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La coordination des politiques de l'emploi dans le contexte de l'euro

 

B. 2.1.2. LE TRAVAIL SOUTERRAIN

Une autre forme de travail doit également être prise en compte : le travail souterrain. Il s'agit d'activités légales mais non déclarées. Parmi les personnes travaillant au noir on trouve plusieurs catégories : des personnes qui cumulent plusieurs emplois, des inactifs, des chômeurs, des ressortissants étrangers en situation illégale. Par nature, le travail au noir est difficile à mesurer. Selon la Commission Européenne (1998), l'économie non déclarée représenterait de 7 à 16 % du PIB de l'UE et 7 à 19 % des emplois, selon les méthodes d'estimations utilisées. Un trait commun à l'ensemble des études passées en revue par la Commission est la mise en évidence de plusieurs groupes de pays. Un premier groupe de pays, constitué des pays scandinaves, de l'Irlande, de l'Autriche et des Pays-Bas, est caractérisé par une faible importance du travail au noir qui représenterait environ 5 % du PIB. A l'opposé le travail au noir représenterait environ 20 % du PIB en Italie et en Grèce. Entre ces extrêmes on trouve tout d'abord l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni où l'ampleur du travail au noir reste modérée puis la Belgique et l'Espagne où ce dernier est plus important. La Commission souligne en outre que la majorité des personnes concernées occupe simultanément un emploi déclaré et est donc, à ce dernier titre, comptabilisée dans les statistiques de l'emploi.

Le recours au travail au noir a plusieurs origines. La principale est que ce type d'activité permet d'échapper à l'impôts et aux cotisations sociales. Il permet aussi d'échapper aux contraintes administratives. Ce type d'emploi peut aussi traduire une inadaptation de la législation du travail : selon la Commission, le fait que certaines formes d'emploi atypique (travail de nuits, travail à temps partiel) ne soient pas entièrement reconnues par la législation en vigueur a pu contribuer à l'accroissement du recours au travail non déclaré. La volonté de réduire l'ampleur du phénomène a dès lors conduit certains pays à aller au delà du renforcement des contrôles et des sanctions et à assouplir la législations sur les nouvelles formes d'emploi (Espagne, Finlande, Autriche).

Un secteur informel important a des conséquences sur le fonctionnement réel d'une économie. C'est une source de biais dans les études empiriques dans la mesure où les données statistiques officielles ne mesurent par définition que l'activité dans le secteur formel. D'une part, les grandeurs économiques ne rendent compte que d'une partie de l'économie. Par exemple, l'emploi et la production sont sous-estimés. Mécaniquement, les estimations économétriques seront faussées, dans la mesure où les comportements des agents économiques ne sont pas les mêmes dans les secteurs formel et informel. Compte tenu de l'absence de données, toute étude macro-économique appliquée ne peut être conduite que sur les données du secteur officiel. Selon les questions abordées, il est toutefois possible d'avoir une idée a priori, sur la base d'une analyse théorique, du sens du biais des paramètres estimés. Dans le cadre de l'étude de la flexibilité des salaires et de l'emploi qui nous intéresse ici, le biais a toutes les chances d'aller dans le sens d'une sous-évaluation de la flexibilité des salaires. En effet, lorsque l'emploi baisse dans le secteur formel (par exemple dans une phase basse du cycle), le chômage augmente mais une partie des chômeurs officiellement recensés trouvent un emploi dans le secteur souterrain. Les statistiques surestiment donc la hausse du chômage et la baisse de l'emploi. L'erreur de mesure systématique conduit alors à sous-estimer la sensibilité des salaires au chômage. Les mesures empiriques de la deuxième partie seront nuancées par le biais susceptible d'être induits par la taille du secteur informel.