III. LA SITUATION TOUJOURS CRITIQUE DE PRESSTALIS

Votre Rapporteur pour avis a consacré une large place dans son rapport pour avis sur le projet de loi de finances pour 2019 à une analyse détaillée de la situation de Presstalis, actualisée dans le rapport sur le projet de loi de modernisation de la distribution de la presse. Le constat établi en ces occasions a été largement confirmé par les derniers développements.

Au-delà d'une conjoncture particulièrement complexe depuis l'alerte sur les comptes de décembre 2017 et le plan de sauvetage qui a suivi, Presstalis présente en effet des faiblesses anciennes et structurelles qui ne s'expliquent que partiellement par l'attrition continue des ventes.

A. DES CAUSES ANCIENNES ET STRUCTURELLES

En dépit des plans successifs mis en place, la situation de Presstalis s'est considérablement dégradée depuis 2010. La messagerie affichait cette année-là des fonds propres négatifs à hauteur de 65 M€, montant inquiétant qui avait alors justifié une aide massive de l'État et une modification de la loi « Bichet » en 2011, puis en 2015.

Depuis cette date, le déficit des fonds propres s'est creusé de 40 millions d'euros par an en moyenne, pour dépasser aujourd'hui les 420 millions d'euros .

En réalité, Presstalis a mené depuis 2010 une politique faite de choix audacieux , qui n'ont pas produit les résultats escomptés et se sont finalement traduits par des échecs coûteux .

1. Des pertes concentrées au niveau 2

En termes comptables, la messagerie, sur le strict périmètre de son activité, dégage un résultat d'exploitation positif mais déclinant. L'intégration des filiales constitués des dépositaires centraux possédés par la messagerie au compte d'exploitation réduit à un chiffre proche de 0 le résultat d'exploitation. Aujourd'hui encore, et en dépit de la vente de plus de la moitié des dépôts, la SAD, filiale regroupant ceux encore propriété de Presstalis, concentre la quasi intégralité des pertes . Cette situation doit être d'autant plus soulevé que, à l'opposé, les dépôts indépendants affichent tous une rentabilité positive et ont pu mener des investissements qui les autorisent à diversifier leur activité en distribuant, pour certains, la presse quotidienne régionale.

La cause principale de ce décrochage réside dans une masse salariale très supérieure dans les dépôts « Presstalis » et une productivité plus faible.

De ce point de vue, la crise de décembre 2017 semble plus un problème de trésorerie qu'une dégradation brutale de l'activité, les facilités permises par l'affacturage et par la détention en permanence d'un flux de cash ayant manifestement atteint leurs limites.

2. La situation en 2018

Michèle Benbunan, Présidente de Presstalis jusqu'au 1 er octobre 2019, avait entrepris une action de réforme en profondeur de l'entreprise suivant trois axes : augmenter la profitabilité , notamment en cédant des dépositaires centraux à des indépendants, renouer un dialogue avec les diffuseurs , et améliorer la diffusion de la presse , avec l'ouverture de nouveaux points de vente.

Un plan social a été mené, qui a conduit à se séparer de 230 à 240 personnels, pour un montant d'économies de 20 M€ .

11 dépôts ont été vendus à des indépendants sur les 17 que possédait la société. En tout, près de 55 millions d'euros d'économie ont été réalisés en peu de temps sur les 60 prévus.

Les résultats 2018 ont permis de mesurer la réalisation des efforts de retournement menés par l'entreprise, permettant d'améliorer significativement le bénéfice avant intérêts et impôts (EBIT), qui s'établit en déficit de 5 M€ contre 24 M€ en 2017.

Ce résultat a été obtenu en dépit d'une baisse des ventes de près de 9 % en 2018. Le coût du plan de transformation creuse néanmoins le résultat net à hauteur de - 61,6 M€ en 2018 contre - 54,8 M€ en 2017, portant les capitaux propres négatifs à 420 M€ .

3. Un suivi attentif de la situation par l'État

Presstalis a sollicité à la fin de l'année 2017 l'ouverture d'une procédure de conciliation .

Cette procédure, conduite sous l'égide d'une conciliatrice désignée par le président du Tribunal de commerce, a permis d'aboutir à la signature d'un protocole de conciliation entre la messagerie, ses coopératives actionnaires (magazines et quotidiens) et l'État, qui a été homologué par le Tribunal de commerce de Paris le 14 mars 2018.

Le Protocole s'appuie sur un plan de redressement du groupe Presstalis , qui a été proposé par ses dirigeants et validé par son conseil d'administration. Ce plan, qui doit assurer un redressement pérenne de la viabilité du groupe, prévoyait notamment une diminution des coûts de fonctionnement de Presstalis et une restructuration de son activité, en particulier une réorganisation des dépositaires régionaux (niveau 2) gérés par Presstalis, incluant notamment des cessions, et une réduction de 20 % des effectifs de la messagerie (environ 250 personnes).

Presstalis est aujourd'hui le seul bénéficiaire de 27,9 M€ d'aide en 2018, 2019 et 2020 . Ce montant doit demeurer inchangé dans les années à venir.

La société a par ailleurs bénéficié d'un prêt déblocable en plusieurs tranches du Fonds de développement économique et social (FDES) de 90 M€ . Ce prêt est mis à la disposition de Presstalis en quatre tranches versées entre mars 2018 et avril 2019 , sous réserve de la réalisation à la date de décaissement de chacune des tranches de certaines conditions liées notamment à la bonne exécution du plan de redressement.

Une première tranche de 35 M€ a été débloquée en avril 2018 après l'homologation du protocole, puis une seconde de 15 M€ en juillet 2018. La troisième tranche de 15 M€, dont le versement était initialement prévu en octobre 2018, n'a été décaissée qu'en janvier 2019, dans l'attente de la nomination des administrateurs indépendants, clause contenue dans l'accord de conciliation.

La dernière tranche de 25 M€, prévue en avril 2019, a été versée en deux fois entre les mois de mai et de juin, dans l'attente de cautionnements supplémentaires de la part d'éditeurs membres de la coopérative des magazines. Malgré le refus de certains éditeurs isolés d'apporter un cautionnement complémentaire, la décision a été prise de procéder au versement de la dernière tranche, afin d'éviter une situation de cessation de paiement de la messagerie du fait des variations de flux de trésorerie.

Le plan de redressement se fonde sur les principales hypothèses suivantes s'est fondé sur plusieurs hypothèses, dont ma poursuite de la baisse tendancielle des ventes de presse et du maintien des aides de l'Etat et du soutien des éditeurs.

Contrairement aux craintes formulées par votre Rapporteur pour avis l'année dernière, la Commission européenne a été informée du contenu de l'accord de conciliation et n'a demandé aucune information complémentaire .

De l'avis de tous les acteurs rencontrés par votre Rapporteur pour avis, l'Etat suit avec attention la situation de Presstalis, qui demeure extrêmement problématique . Le remboursement du prêt du FDES, qui doit débuter en cette fin d'année, pourrait devoir être repoussé pour ne pas aggraver les difficultés de trésorerie de la société.

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