B. LE DOSSIER AGRICOLE : ENJEU MAJEUR

Au coeur des négociations d'adhésion, le dossier agricole est devenu, au fil des mois, l'enjeu majeur. Il est. en effet, rapidement apparu que l'accord politique définissant les termes de l'adhésion de la Finlande à l'Union entraînerait une amputation importante du revenu des agriculteurs, du fait de l'obligation d'alignement immédiat des prix.

Critiqué sur la façon dont le dossier agricole avait été traité lors des négociations d'adhésion, le gouvernement de l'ancien Premier ministre centriste, M. Aho, avait néanmoins obtenu la confiance du Parlement sur sa politique européenne et sur le « paquet » d'aides nationales à l'agriculture, au prix toutefois d'une forte division de son parti.

L'ouverture des frontières aux produits agricoles européens, concrétisée depuis le 1er janvier 1995 par un alignement des prix intérieurs sur les prix communautaires, est compensée par un soutien accru des finances publiques aux agriculteurs. Le surcoût est chiffré à environ 14 milliards de markkas dont 10 milliards à la charge des autorités finlandaises. Le nouveau Gouvernement envisage toutefois de réduire les aides à l'agriculture pour 1996.

En dépit des mesures nationales de soutien adoptées, l'activité agricole risque d'être profondément affectée par l'adhésion


• Le marché des produits alimentaires jusque là protégé, sera ouvert à la concurrence communautaire

Bénéficiant de prix garantis à la production d'un montant double en moyenne du niveau communautaire, voire du quadruple des cours mondiaux pour certaines denrées, l'agriculture finlandaise s'est toujours trouvée en situation d'excédents chroniques, écoulés à grand renfort de subventions sur les marchés tiers, et qui justifiaient la protection du marché domestique par un dispositif complexe alliant contingents, taxes et droits de douane, contraintes calendaires et réglementaires.

Ainsi, l'écart entre la production et la consommation nationales s'élève aujourd'hui à 24 % pour le lait et les oeufs, 11 % pour la viande bovine et 9 % pour le porc ; la part des produits importés dans la consommation alimentaire du pays, en valeur, serait de 14 % mais de 5 % seulement pour les articles entrant directement en concurrence avec la production domestique (les importations de fruits, légumes, café et épices, où la production nationale est quasi nulle, représentant à elles seules plus du tiers de la valeur des importations alimentaires). À cela s'ajoutent des disparités considérables dans la présence des produits importés sur les rayons d'alimentation, entre l'agglomération d'Helsinki et la province.

L'alignement immédiat des prix agricoles sur les niveaux communautaires et le démantèlement attendu du dispositif de protection aux frontières auront une incidence rapide et brutale sur les échanges du pays, contribuant certainement à réduire les exportations, et renforçant la part de l'Union européenne (près de 44 % en 1993) dans les importations.

Exceptées les denrées de base (sucre, céréales) qui devraient bénéficier désormais de la préférence communautaire, la France n'est sans doute pas la mieux placée pour profiter de ces nouvelles opportunités. 10 ème fournisseur en 1993 avec une part de marché évaluée à 3,9 %, soit 295 millions de markkas sur 7,54 milliards d'importations, elle n'occupe de position dominante que sur le seul créneau des vins et spiritueux, dont la progression demeurera entravée par la survivance du monopole public sur la distribution.


• Le revenu des exploitations pourrait baisser en moyenne d'un quart

Le revenu net moyen, qui se situe actuellement à 85.000 markkas, devrait tomber à moins de 60.000 markkas par an l'an prochain, mais le manque à gagner s'accroît avec la taille des exploitations dès qu'elles dépassent le seuil de 30 hectares (étant même vertigineux pour les fermes de plus de 100 hectares, au demeurant peu nombreuses). Par type de production, les éleveurs de porcs et les céréaliers seront en proportion les plus touchés ; le revenu net moyen annuel passera pour les premiers de 155.000 markkas à 85.000 et pour les seconds de 66.000 à 32.000 markkas.

Hors subventions, la plupart des productions agricoles pourraient être déficitaires, excepté pour la volaille et le lait.

Selon une étude du V.A.T.T., centre public de prévisions économiques, sans le dispositif prévu des subventions communautaires et des aides nationales directes, les comptes d'exploitation deviendront négatifs pour la plupart des productions, exception faite de l'aviculture et des exploitations laitières (revenu brut de 10.000 markkas/an en moyenne), les pertes les plus lourdes étant enregistrées dans la production porcine, céréalière et bovine.

Au total, les perspectives sont d'autant plus sombres que ce sont les exploitations les plus compétitives, celles situées dans le sud du pays, qui paraissent devoir être les plus touchées.

Les thèmes associés à ce dossier

Page mise à jour le

Partager cette page