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CHAPITRE IPERP -

L'ÉVOLUTION DU REVENU AGRICOLE POUR 2002

Sur le long terme, l'évolution du résultat agricole par actif est positive puisqu'il augmente en moyenne de 3 % en termes réels depuis le début des années 90. En comparaison, les résultats enregistrés en 2002 sont décevants, avec des divergences toutefois selon que l'on retient une approche générale, sectorielle ou géographique.

A. RÉSULTATS GÉNÉRAUX

Selon les indicateurs figurant dans les comptes de l'agriculture publiés par l'Institut national des statistiques et des études économiques (INSEE) et le Service central des enquêtes et des études statistiques du ministère de l'agriculture (SCEES), l'année agricole 2002 est marquée par une baisse du résultat agricole résultant d'une croissance des volumes de production et d'une baisse des prix agricoles.

1. Un volume de production en hausse

La production agricole croît en volume de 3 % en 2002, grâce à la progression notable de la production végétale.

 En effet, le volume de la production végétale se redresse nettement en 2002 (+4,9 %), après avoir significativement diminué l'année précédente (-5,4 %), perturbée par des conditions climatiques difficiles (pluie, froid...).

Avec 69 millions de tonnes, les céréales ont atteint un niveau de production jamais enregistré. La récolte de blé tendre dépasse de 12 % la récolte moyenne des dix dernières années et rejoint presque le niveau record de 1998. Les récoltes d'oléagineux et de protéagineux progressent respectivement de 5,6 % et de 5,2 %, malgré un recul des surfaces ensemencées.

La récolte de betteraves se rétablit en tonnage et la teneur en sucre est élevée. La production de pommes de terre est sans précédent (+9,3 %). Les récoltes de fruits et légumes sont abondantes (respectivement +7,4 % et +3 %).

Seule la production de vin diminue. Les vins d'appellation (-3,2 %), comme les autres vins (-3,5 %), diminuent en volume, contribuant, avec la distillation de la crise de 2001, à limiter l'importance des stocks. Toutefois, la production des vins calmes de champagne progresse notablement (+10,9 %), du fait du relèvement du plafond de rendement donnant droit à appellation.

 Le volume de la production animale diminue légèrement (-1 %), alors qu'il augmentait faiblement l'année précédente (+0,6 %).

La production de gros bovins s'infléchit (-2,9 %), le cheptel revenant à son niveau d'avant la crise. La production des animaux sur lesquels la demande s'était reportée au plus fort de la crise bovine se replie, qu'il s'agisse des veaux (-2,6 %), des ovins et des caprins (-2,4 %), ou des volailles (-3,6 %). Pour ces dernières, pâtissant d'une surproduction, la demande intérieure et extérieure s'est réduite.

Seule la production de porcins progresse (+1 %), alors que les prix sont au plus bas, tandis que la production de lait augmente également (+0,9 %).

2. Une diminution de la valeur de la production due à une baisse des prix agricoles

En raison d'une forte baisse des prix agricoles (-3,4 %), la valeur de la production a diminué en 2002 (-1,4 % hors subventions). Au prix de base, c'est-à-dire en incluant les subventions, ce recul est légèrement inférieur (-0,5 %).

 La baisse de la valeur des productions animale (-4,9 % hors subventions) explique cette diminution de la valeur de la production agricole globale. S'adaptant à une demande en recul (-1,1 %), les volumes produits ont en effet subi une forte pression sur les prix (-3,9 %).

Ainsi, tous les prix qui avaient flambé récemment se sont rétractés, seul celui des gros bovins ayant progressé (+5,7 %), après un recul notable l'année précédente (-13,4 %). Cette reprise du marché bovin s'explique par la résorption des excédents et la progression de la demande.

Le prix du porc, qui avait commencé à diminuer au milieu de l'année 2001, a connu ses niveaux les plus bas (-21 %). Le prix des ovins diminue fortement (-8,1 %). Le prix des volailles (-2,4 %) a été affecté par une baisse de la demande intérieure et des exportations. Le lait, qui représente le tiers des productions animales, a vu son prix diminuer (-2,1 %), alors qu'il était orienté à la hausse depuis deux ans.

 La valeur des productions végétales augmente légèrement (+0,7 % hors subventions), malgré une baisse des prix dans ce secteur (-4 %).

Le prix du blé tendre, principale céréale, se replie (-11,2 %) en raison de l'abondance de l'offre et de la concurrence des blés ukrainiens sur les marchés extérieurs. Le prix des oléagineux (-2 %) et des protéagineux (-8,4 %) diminue également. Très volatile, le prix des pommes de terre chute fortement (-22,5 %), après une hausse substantielle l'année précédente (+26 %).

En revanche, le prix des vins progresse (+1,7 % pour les vins d'appellation, +7 % pour les autres vins), alors qu'il diminuait depuis trois ans.

3. Une stabilisation des consommations intermédiaires

Après deux années de hausse significative (+3,6 % en 2001, +3 % en 2000), les consommations intermédiaires de la branche agriculture se stabilisent (-0,2 % en valeur).

Marqués par une diminution inhabituelle en 2001 (-2,1 %), les volumes consommés sont restés globalement identiques (-0,3 %).

Les prix, qui avaient connu une hausse accélérée en 2001 (+4,5 %) due à la progression des prix des aliments industriels pour animaux et des engrais, sont restés stables (+0,1 %), grâce à la baisse des prix de l'alimentation animale et des produits énergétiques et au maintien du prix des produits phytosanitaires.

4. Une baisse de la valeur ajoutée

Après avoir augmenté en 2001, la valeur ajoutée nette de la branche agriculture, qui se déduit de la valeur ajoutée brute au prix de base en enlevant la consommation de capital fixe, est en recul en 2002 (-2,1 % en valeur).

La valeur ajoutée brute de l'agriculture, solde de la production au prix de base et des consommations intermédiaires, baisse en 2002 (-0,8 % en valeur).

Quant à la consommation de capital fixe, qui mesure l'amortissement économique, elle augmente en 2002 (+2,9 % en valeur), prolongeant la tendance à la reprise des investissements amorcée depuis 1996.

5. Une baisse du résultat net agricole

Ainsi, après prise en compte des subventions d'exploitation et des impôts fonciers, le résultat agricole net diminue en 2002 exactement comme la valeur ajoutée nette (-2,1 %), après une progression significative en 2001 (+3 %).

En effet, le résultat agricole net s'obtient à partir de la valeur ajoutée nette, à laquelle sont ajoutées les subventions d'exploitation et retranchés les impôts. Or, en 2002, ces deux derniers éléments se compensent.

L'emploi agricole continuant à baisser dans une proportion équivalente à 2001 (-1,8 %), le résultat agricole net par actif en valeur courante est presque stable en 2002 (-0,3 %).

B. RÉSULTATS SECTORIELS

1. Le revenu des productions végétales

En ce qui concerne les grandes cultures, le résultat moyen par actif progresse globalement de 2,7 %. Mais cette hausse ne concerne que les exploitations spécialisées en céréales, oléagineux et protéagineux (+5,7 %). Dans les autres exploitations de grandes cultures produisant aussi des betteraves et des pommes de terre, le résultat moyen baisse (-1,5 %), en raison du recul du prix de ces produits. A moyen terme, et quelle que soit la spécialisation retenue, le résultat agricole connaît une baisse tendancielle de 4,5 % par an depuis 1997.

Le résultat moyen des exploitations spécialisées en maraîchage et fleurs est légèrement négatif (-0,8 %), avec des disparités très accentuées selon les produits. Toutefois, l'augmentation tendancielle de revenu de ce secteur depuis 1990 (+4,2 % par an) est bien supérieure à celle de l'ensemble des exploitations agricoles.

L'arboriculture fruitière a enregistré une baisse de 7,6 % du résultat moyen, directement liée à la baisse de la valeur globale de la production de fruits en 2002. Cependant, le secteur connaît une hausse annuelle moyenne de son revenu de 3 % depuis 1994.

En viticulture, le résultat par actif recule sensiblement (-6,1 %), moins cependant que l'année précédente (-12 %). Connaissant des situations très différentes selon les types de vin et les régions, ce recul s'explique par une mauvaise récolte qui n'a pas été compensée par le redressement des prix. Le résultat moyen de la viticulture revient donc, après une hausse tendancielle entre 1992 et 1999, suivie de trois années de baisse, à son niveau moyen du début des années 90.

2. Le revenu du secteur de l'élevage

Le revenu moyen du secteur de l'élevage bovin progresse de 5 % en 2002. Les évolutions sont toutefois différentes entre un élevage bovin allaitant dont le résultat moyen a progressé de 10,6 % grâce à la reprise des cours et à la revalorisation des aides, et un élevage laitier où cette progression n'est que de 2,5 % en raison de la baisse du prix du lait. En moyenne, au cours des six dernières années, le résultat moyen par actif des élevages bovins a augmenté de 3 % par an.

Le résultat moyen par actif a progressé de 2,9 % dans l'élevage ovin, la forte revalorisation des aides directes ayant permis de compenser la baisse des prix et de la production. Bien que le revenu des élevages ovins progresse fortement en tendance depuis 1998, il reste néanmoins inférieur de 36 % à la moyenne des exploitations à temps complet.

Le revenu de l'élevage hors sol, par nature très fluctuant, a diminué de 40 % en moyenne, cette baisse affectant davantage l'élevage porcin que l'élevage avicole. Ces deux secteurs ont connu un retournement de conjoncture brutal fin 2001, après deux années favorables en raison des reports de consommation de la viande bovine. En moyenne, sur les trois dernières années, le résultat des élevages hors sol est revenu en dessous de son niveau du début des années 90, mais reste nettement supérieur au résultat moyen de l'ensemble des exploitations professionnelles.

C. RÉSULTATS GÉOGRAPHIQUES

En 2002, le résultat agricole par actif diminue de 2,1 % en termes réels pour l'ensemble des départements, après une stagnation en 2001 et une baisse similaire en 2000. Cette évolution cache toutefois de fortes disparités : le résultat progresse de plus de 5 % dans une trentaine de départements et recule de 5 % ou plus dans une vingtaine d'autres.

 Après plusieurs années de baisse, le résultat se redresse pour les départements de grandes cultures, l'abondance des récoltes ayant souvent plus que compensé la réduction des prix. Le résultat progresse de 5 % dans le Centre et de façon plus soutenue en Ile-de-France et en Picardie. Les départements du Nord de la France font exception en raison du fort recul des prix de la pomme de terre et des endives.

 A l'inverse de 2001, le résultat est orienté à la baisse dans de nombreux départements d'élevage de l'Ouest et du Sud. La chute des prix des porcins et celle de la production avicole pèsent beaucoup sur le résultat des départements de l'Ouest, notamment en Bretagne. Les productions de volaille diminuent également dans le Sud-Ouest, tout comme celles d'oléagineux, tandis que la récolte de maïs est moins abondante que celle de blé.

Le résultat progresse en revanche dans la majorité des départements d'élevage du Massif central, les productions bovines y ayant été plus soutenues que dans les autres départements d'élevage, où la faible évolution de la production de lait tempère les résultats. Ainsi, le résultat progresse de près de 9 % en Auvergne et dans le Limousin, mais seulement de 1,5 % en Franche-Comté, et recule en région Pays-de-la-Loire et en Basse-Normandie.

 Parmi les départements viticoles, ceux associant viticulture et grandes cultures enregistrent les meilleurs résultats car ils bénéficient de l'augmentation des productions végétales et de la bonne tenue de la viticulture : le résultat progresse de plus de 4 % dans la Marne, la Côte-d'Or et la Charente-Maritime.

En revanche, la situation des autres départements viticoles se dégrade, car si la viticulture courante s'est maintenue, la production de vins d'appellation a reculé fortement en volume comme en prix : le résultat diminue de plus de 10 % dans le Rhône, la Gironde et les Pyrénées orientales.

 En général, les productions légumières et fruitières ont reculé, conduisant à une baisse de résultats dans certains départements du Sud. La baisse du prix des fruits a été importante dans la Drôme, le Gard et les Bouches-du-Rhône, même si elle a été atténuée par une hausse du prix des légumes dans ce dernier département.

 L'année 2002 s'est avérée remarquable pour les départements d'Outre-Mer, puisque le résultat agricole par actif y serait en progression de 7 % en moyenne, après il est vrai un recul de 4 % en 2001. Des évolutions contrastées se font toutefois jour pour les principales cultures (fruits, légumes et canne à sucre), la Guadeloupe et la Martinique connaissant une hausse de leurs résultats, tandis que ceux de la Guyane et de la Réunion stagnent ou régressent selon les secteurs.

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