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Projet de loi de finances pour 2009 : Economie

 

QUATRIÈME PARTIE - ACTUALITÉ DE L'ÉCONOMIE TOURISTIQUE

Compte tenu de l'importance du secteur touristique pour l'économie française et, en particulier, la balance des paiements, Mme Odette Terrade a souhaité porter son attention sur le programme 223 « Tourisme » et l'actualité de l'économie touristique, en particulier des agences de voyage. En effet, ce segment est confronté à la fois à des tendances de long terme susceptibles de remettre en cause son « business model » et une conjoncture de court terme très défavorable à son activité.

I. PRINCIPALES TENDANCES DE L'ÉCONOMIE TOURISTIQUE

A. LE TOURISME DEMEURE UN SECTEUR MAJEUR DE L'ÉCONOMIE

Bien qu'en diminution régulière depuis dix ans, la part du tourisme38(*) dans le produit intérieur brut (PIB) s'est maintenue ces deux dernières années à hauteur de 6,2 %, dont environ 2,1 % imputables aux touristes étrangers39(*).

Quelques chiffres-clefs permettent de mesurer le poids du secteur touristique dans l'économie nationale en 2007 :

- environ 230 000 entreprises recensées par l'INSEE dans les activités caractéristiques du tourisme, qui employaient plus de 840 000 salariés (+ 4,4 %) ;

117,6 milliards d'euros dépensés auprès des entreprises du secteur, en progression de 4,2 % par rapport à 2006 ;

- près de 1,4 milliard de nuitées (pour 18,5 millions de lits touristiques) ;

81,9 millions de touristes étrangers (plus de 55 % d'entre eux venant du Royaume-Uni, d'Allemagne et du Benelux), qui font de la France la première destination touristique du monde devant l'Espagne, les Etats-Unis et l'Italie, sa part relative dans le tourisme mondial demeurant cependant en légère baisse tendancielle, comme le reste de l'Europe, en raison de l'arrivée à maturité de nouveaux marchés (orientaux en particulier) ;

- des recettes du tourisme international en hausse de 7,2 % (environ 40 milliards d'euros) et, bien que la croissance des dépenses des touristes français à l'étranger ait été légèrement plus importante que celle des dépenses des touristes étrangers en France (+ 7,8 % contre + 7,2 %), un excédent de 12,8 milliards d'euros du poste « voyages » de la balance des paiements (+ 5,8 %), qui demeure ainsi le premier poste excédentaire devant celui de l'agroalimentaire (7,2 milliards d'euros) et de l'automobile (0,9 milliard d'euros).

Quant à l'année 2008, son activité sur les trois premiers trimestres a été globalement stable, le dynamisme des professionnels ayant permis de contrarier les premiers effets de la crise économique. Tous les segments du secteur font jusqu'ici état de résultats en légère progression nominale (donc stables en valeur compte tenu de l'inflation), à l'exception des établissements de restauration : en effet, c'est essentiellement ce poste de dépenses qui a été la variable d'ajustement des ménages confrontés aux tensions sur leur pouvoir d'achat. Reste que l'évolution du contexte économique tant international que national à partir de la rentrée de septembre 2008 devrait nettement assombrir ce tableau, faisant craindre que les résultats d'ensemble de l'année touristique 2008 soient moins satisfaisants que ceux de l'année précédente et, surtout, que les saisons hivernales et estivales de 2009 soient franchement mauvaises.

Au-delà, cette situation conjoncturelle ne saurait occulter la persistance du problème structurel récurrent du secteur : un ratio de dépenses touristiques individuelles trop faible. En effet, du fait de sa position géographique centrale en Europe, notre pays est davantage une étape des touristes étrangers, voire simplement un point de passage, qu'une destination : ainsi, près de la moitié des séjours des étrangers ne durent qu'entre une et trois nuitées. De ce fait, bien que premier pays récepteur du monde, la France n'occupe que la troisième place en termes de recettes du tourisme international (54,2 milliards de dollars), loin derrière les Etats-Unis (96,7 milliards de dollars) mais également l'Espagne (57,8 milliards de dollars). Si la comparaison avec les Etats-Unis n'est pas nécessairement pertinente en raison du biais que constitue la fluctuation de la parité euro/dollar, il n'en est pas de même de l'Espagne, ou encore de l'Italie : si la dépense par touriste étranger était identique en France à celle constatée dans ces deux pays concurrents, les recettes du tourisme international en France seraient supérieures de près de 50 % et avoisineraient les 80 milliards de dollars.

Si l'argument « géographique » interdit sans doute définitivement à la France de parvenir à un montant de dépenses touristiques personnelles strictement identique à celui de ses deux voisins, le renforcement de la valeur ajoutée de l'activité touristique doit cependant demeurer un objectif prioritaire des professionnels du secteur. Il s'agit d'autant plus d'un impératif que, à court terme, la crise financière et économique va nécessairement peser négativement sur les flux touristiques pour quelques mois, voire années, et, à long terme, l'évolution du tourisme mondial va bouleverser les hiérarchies traditionnelles au bénéfice des pays orientaux.

Ainsi, les taux de croissance annuels sur la période 1995-2020 sont estimés par l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) à 7,1 % pour le Moyen-Orient, 6,5 % pour la zone « Asie de l'est et Pacifique » et 6,2 % pour l'Asie du sud, et à seulement 3,0 % pour l'Europe et 2,3 % pour la France (moyenne mondiale : 4,1 %). Dès lors, la Chine deviendrait en 2020 le premier pays récepteur, loin devant la France et les Etats-Unis (130 millions d'arrivées contre respectivement 106 et 102,5).

* 38 La consommation touristique intérieure s'entend des dépenses des touristes résidents et non-résidents sur le territoire métropolitain et des achats par les touristes français auprès des prestataires de services français à l'occasion de voyages se déroulant hors de France.

* 39 Ce pourcentage est deux fois supérieur en Espagne, à peu près identique en Italie et trois fois moindre aux Etats-Unis.