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Projet de loi de finances pour 2011 : Direction de l'action du Gouvernement : Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt)

18 novembre 2010 : Budget 2011 - Direction de l'action du Gouvernement : Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) ( avis - première lecture )

B. UNE AGGRAVATION DES DOMMAGES SUBIS PAR LES CONSOMMATEURS

Cette recrudescence de l'usage de certaines drogues, notamment chez les jeunes, s'accompagne d'une aggravation des risques courus par les usagers en termes de transmission des maladies et de décès.

1. La transmission des maladies reste élevée

Les politiques en matière de lutte contre les drogues et l'attitude même des usagers ont été profondément affectées par l'épidémie de Sida. Le premier cas diagnostiqué en France chez un usager de drogue remonte à juin 1984. En 1994 encore, près de 25 % des usagers fréquentant les établissements spécialisés existant à l'époque, les centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa), étaient infectés par le VIH. Depuis 2002, la proportion d'usagers porteurs du virus détectés dans les Csapa puis, après 2004, dans les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction de risques pour usagers de drogues (Caarud), est passée en dessous de la barre de 10 %, et continue à se réduire. Les mesures prises pour limiter la diffusion du VIH chez les usagers de drogue semblent donc avoir porté leurs fruits, en France comme d'ailleurs dans le reste de l'Europe. En 2008, cinquante et un nouveaux cas d'infection par le VIH étaient attribuables à des pratiques de consommation de drogue.

La principale cause d'infection est aujourd'hui l'hépatite C, qui touche près de la moitié des usagers de drogue (hors cannabis). Elle semble avoir atteint ces trois dernières années un plateau, après avoir décru régulièrement depuis le pic de 1999 où le taux de contamination était de 62 %. Cette forte prévalence est due aux caractéristiques du virus, très contagieux, qui peut se transmettre dès lors qu'il y a partage de matériel de consommation (paille, pipe ou cuillère), en dehors même de toute injection. La morbidité et la mortalité de l'hépatite C et le risque de contagion pour l'entourage du consommateur font des conditions de consommation des drogues, principalement de la cocaïne, de l'héroïne et de leurs dérivés, un problème de santé publique. Il convient toutefois de ne pas oublier que la contamination par l'hépatite C peut également être liée au mode de vie des usagers, notamment à la pratique des tatouages, et que la prophylaxie de cette maladie ne peut être vue uniquement sous l'angle de la limitation des risques liés à l'usage de drogue.

2. Le nombre de décès s'accroît

Le nombre de décès liés aux drogues, du fait d'une surdose ou d'une maladie liée à l'usage, avait régressé de plus de 50 % entre 1994 et 2000, grâce à la mise en place des programmes d'échange ou de mise à disposition de seringues et des traitements de substitution. Après une période de fluctuations, le nombre de décès s'accroît chaque année depuis 2002. Selon les études, on estime ainsi que de 223 à 350 usagers sont morts du fait de leur addiction en 2008.

Les causes de cette augmentation sont encore mal connues. Une étude de cohortes de toxicomanes est envisagée par l'OFDT pour permettre d'identifier avec plus de certitude les facteurs de surmortalité. Les études internationales indiquent déjà que le risque de mort prématurée est multiplié par cinq à dix pour les usagers de drogues par rapport à la population générale. L'un des facteurs est sans doute une prise de risque plus importante, puisque les usagers suivis par les Caarud sont 7 % à signaler avoir connu des épisodes de surdose avec perte de connaissance. On ne peut, par ailleurs, exclure qu'une partie des décès soit liée à l'âge de certains usagers, qui ont bénéficié des politiques de réduction des risques mais dont l'organisme n'a pas supporté la consommation de drogues sur longue période. Cette hypothèse amène à s'interroger sur les efforts faits pour engager les usagers dans une démarche de soins devant aboutir à l'abstinence. Le maintien sur une longue période de traitements de substitution ne peut être une solution que pour une faible minorité de personnes, trop éloignées psychologiquement de la possibilité de réduction de leur consommation pour pouvoir tirer un quelconque bénéfice d'une approche thérapeutique.