B. UN PROGRAMME CONFIRMÉ PAR LES EXPERTS ÉCONOMIQUES

La commission des finances du Sénat a demandé au Centre d'observation économique (COE) de simuler une diminution des prélèvements obligatoires de 2,9 points de PIB à l'horizon 2003, assortie d'un retour à l'équilibre des comptes publics à cette même date 13( * ) .

A ce titre, elle a demandé au COE de simuler trois modalités de baisse des prélèvements obligatoires :

- une baisse de 1 point de TVA accompagnée d'une baisse de l'impôt sur le revenu de 8 % environ ;

- une baisse de l'impôt sur le revenu de 8 % associée à une baisse des cotisations sociales employeurs de l'ordre de 40 milliards de francs ;

- une baisse de 1,5 point de TVA combinée à une réduction de l'impôt sur les bénéfices de 5 %.

Le COE a, dans un premier temps, simulé l'impact des trois modalités de réduction des prélèvements obligatoires sans économie sur les dépenses publiques, afin d'apprécier l'effet " pur " sur la croissance des réductions de prélèvements à hauteur de 2,9 points de PIB en 4 ans.

Or il ressort de cette étude que l'impact favorable sur la croissance de la combinaison " baisse de l'impôt sur le revenu + baisse des cotisations sociales employeurs " apparaît nettement supérieur à celui des deux autres combinaisons.

Réduction du taux de prélèvements obligatoires de 2,8 points en 4 ans

(objectif : 42,4 % du PIB en 2003)

Ecarts variantiels (en %) sauf (1) et (2)

 

Baisses* de la TVA et de l'impôt sur le revenu

Baisses* de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales employeurs

Baisses* de la TVA et de l'impôt sur les sociétés

 

1 ère année

4 ème année

1ère année

4ème année

1ère année

4ème année

PIB

0,2

1,6

0,3

3,0

0,2

1,3

Consommation

0,3

3,3

0,4

2,5

0,1

2,2

Investissement privé

0,5

2,7

0,7

4,4

0,4

2,4

Prix à la consommation

- 0,5

- 2,7

- 0,4

- 8,6

- 0,7

- 4,3

Taux de chômage (1)

- 0,1

- 0,5

- 0,3

- 2,4

0

- 0,5

Solde public (2)

- 0,6

- 2,3

- 0,6

- 2

- 0,6

- 2,5

(1) Ecarts en points.

(2) Ecarts en points de PIB

Source : COE avec le modèle multinational OEF

* Les pondérations appliquées correspondent à l'importance respective des différents impôts dans le total.

Ce scénario se traduit en effet par une augmentation du PIB de 0,3 point la première année et de 3 points la quatrième année (soit 0,75 point de croissance supplémentaire chaque année, contre 0,4 point dans les deux autres scénarios). De surcroît, le taux de chômage est plus bas de 2,4 points au bout de 4 ans (contre - 0,5 point dans les autres scénarios).

Dans un second temps, le COE a simulé une réduction équivalente de prélèvements obligatoires gagée par une baisse des dépenses publiques sans dégradation du solde public. La combinaison " baisse de l'impôt sur le revenu + baisse des cotisations sociales employeurs " est encore la plus favorable.

Baisse des prélèvements obligatoires (- 2,8 points in fine )

financée par une baisse des dépenses publiques sans détérioration du solde public

Ecarts variantiels (en %) sauf (1) et (2)

 

Scénario I

Baisse de l'impôt sur le revenu et de la TVA

Scénario II

Baisses* de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales employeurs

Scénario III

Baisses* de la TVA et de l'impôt sur les sociétés

 

1 ère année

4 ème année

1ère année

4ème année

1ère année

4ème année

PIB

- 0,3

0

- 0,2

1,7

- 0,4

- 0,4

Consommation

0,3

2,6

0,3

1,8

0,1

1,5

Investissement privé

- 0,6

0,2

- 0,4

2,4

- 0,8

- 0,3

Prix à la consommation

- 0,6

- 3,9

- 0,5

- 9,7

- 0,8

- 5,7

Taux de chômage (1)

0,1

- 0,1

- 0,2

- 2,2

0,1

- 0,1

Solde public (2)

0

0

0

0

0

0

(1) Ecarts en points.

(2) Ecarts en points de PIB

Source : COE avec le modèle multinational OEF

Dans ce scénario, le PIB se contracte légèrement en début de période mais augmente sensiblement au bout de 4 ans (+ 1,7 point contre une stabilité ou une légère baisse dans les deux autres scénarios). Surtout, le taux de chômage se réduit de 2,2 points au bout de 4 ans, alors qu'il ne baisse que de 0,1 point dans les autres scénarios.

Deux conclusions peuvent donc être tirées de ces résultats :

- une réduction des prélèvements obligatoires est extrêmement favorable en termes de croissance et d'emploi dès lors qu'on y intègre une baisse des cotisations sociales employeurs. Celle-ci a en effet un impact direct sur l'emploi et le chômage (grâce à une diminution du coût du travail), un impact désinflationniste qui permet d'améliorer la compétitivité et un effet accélérateur sur l'investissement des entreprises.

- la simulation du COE montre clairement qu'il est possible de conduire une baisse des prélèvements obligatoires financée par une baisse des dépenses publiques sans détérioration du solde public, tout en favorisant la croissance et l'emploi.

Enfin, le COE a simulé le scénario global commandé par la commission des finances, soit une baisse des prélèvements obligatoires de 2,9 points et une résorption du déficit public à l'horizon 2003.

Baisse des prélèvements obligatoires (- 2,8 points in fine ) financée par
une baisse des dépenses publiques et résorption du déficit public
(2,4 points de PIB en 4 ans)

Ecarts variantiels (en %) sauf (1) et (2)

 

Scénario I

Baisse de l'impôt sur le revenu et de la TVA

Scénario II

Baisses* de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales employeurs

Scénario III

Baisses* de la TVA et de l'impôt sur les sociétés

 

1 ère année

4 ème année

1ère année

4ème année

1ère année

4ème année

PIB

- 0,8

- 1,7

- 0,7

0

- 0,9

2,1

Consommation

0,2

1,9

1,2

1,1

0

0,8

Investissement privé

- 1,7

- 2,2

- 1,5

- 0,4

- 0,3

- 3,1

Prix à la consommation

- 0,7

- 5,3

- 0,6

- 10,1

- 0,9

- 7,1

Taux de chômage (1)

0,2

- 0,3

- 0,1

- 1,8

0,2

0,3

Solde public (2)

+ 0,6

+ 2,4

+ 0,6

+ 2,8

+ 0,6

+ 2,4

(1) Ecarts en points.

(2) Ecarts en points de PIB

Source : COE avec le modèle multinational OEF

L'étude du COE montre clairement qu'un scénario de réduction des prélèvements obligatoires et de réduction du déficit public a un impact restrictif sur l'activité à court terme, mais neutre à l'horizon 2003, pour autant que la réduction des prélèvements obligatoires porte à la fois sur l'impôt sur le revenu et les cotisations sociales employeurs. En outre, le scénario se traduirait par une baisse du taux de chômage (-1,8 point).

Ainsi, il est possible d'assurer une politique budgétaire rigoureuse et une réduction des prélèvements obligatoires sans pénaliser la croissance à moyen terme.

Si la croissance actuelle se prolongeait, cette combinaison de politique économique serait particulièrement adaptée puisqu'elle permettrait un redressement volontariste des comptes publics (politique contracyclique), qu'elle stimulerait la politique de l'offre et qu'elle serait désinflationniste, créant ainsi les conditions d'une politique monétaire accommodante (scénario de policy-mix " à l'américaine ").

Au vu de ces résultats, votre commission des finances ne peut qu'inviter le gouvernement à entamer une réforme structurelle de notre système de prélèvements en privilégiant pour cela une diminution de l'impôt sur le revenu, associé à une baisse des cotisations sociales.

Ainsi, la baisse des prélèvements obligatoires sera-t-elle engagée de façon durable et efficace afin que la France soit pleinement crédible en Europe.

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