont été évoqués les sujets relatifs à l'hébergement, la précarité économique et sociale ainsi que la sécurité des étudiants.

La résidence universitaire datant de la création de l'université a été réhabilitée en 2006-2008. Sa capacité d'accueil est de 1 231 places. Un projet d'extension de 240 logements dans un bâtiment annexe, longtemps retardé, a repris corps cette année. La résidence possède également 20 logements équipés en domotique et adaptés aux personnes à mobilité réduite. Le problème de cette construction est son ancienneté et son inadaptation aux normes et aux standards actuels (exiguïté des logements, les plus petits ayant une superficie de 10,5 m2, salle d'eau comprise, les plus grands 18-20 m2). Certains logements ne sont pas reloués au départ de leur occupant car leur vétusté impose des travaux de rénovation.

En contrepartie, ces logements sont abordables (entre 150 et 320 euros par mois). Les loyers sont gelés depuis trois ans.

Nanterre étant un campus ouvert, des problèmes d'intrusion peuvent se poser. Le remplacement des digicodes par des badges personnalisés et la présence nocturne d'agents de sécurité a permis de fortement diminuer ces difficultés. Des cas d'étudiants agressés entre la sortie du RER et la résidence ont néanmoins été évoqués. Des efforts de sécurisation de ce parcours ont donc été mis en oeuvre.

Le Crous a réalisé une enquête sur les attentes des étudiants logeant en résidence universitaire : ceux-ci souhaitent plus d'accès aux activités sportives et culturelles. À cet effet, désormais, un animateur socio-culturel est disponible pour ceux-ci (projet mis en place grâce à la CVEC).

Durant les confinements successifs, les responsables de la gestion de la résidence ont veillé à prendre des initiatives de soutien aux étudiants. Pendant le premier confinement :

- les résidents ont été régulièrement appelés ;

- des séances de sport en visioconférence (yoga, notamment) ont été proposées, de même que des ateliers de cuisine à distance, avant l'instauration des repas du Crous à un euro ;

- des mesures de soutien psychologique ont été mises en oeuvre, cet établissement ayant été profondément marqué par le suicide d'un résident ; ce soutien a au départ pris la forme d'une écoute par les pairs, puis de consultations hebdomadaires par un psychologue, qui correspondent à une vraie demande (les permanences sur site ont lieu un après-midi par semaine et le planning de rendez-vous est plein) : ces séances vont vraisemblablement être pérennisées.

À la demande du rapporteur, il a été précisé que seulement 60 % des résidents étaient inscrits à l'université de Nanterre. Ce chiffre correspond à la volonté du Crous de maintenir un politique de mixité entre les différents pôles universitaires. Le Crous veille à éviter que les lieux d'études des résidents soient situés à plus de trente minutes de transports environ.

Désormais, la politique du Crous dans le domaine de la « décohabitation » parentale s'appuie sur une analyse plus fine des demandes, s'intéressant aux moyens matériels dont disposent les demandeurs, sur la base d'une estimation évaluant à 400 euros par mois le coût d'une décohabitation. Cette vigilance vise à éviter de créer des situations de précarité.

Dans le même esprit, le problème des étudiants internationaux a été soulevé. Si l'attribution des visas suppose un revenu de 650 euros par mois, en réalité ces moyens restent parfois théoriques. Certains étudiants étrangers se retrouvent ainsi en situation de précarité, incapables de payer leur loyer. Cette difficulté a été relayée à Campus France. L'exemple de l'Allemagne, où les étudiants étrangers doivent disposer sur un compte bloqué des moyens nécessaires au financement de leur vie courante, a été évoqué comme une piste dont la France pourrait s'inspirer.

ÉCHANGE DE VUES

À l'issue de cette visite, une table ronde a réuni aux côtés des sénateurs le président et certains vice-présidents de l'université ainsi que des représentants de la municipalité de Nanterre.

Pierre Ouzoulias, président, a jugé l'exemple du campus de Nanterre emblématique de la notion de « campus-ville », significatif de surcroît et des interactions entre universités et territoires, notion chère au Sénat.

Face à la massification de l'enseignement supérieur au détriment de la qualité de vie étudiante, les membres de la mission d'information s'interrogent sur les moyens à mettre en oeuvre pour réinventer un cadre de vie étudiant propice à la réussite des études.

Pour Laurent Lafon, rapporteur, l'enseignement supérieur de masse doit se conjuguer avec la qualité de la vie étudiante, qui suppose des services de proximité ; par ailleurs la crise et le développement de la précarité étudiante ont montré l'importance du sujet de l'aménagement du territoire dans ces problématiques de vie étudiante.

La crise sanitaire a, selon le président de l'université, démontré la nécessité de repenser le service de santé universitaire mais également d'articuler l'ensemble des services de l'université autour de la vie étudiante pour l'accompagnement des plus fragiles (exemple des problèmes liés à l'accueil des étudiants et des chercheurs étrangers). La crise a également mis en évidence le besoin d'une structure fédérant les services liés à la vie étudiante au sens large (culture, sport, accompagnement des plus fragiles, santé-santé psy, aide sociales, accueil des étrangers...)

Pour la vice-présidente responsable de la mission précarité, la crise a mis en exergue le problème de l'emploi étudiant. La perte ou l'impossibilité d'exercer d'un emploi a conduit des étudiants vers la précarité. Il faut impérativement creuser de nouvelles pistes pour l'emploi des étudiants dans le tissu économique local. Par ailleurs, le tutorat académique offre des perspectives d'évolution, car il doit se doubler d'un soutien, tutorat ou accompagnement social ou psychologique allant au-delà du tutorat classique orienté vers les aspects méthodologiques. Ceci peut devenir un gisement d'emplois étudiants. Ainsi, les nouveaux financements dégagés pendant la crise ont permis de recruter des tuteurs dédiés à l'accompagnement et de créer ainsi des emplois étudiants. En réponse à une question de Pierre Ouzoulias, président, il a été relevé que le principal obstacle à ces recrutements résidait dans le plafond de masse salariale, atteint à ce jour à 95 % (compte non tenu du GVT - ½ point par an).

Le représentant du conseil municipal de Nanterre a souhaité que les relations entre l'université et les communes soient plus développées. Il existe selon lui des perspectives prometteuses dans ce domaine (festival, partenariats locaux avec les laboratoires de recherche). Il a ainsi appelé à développer la contribution des étudiants de master (par exemple de géographie) aux projets de la ville, dans le cadre de partenariats à développer.

L'accueil des étudiants handicapés a également été évoqué. Le problème du financement de structures adaptées est important. En effet, la dotation de l'État (180 000 euros) ne bouge pas alors que l'université de Nanterre accueille un nombre croissant d'étudiants en situation de handicap (ce nombre est passé de de 202 à 750 étudiants en deux ans). La stagnation de l'enveloppe nationale serait en cause. Outre une augmentation de la dotation, il faudrait revoir les critères de répartition de celle-ci entre les établissements, en fonction du le nombre d'étudiants accueillis par les universités.


* 325 Participants : MM. Pierre Ouzoulias, président, et M. Laurent Lafon, rapporteur.

* 326 Participants : Pierre Ouzoulias, président ; Laurent Lafon, rapporteur ; Laure Darcos.