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20 mai 1998 : Transgéniques : pour des choix responsables ( rapport d'information )

 

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D. L'AVENIR DE LA FILIÈRE SEMENCIÈRE ET LE STATUT DE L'AGRICULTEUR

De fortes restructurations des filières semencières et agricoles pourraient être induites par les conditions actuelles de l'arrivée des biotechnologies.

Si l'industrie semencière est concernée par ce mouvement, le statut de l'agriculteur, sa fonction, sa place dans la chaîne de la valeur entre l'amont et l'aval de sa production, pourraient également être modifiés par l'avènement du génie génétique.

1. L'émergence de conglomérats " agro-chimico-semenciers "

L'industrie des semences représente70(*), au niveau mondial, un chiffre d'affaires de l'ordre de 30 milliards de dollars, à comparer aux 300 milliards de dollars environ de chiffre d'affaires de l'agriculture et aux 3.000 milliards de dollars de l'industrie agro-alimentaire.

Ce secteur est relativement fragmenté, comparativement à d'autres industries de l'agro-fourniture, puisque les 10 premières entreprises semencières mondiales ne représentent que 18 % du marché. Il existe d'ailleurs en France plusieurs centaines de " petits" semenciers.

D'après le rapport annuel 1996-1997 du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants), la profession semencière française, dont le chiffre d'affaires représente 11,1 milliards de francs, est organisée de la façon suivante :

LA PROFESSION SEMENCIÈRE FRANÇAISE

 

OBTENTEURS

PRODUCTEURS

AGRICULTEURS MULTIPLICATEURS

DISTRIBUTEURS

NOMBRE


108

284

26 650

21 478

Source : GNIS

Le chiffre d'affaires des semenciers français se répartit, par groupes d'espèces, de la façon suivante :

LE CHIFFRE D'AFFAIRES SEMENCIER FRANÇAIS

Source : GNIS

La constitution de conglomérats

Ce secteur est marqué sur le plan mondial par une forte évolution ces dernières années, liée à l'avènement des biotechnologies : l'implication croissante dans l'activité semencière de grands groupes pharmaceutiques et agro-chimistes mondiaux. La conséquence qui en résulte est une tendance marquée à la concentration de ce secteur.

Des fusions, des rapprochements, des prises de contrôle récents ont entraîné l'apparition de vastes conglomérats répondant à une logique d'intégration verticale de plus en plus poussée. Le raisonnement de l'intégration est conforté par la logique actuelle en matière de propriété intellectuelle, qui donne un avantage décisif au " propriétaire " de telle ou telle technologie ou application du génie génétique.

Quelques exemples de cette évolution récente sont donnés dans l'encadré ci-dessus :

LA CONCENTRATION DU SECTEUR SEMENCIER ET L'ÉMERGENCE
DES GROUPES AGRO-CHIMISTES

La société Monsanto a acquis en 1996 les sociétés de biotechnologie Calgène et Agracetus, les sociétés semencières américaines Asgrow, Holden, ainsi qu'une minorité de la société Dekalb. Le groupe serait ainsi devenu le 4ème semencier mondial.

La société Dupont de Nemours s'est alliée avec Pionneer, premier semencier mondial, dans le courant de l'été 1997, par une prise de participation de 20 % à son capital. Dupont a également acquis Proteins Technologies International (PTI), leader mondial des ingrédients à base de soja, poussant ainsi à son terme la logique de l'intégration verticale.

D'autres groupes développent la même logique : la société Novartis est issue de la fusion, engagée en 1996, des sociétés Ciba et Sandoz : premier agro-chimiste mondial, elle est devenue le deuxième semencier ; la société Zeneca est le deuxième agro-chimiste et le cinquième semencier mondial ; la société Dow agrosciences, le huitième agro-chimiste et le onzième semencier, la société Agrevo (filiale de Hoechst et de Schering, qui contrôle la firme belge de biotechnologie Plant Genetic Systems) la quatrième agro-chimiste et le seizième semencier mondial.

Classements mondiaux d'après la société LIMAGRAIN

Ce phénomène de concentration pose la question de l'indépendance des firmes semencières traditionnelles, même si ces dernières ont un argument de taille à faire valoir face aux agro-chimistes -qui est aussi la principale cause des convoitises qu'elles attisent- : leur savoir-faire et la qualité de leurs fonds génétiques.

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