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Information du consommateur : privilégier la qualité à la profusion

29 juin 2022 : Information du consommateur : privilégier la qualité à la profusion ( rapport d'information )

B. ÊTRE UN CONSOMMATEUR AVERTI S'APPREND TÔT : RENFORCER L'ÉDUCATION POUR MIEUX DÉCHIFFRER L'INFORMATION ET RESTREINDRE L'ACCÈS DES ENFANTS À CERTAINES PUBLICITÉS

Le consommateur élabore ses choix et reçoit les informations fournies par les fabricants en fonction de caractéristiques qui lui sont propres (préférence, connaissance, engagement militant, pouvoir d'achat, temps à y consacrer, etc.). Il est aujourd'hui largement établi qu'il existe une corrélation entre niveau de revenus et d'étude et capacité à analyser et traiter les nombreuses informations qui ciblent le consommateur.

Au fil de leurs travaux, nous avons acquis la conviction que l'école à un rôle important à jouer pour que le consommateur devienne un citoyen averti.

1. Développer l'éducation, notamment alimentaire, est un prérequis nécessaire pour faire du consommateur un citoyen éclairé

Pour être efficace, l'information doit être lisible, claire, fiable et accessible. Traiter ces flux nécessite lors de l'acte d'achat que certaines connaissances et réflexes soient acquis par le consommateur. Pour reprendre les mots de l'Institut national de la consommation en audition, « être consommateur, c'est un métier ». Or le choix semble avoir été fait par les pouvoirs publics, depuis plusieurs années, d'accroître les exigences de transparence qui pèsent sur les fabricants et de laisser le consommateur « se débrouiller » avec ce flux nouveau d'informations, charge à lui de les trier et d'en tirer ses propres conclusions.

Faire ce pari sans, en parallèle, donner les clefs au consommateur pour analyser ces informations, semble loin d'être optimal.

L'exemple topique de cette dichotomie entre flux d'informations et capacité de les traiter concerne sans nul doute l'équilibre alimentaire.

Les informations en la matière sont nombreuses (liste des ingrédients, tableau nutritionnel, etc.) et le Nutri-Score a précisément pour ambition de les synthétiser pour les rendre plus accessibles. Mais il ne peut être suffisant à lui tout seul : il ne s'agit que d'un outil, qui doit faire partie d'une stratégie plus globale de promotion d'une alimentation équilibrée, variée et sans excès.

Adopter des comportements alimentaires plus favorables à la santé ne se décrète pas : il importe donc que l'éducation au goût et à l'alimentation se fasse dès le plus jeune âge, à l'école, d'autant que la cantine est parfois le seul lieu où les enfants disposent d'un tel repas équilibré.

Nombreuses sont les questions qui doivent être abordées dans le cadre d'une éducation alimentaire : éducation au goût et à l'équilibre nutritionnel, éducation à la sécurité sanitaire, notions de coût et de qualité, etc. En effet, il peut être mangé de tout, mais en quantité raisonnable, et être apte à trouver cet équilibre et à placer le curseur au bon endroit nécessite d'être sensibilisé et formé à ces sujets.

Pour toutes ces raisons, la place de l'école est centrale.

En audition, une association de défense des consommateurs s'est par exemple émue que l'école enseigne des notions techniques qui ne seront pas retenues dans la plupart des cas (enzymes, glucides, lipides, formules moléculaires des vitamines, etc.), mais n'instruit à aucun moment les élèves sur ce que recouvre un plat équilibré, sur le rôle de l'huile d'olive, l'utilisation du Nutri-Score, etc. Il a par ailleurs été déploré une présence trop faible, si ce n'est une absence régulière, du ministère de l'éducation nationale lors des réunions du Conseil national de l'alimentation et du Conseil national de la consommation.

De même, une agence publique s'est étonnée que dans la formation professionnelle de cuisinier, quatre heures seulement seraient dédiées aux SIQO, au cours d'une formation de neuf mois.

Nous n'ignorons pas que l'éducation à l'alimentation figure déjà dans le code de l'éducation98(*), mais tous les acteurs entendus dans le cadre de leurs travaux considèrent ce levier aujourd'hui sous-utilisé en dépit de son caractère fondamental.

Du reste, la formation du consommateur passera également par des campagnes de communication nationales plus ambitieuses et régulières, notamment sur les labels de qualité reconnus officiellement (signes de qualité et d'origine, écolabel, puis bientôt affichage environnemental, etc.). La notoriété de ces derniers semble en effet perfectible.

Recommandation n° 14 : agir plus résolument en faveur de l'éducation alimentaire et nutritionnelle à l'école, puis tout au long de la vie, en : 

- prévoyant soit davantage de moments spécifiquement dédiés (sur le modèle de la Semaine du Goût, notamment à la cantine), soit des interventions ponctuelles de professionnels extérieurs, soit un enrichissement des programmes scolaires en la matière pour toutes les filières ;

- renforçant les campagnes publiques de communication dans les médias aux heures de grande écoute, visant à informer les citoyens sur le contenu des labels (notamment le label Bio) et SIQO et sur l'impact des choix de consommation sur les équilibres nutritionnels et sur l'environnement.

2. Encadrer plus fermement les publicités à destination des enfants

OEuvrer en faveur d'une meilleure « formation » du consommateur passe également par le fait de restreindre les publicités qui pourraient communiquer un message contraire à la recherche d'une alimentation équilibrée.

En France, une première étape a été franchie par la loi du 20 décembre 201699(*) dite « loi Gattolin ». En vertu de son second article, les programmes de France Télévisions (à la télévision et sur internet) destinés prioritairement aux enfants de moins de 12 ans ne peuvent plus comporter de messages publicitaires autres que des messages génériques pour des biens ou services relatifs à la santé et au développement des enfants ou des campagnes d'intérêt général.

Cette initiative bienvenue présente toutefois plusieurs limites : elle ne s'applique qu'aux chaînes du service public, et laisse de côté les messages publicitaires (par exemple pour des produits gras, salés, sucrés, etc.) diffusés aux heures de grande écoute (le soir en prime time), moment familial où les enfants sont fréquemment (et en grand nombre) exposés à ces publicités.

Le Royaume-Uni, pourtant réputé particulièrement libéral, a édicté en 2017 une mesure bien plus restrictive : les publicités faisant directement ou indirectement la promotion de produits alimentaires à haute teneur en gras, sucres et sel, diffusés par des médias (presse, cinéma, internet, réseaux sociaux) ciblant les adolescents de moins de 16 ans ou dont les mineurs constituent plus de 25 % de l'audience, sont interdites.

De plus, à partir de la fin 2022, les publicités télévisées promouvant de tels produits ne seront autorisées qu'entre 21 heures et 5 h 30 du matin.

Nous y voyons la preuve qu'une réflexion volontariste et ambitieuse peut être lancée en France sur ce sujet.

Recommandation n° 15 : Engager une réflexion sur l'encadrement de la publicité (télévision, internet, presse, cinéma, réseaux sociaux) à destination des mineurs lorsqu'elle concerne des produits au profil nutritionnel « défavorable » (gras, salés, sucrés, ultra-transformés, etc.).


* 98 Art. L. 312-17-3 du code de l'éducation : « Une information et une éducation à l'alimentation et à la lutte contre le gaspillage alimentaire, cohérentes avec les orientations du programme national relatif à la nutrition et à la santé et du programme national pour l'alimentation, sont dispensées dans les établissements d'enseignement scolaire, dans le cadre des enseignements ou du projet éducatif territorial mentionné à l'article L. 551-1 du présent code ».

* 99 Loi n° 2016-1771 du 20 décembre 2016 relative à la suppression de la publicité commerciale dans les programmes jeunesse de la télévision publique.