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Projet de loi de finances pour 2018 : Transports maritimes

23 novembre 2017 : Budget 2018 - Transports maritimes ( avis - première lecture )

II. RENFORCER LE TRANSPORT MARITIME FRANÇAIS : DONNER DE VRAIS MOYENS AUX GRANDS PORTS MARITIMES

A. LES PORTS FRANÇAIS EN PERTE DE VITESSE

1. Une position géographique privilégiée insuffisamment exploitée

Comme votre rapporteur l'avait déjà rappelé dans son avis budgétaire consacré au transport maritime pour le projet de loi de finances pour 2017, la France dispose du deuxième espace maritime mondial, grâce à ses territoires d'outre-mer.

Elle bénéficie d'une position géographique privilégiée pour le transport maritime. Or, comme le souligne le document de politique transversale sur la politique maritime, publié dans le cadre du projet de loi de finances pour 2018, 76 % du commerce extérieur, en volume, de l'Union européenne s'effectue par la mer. Quant aux relations entre la France et les États tiers, le vecteur maritime représente 87 % des échanges.

La France compte 70 ports de commerce sur son territoire. 11 d'entre eux disposent du statut de grand port maritime (GPM) : sept en métropole (Bordeaux, Dunkerque, La Rochelle, Le Havre, Marseille, Nantes/Saint-Nazaire, Rouen) et quatre en outre-mer (ceux de de la Réunion, la Guyane, la Guadeloupe et la Martinique). En outre, celui le Saint-Pierre et Miquelon a été déclaré d'intérêt général. Les GPM représentent près de 75 % du trafic total des ports français

Présente sur les façades Manche/mer du Nord, atlantique et méditerranéenne, mais aussi dans toutes les régions océaniques du monde, la France et ses grands ports maritimes devraient représenter des points d'entrée et de sortie incontournables pour les marchandises françaises, en provenance et à destination de la France, l'Europe et le monde. D'ailleurs, trois conseils de coordination interportuaires - un par façade ou axe logistique - ont été mis en place, afin de renforcer les synergies :

- le conseil de coordination « axe Seine », regroupant les GPM du Havre et de Rouen, et le port autonome de Paris ;

- le conseil de coordination « façade atlantique », regroupant les GPM de Nantes/Saint-Nazaire, LA Rochelle et Bordeaux ;

- le conseil de coordination « Antilles-Guyane », regroupant les GPM de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane.

Pour l'administration, les GPM de métropole doivent « structurer les grands corridors d'échange européens de transit le long desquels ils sont situés ».

Or, force est de constater que les grands ports maritimes français ont du mal à faire face aux concurrences allemande, espagnole, italienne, néerlandaise et portugaise. Le premier port français en volume, Marseille, n'est que 6ème en Europe. Le Havre, est en 9ème position, mais surtout loin derrière les autres ports de la façade Manche/mer du Nord.

Classement des 19 premiers ports européens par tonnage

   

Tonnage total

(en millions de tonnes)

Liquides en vracs

Solides en vracs

Marchandises diverses

1

ROTTERDAM

461,2

223,5

82,3

155,4

2

ANVERS

214,1

69,2

12,6

132,3

3

HAMBURG

138,2

14,2

30,7

93,3

4

AMSTERDAM

97,0

45,6

44,7

6,7

5

ALGECIRAS

96,8

27,5

1,6

67,7

6

MARSEILLE

80,6

49,2

13,0

18,5

7

BREMEN

74,2

1,7

8,4

64,1

8

VALENCE

70,8

3,8

2,5

64,5

9

LE HAVRE

65,4

37,6

1,9

25,9

10

SINES

51,2

24,6

5,9

20,7

11

GÊNES

49,8

14,6

3,7

31,6

12

BARCELONE

47,7

11,5

4,4

31,8

13

DUNKERQUE

46,7

4,2

22,1

20,3

14

LIVOURNE

32,8

8,4

0,8

23,6

15

BILBAO

32,0

18,1

4,4

9,5

16

NANTES SAINT-NAZAIRE

25,5

16,8

6,0

2,7

17

ROUEN

21,0

9,9

9,7

1,3

18

LA ROCHELLE

9,2

3,1

5,2

1,0

19

BORDEAUX

7,8

4,8

2,4

0,6

Source : questionnaire budgétaire

De manière encore plus frappante, l'ensemble des tonnages des grands ports maritimes français de métropole (256,2 millions de tonnes) est inférieur au tonnage traité par le seul port de Rotterdam. Seul Le Havre arrive à se positionner - à la 62ème place - dans le classement mondial 2015-2016 des 100 principaux ports à conteneurs, loin derrière Rotterdam (11ème place), Anvers (14ème place) ou Hambourg (18ème place). Quant au port de Marseille, il est sorti de ce classement depuis plusieurs années. Enfin, plus aucun port français ne dessert la Suisse depuis 25 ans.

2. Une part de marché en baisse

En outre, les grands ports maritimes français ne parviennent pas à gagner des parts de marchés par rapport à leurs principaux concurrents. Bien au contraire, ils sont actuellement sur une tendance baissière. Ainsi, à base constante, la part du trafic total transitant par les 24 premiers ports européens, est passée pour les GPM de 13,5 % à 13 %. Il en est de même pour le trafic conteneurisé, passé de 6,6 % à 6,3 %. Pour les EVP (conteneur équivalent vingt pieds), une baisse générale de 0,5 % est constatée en France.

Certes, on observe un recul de l'activité globale au niveau mondial. Toutefois, tous les ports, qu'ils soient européens, ou français, ne sont pas impactés de la même manière. Certains, à l'image de celui de Sines au Portugal, ont connu une nette progression et un fort dynamisme qui ont conduit à l'inclure dans le panel de ports européens utilisé pour comparer la tenue des GPM.

Au niveau européen, comme le montre le tableau ci-dessous, certains ports ont, malgré un contexte international peu favorable, connu une croissance importante (Anvers, Barcelone) voire très importante (Algéciras, Sines). Au contraire, pour les ports français, au mieux la croissance est très faible (+0,3 % pour Dunkerque, Nantes/Saint-Nazaire), mais principalement négative (-1,4 %) pour Marseille, voire en forte diminution (Le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Rouen). De manière générale, pour 2016, l'ensemble des GPM métropolitains affiche un trafic en baisse de 2,4 % par rapport à 2015.

Classement des évolutions des principaux ports européens entre 2015 et 2016

(en millions de tonnes)

Tonnage total

Évolution 2015/2016

SINES

51,2

16,4 %

ALGECIRAS

96,8

5,3 %

BARCELONE

47,7

3,9 %

ANVERS

214,1

2,7 %

VALENCE

70,8

1,7 %

BREMEN

74,2

1,0 %

AMSTERDAM

97,0

0,5 %

DUNKERQUE

46,7

0,3 %

NANTES SAINT-NAZAIRE

25,5

0,3 %

HAMBURG

138,2

0,3 %

LIVOURNE

32,8

0,3 %

GÊNES

49,8

-0,8 %

ROTTERDAM

461,2

-1,1 %

MARSEILLE

80,6

-1,4 %

BILBAO

32,0

-1,4 %

LE HAVRE

65,4

-4,3 %

LA ROCHELLE

9,2

-5,9 %

BORDEAUX

7,8

-6,50 %

ROUEN

21,0

-6,7 %

Source : questionnaire budgétaire

Les raisons de cette moindre performance sont multiples :

- 2016 a été marquée par des conflits sociaux avec plusieurs jours de grève. Il y a ainsi eu 158 mouvements de grévistes sur l'ensemble des grands ports maritimes, représentant - de manière cumulée - 17 417 journées de grève. Selon l'administration, certains GPM constatent depuis des pertes de trafic au profit d'autres ports européens. Par comparaison, il y a eu en 2015, 44 mouvements de grève et 3 479 journées de grève en cumulé. 2015 était d'ailleurs l'année avec le taux de conflictualité le plus bas depuis la réforme portuaire de 2008. Le blocage des raffineries dans le cadre des manifestations de la loi travail, à laquelle s'ajoute une baisse du trafic de produits pétroliers, ont fortement impacté le port du Havre en 2016. Il en est de même à Marseille où l'opérateur Fluxel a été bloqué pendant trois semaines ;

- l'année 2016 a connu l'une des plus mauvaises récoltes céréalières depuis 30 ans (-17,4 % de trafic de céréales). Les ports de Rouen, Bordeaux et Dunkerque ont principalement été touchés. Toutefois, cette crise a atteint tous les ports européens céréaliers.

Les résultats sur le premier semestre 2017 sont mitigés. Certes, les GPM métropolitains enregistrent sur cette période une hausse de 2,4 % du fret, en comparaison du premier semestre de l'année 2016 (marqué par les contestations sociales, et la très mauvaise récolte du printemps), témoignant ainsi qu'une partie des résultats à la baisse de l'année dernière est due à des circonstances conjoncturelles. Mais, par comparaison avec les ports européens, ils restent fragiles :

- sur la façade Manche-mer du Nord, dans l'ensemble, les ports français connaissent une hausse de trafic similaire - mais légèrement inférieure-  à celle des autres ports européens (+2,2 % contre +2,4 % pour les autres ports européens). Si le port du Havre affiche une croissance de plus de 11 %, celui de Rouen continue sa forte baisse (de 14 %) ;

- sur la façade atlantique, la croissance des ports français (+4,0 %) est inférieure à celle de la moyenne des autres ports européens (+4,8 %). Cette croissance est principalement portée par le port de Nantes, grâce à l'importation, le transbordement et la distribution du gaz naturel liquéfié (GNL), nouveau carburant routier et maritime ;

- sur la façade méditerranéenne, la croissance du port de Marseille (+1,9 %) est également inférieure à celle des ports italiens et espagnols (+2,8 %).

Votre rapporteur ne peut que s'inquiéter de cette faible croissance par rapport aux principaux concurrents, risquant d'alimenter un déclin pérenne des grands ports maritimes français.

Le trafic « passagers » dans les GPM métropolitains

Plus de 28,7 millions de passagers ont transité par les ports français de métropole en 2016. Ce chiffre est en baisse de 4,6 % par rapport à celui de 2015. Environ 55 % de ce trafic correspond à la façade Manche/Atlantique, le reste pour la façade Méditerranée/Corse.

Suite aux difficultés juridiques et financières rencontrées par la société nationale Corse Méditerranée, une délégation de service public maritime provisoire d'un an a été attribuée le 30 septembre 2016, pour la desserte des ports corses et de Marseille, à l'offre conjointe des compagnies Corsica Linea et La Méridionale. Elle a été reconduite pour la période du 1er octobre 2017 au 31 mai 2019. Cette délégation de service public doit assurer la transition avec un nouveau dispositif de gestion, reposant sur des sociétés d'investissement et d'économie mixte, qui devrait entrer en vigueur en 2019.

Source : questionnaires budgétaires