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30 octobre 1996 : Banques : votre santé nous intéresse ( rapport d'information )

 


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LES ERREURS DE GESTION DES BANQUES ET LA CONCURRENCE DESTRUCTRICE

Les erreurs de gestion ont aggravé la situation générale des banques, aggravation qui, à son tour a débouché sur une guerre des prix et une situation de concurrence destructrice.

Les erreurs de gestion

Les erreurs commises par les banques ont été nombreuses et pourraient justifier un rapport spécifique.

Plusieurs membres de la Commission des finances du Sénat ont particulièrement insisté sur ces erreurs, lui attribuant une responsabilité très importante voire prépondérante dans la genèse de la crise 60(*).

Il est exact que l'on ne saurait minorer, pour expliquer cette crise, l'importance de certains atavismes de notre système bancaire et, notamment, les liens privilégiés qu'il entretient avec la haute fonction publique. Le métier de banquier, comme tous les autres métiers, nécessite un long apprentissage. Les hauts fonctionnaires, même les plus brillants, ne sauraient s'improviser dirigeants bancaires par la seule vertu d'un décret de nomination. Il convient toutefois de ne pas succomber à la tentation d'une généralisation sans nuances.

Il est non moins vrai qu'en nommant systématiquement des hauts fonctionnaires de l'administration des finances dans les banques publiques, (voire privées ou semi-privées) l'exécutif a engagé sa responsabilité.


Néanmoins, le rôle du législateur n'est pas de définir ce que doit être (ou ne pas être) la gestion des établissements de crédit. Pour autant, il demeure comptable de la bonne utilisation des deniers publics. De ce point de vue, la commission des finances du Sénat reste fidèle à la doctrine qu'elle a établie dans le cadre de son rapport sur l'Etat actionnaire 61(*).

On observera également que des erreurs de gestion ont été commises par les dirigeants bancaires dans tous les pays du monde et que faire peser la responsabilité de la crise du secteur bancaire français sur la seule administration serait réducteur.

Enfin, on peut penser que dans, une large mesure, le facteur "erreurs" a revêtu un caractère endogène autant qu'exogène. En d'autres termes, qu'elles aient été d'essence tactique, comme l'aveuglement collectif sur l'immobilier, ou au contraire stratégique, comme l'idée que toutes les banques sont capables de devenir des banques universelles, les erreurs commises ont résulté davantage de la situation créée par les réformes, que d'une incapacité collective des dirigeants bancaires français, hauts fonctionnaires ou non.

Les erreurs tactiques
Les erreurs privées

Les erreurs tactiques témoignent avant tout de la volonté des établissements de crédit, marqués par l'affaiblissement de leurs marges, de se "refaire". La crise de l'immobilier est particulièrement révélatrice de cet enchaînement des catastrophes.

A cet égard, trois erreurs peuvent rétrospectivement leur être imputées : s'être précipitées à la fin des années 1980 sur un marché lucratif mais spéculatif, avoir nié la crise pendant des années et en avoir sous-estimé l'ampleur en ne procédant pas aux provisionnements nécessaires.

Dans un premier temps, les banques, séduites par une rentabilité élevée, ont cherché à compenser la faiblesse des marges sur leurs activités traditionnelles en se précipitant sur le financement de l'immobilier de bureaux, essentiellement en région parisienne. Les concours accordés aux professionnels de l'immobilier auraient augmenté de 173 % entre 1988 et 1990 pour atteindre plus de 300 milliards de francs en 1992. Cette stratégie pouvait se comprendre s'agissant des établissements spécialisés ou de petite taille qui cherchaient à survivre.

Le cas du Comptoir des entrepreneurs, qui a connu une défaillance en 1993, est exemplaire. Cette institution financière spécialisée, privée de la distribution de prêts bonifiés par l'Etat, a cherché à se constituer à la hâte un fonds de commerce. Sans atout concurrentiel particulier, elle s'est lancée sur un marché risqué mais rémunérateur. Elle y était même encouragée par l'administration de tutelle, qui porte une part de responsabilité non négligeable dans la quasi-faillite de l'établissement.

Le cas du Crédit Lyonnais, qui, par le caractère massif de ses engagements, a aggravé la crise de l'immobilier, est encore plus révélateur. Selon certaines informations 62(*), la banque publique représentait à elle seule près d'un tiers (105 milliards de francs) des concours de toutes les banques françaises. Si l'on prend l'ensemble des établissements publics ou semi-publics on arrive à environ 200 milliards soit près des deux tiers des encours de crédit.

La deuxième erreur a été de nier ou de minimiser la crise de 1990 à 1992. Pourtant les signes en étaient nombreux et concordants : entre 1990 et 1993, les prix de vente des bureaux parisiens se sont effondrés de 40 %. Les loyers de bureau dans Paris centre qui s'élevaient en 1990 à 3.000 francs le mètre carré, ne dépassaient guère les 2.000 francs en 1993. Enfin, le stock des immeubles de bureaux anciens en Île-de-France a quasiment doublé entre 1990 et 1993. En dépit de ces signes, les dirigeants de banques ont considéré que la baisse des prix serait passagère. Avec l'aval des commissaires aux comptes et de l'instance régulatrice, les établissements de crédit ont minimisé l'impact des créances impayées sur leurs comptes en attendant, en vain, des jours meilleurs.

Les pertes potentielles étant considérables, la troisième erreur a consisté, quand la crise est apparue, à tenter de lisser les provisions et à éviter un effondrement des prix de l'immobilier. Un consensus de place s'est instauré, sous l'impulsion, notamment, du tribunal de commerce de Paris, dont le mot d'ordre était : pas de faillite afin d'éviter le bradage des prix et, par ricochet, d'obliger tous les établissements à afficher des provisions et des pertes massives.

Cette stratégie a eu pour conséquence de limiter les pertes affichées, mais aussi de "tuer" le marché de l'immobilier de bureaux. Les rares transactions n'ont plus été fondées sur la réalité des prix, mais sur des arrangements de circonstances. Finalement, cette stratégie n'a pas empêché les prix de baisser et les coûts de portage de gonfler. En contrepartie d' "un krach mou" nous avons subi " une crise très longue".

Non seulement cet aveuglement collectif dans le secteur des crédits à l'immobilier, n'a pas permis aux banques de restaurer leurs marges sur leurs activités traditionnelles, mais par un effet de retour dévastateur, les a conduites, sur ces mêmes activités, à se lancer dans une guerre des prix, débouchant dans certains cas sur des ventes à perte.

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