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Projet de loi de finances pour 2012 : Enseignement scolaire

17 novembre 2011 : Budget 2012 - Enseignement scolaire ( avis - première lecture )

B. DES PARCOURS PÉDAGOGIQUES PERTURBÉS

1. La nécessité de repenser la certification intermédiaire 

La certification intermédiaire devait servir de filet de sécurité pour les élèves fragiles qui engagés dans un parcours en trois ans jusqu'au bac professionnel ne parviendraient finalement pas à obtenir de diplôme de niveau IV. En réalité, un échec à la certification intermédiaire décourage les élèves qui risquent alors de décrocher définitivement. En outre, le faible degré de professionnalisation et les doutes quant à la qualité du contrôle en cours de formation font perdre tout intérêt à cette certification pour les élèves qui l'obtiennent. La rénovation des BEP transformés en certifications intermédiaires s'apparente plutôt à leur dissolution, si bien que seul le bac professionnel paraît encore associé à une véritable qualification valable sur le marché du travail.

Le niveau V de formation paraît dès lors atteint via l'affaiblissement de la valeur de la certification intermédiaire remplaçant les anciens BEP, ce qui ne manquera pas de rejaillir ensuite sur les CAP qui accueillent un grand nombre d'enfants en difficulté et issus des milieux populaires. Encore une fois, votre rapporteure ne peut que constater et déplorer vivement que la réforme provoque l'aggravation des inégalités scolaires et sociales. Seuls les meilleurs dans les lycées professionnels peuvent bénéficier de cette politique, tandis que les autres seraient laissés pour compte sans l'engagement de leurs enseignants.

L'incohérence et la complexité de la mise en oeuvre pratique du dispositif de certification intermédiaire l'ont déjà vidé de sa substance, comme le soulignent unanimement les acteurs de terrain et comme votre rapporteure le craignait déjà l'an passé. Les inspections générales avaient elles-mêmes pointé pêle-mêle l'insuffisance du cadrage national, le manque de lisibilité du processus de certification, la complexité d'organisation et l'articulation incertaine avec le cursus du baccalauréat en redoutant « une décrédibilisation d'une disposition, [...] dont l'intérêt pour les élèves est reconnu. »27(*)

En 2011, le constat est encore plus sévère, à la hauteur des inquiétudes ressenties sur le terrain :

« [...] le diplôme intermédiaire et sa modalité principale, le contrôle en cours de formation, tels qu'ils sont conduits, fragilisent la réforme : deux référentiels en partie concurrents en début de cycle, accaparement de l'accompagnement personnalisé pour préparer l'évaluation, blocage de passerelles vers la 1ère professionnelle pour des élèves de seconde générale qui n'ont pas amorcé le contrôle en cours de formation, temps de formation réduit, suivi des périodes de formation en milieu professionnel alourdi . [...] Le diplôme intermédiaire, par sa définition et l'extrême diversité des modalités d'évaluation, ajoute de la complexité à une rénovation déjà multidimensionnelle.

Il est nécessaire dans l'immédiat que des procédures d'harmonisation, et non d'uniformisation, soient mises en place par les corps d'inspection et que les familles soient mieux informées du déroulement des évaluations.

[...] Au niveau national (DGESCO-IGEN), il est nécessaire de procéder à la simplification et à l'harmonisation du contrôle en cours de formation et d'anticiper les moyens de garantie de sa qualité [...]. »28(*)

Le diplôme intermédiaire et le contrôle en cours de formation cristallisent une grande partie des écueils de la réforme et en mettent en évidence simultanément toutes les failles. La progression pédagogique est perturbée, la charge de planification et d'organisation est démesurée, le processus de certification au cours de l'année est illisible pour les élèves29(*), la fiabilité des évaluations est parfaitement aléatoire, l'articulation avec les dispositifs d'accompagnement personnalisé et les périodes de formations en milieu professionnel (PFMP) est déficiente. Tout cela donne le sentiment de beaucoup d'énergie gaspillée vainement, sans que les élèves en profitent.

Les logiques organisationnelles et administratives l'emportent au détriment du pédagogique, ce que votre rapporteure regrette.


* 27 IGEN-IGAENR, Suivi de la mise en oeuvre de la rénovation de la voie professionnelle, rapport n° 2010-088, juillet 2010, p. 17.

* 28 IGEN-IGAENR, Suivi de la mise en oeuvre de la rénovation de la voie professionnelle, rapport n° 2011-019, février 2011, p. 25.

* 29 D'après certains témoignages, des élèves ignoreraient l'existence d'une évaluation ponctuelle en lettres-histoire au printemps.