III. UN ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL ET COMMUNAUTAIRE PLEIN D'INCERTITUDES

A. AU NIVEAU COMMUNAUTAIRE

Le rapport d'information de la mission relative à l'avenir de la Politique agricole commune présenté au nom de la Commission des affaires économiques par nos collègues, MM. Philippe François, Président, Marcel Deneux et Jean-Paul Emorine, rapporteurs, a parfaitement résumé le contenu de la réforme communautaire, ses tenants et ses aboutissants ainsi que les propositions du Sénat. Votre rapporteur pour avis ne reviendra donc pas, dans le détail, sur cette réforme. Il tient néanmoins à effectuer un bilan des négociations depuis le mois de juin dernier, à présenter le " paquet prix " et préciser l'évolution des derniers dossiers " hors PAC ".

1. L'évolution des dossiers agricoles les plus récents

Lors du Conseil agricole du mois de juin dernier, les ministres de l'agriculture de l'Union européenne sont parvenus, outre le " Paquet Prix ", à un accord sur plusieurs points.

a) La fixation du taux de jachère à 10 %.

Le régime de jachère prévoit que les producteurs de certaines cultures arables peuvent bénéficier d'un paiement compensatoire à l'hectare s'ils retirent un pourcentage de terres de la production qui leur est payée 68,83 écus/tonne. La fixation de ce taux pour la campagne 98/99 a suscité de nombreux débats. Le Royaume-Uni prônait un taux de 5 % tout au plus, l'Allemagne et l'Autriche préconisant en revanche un taux supérieur à 5 % pour alléger la pression de l'intervention et, de façon plus générale, les charges budgétaires et penchaient donc pour le chiffre proposé de 10 %. La France estimait, quant à elle, qu'un taux de 10 % était beaucoup trop élevé.

Rappelons que les propositions de réforme de la politique agricole commune, telles que la Commission les a énoncées dans le cadre de l'Agenda 2000, préconisent un gel des terres obligatoire " à taux zéro ", ce qui permet de négocier annuellement le taux qui correspond au mieux aux récoltes et aux conditions du marché. Les projets de l'Agenda 2000 envisagent, par ailleurs, de maintenir le taux de gel volontaire, pendant cinq ans, moyennant une même contrepartie financière. Sur les quatre millions d'hectares qui ont été retirés de la production durant l'actuelle campagne de commercialisation, la moitié l'a été au titre de ce régime volontaire.

Le Commissaire chargé de l'agriculture, M. Franz Fischler, a expliqué que la baisse des prix du blé, conjuguée à une compensation incomplète des agriculteurs, permettrait de mieux équilibrer l'offre et la demande. La fin de l'actuelle campagne (1997/1998) se caractérise par un niveau peu élevé des prix sur le marché intérieur et sur le marché mondial et une augmentation des stocks d'intervention -environ 15 millions de tonnes d'ici la fin juin. Les perspectives pour la récolte de 1998 sur la base des prévisions actuelles font état de niveaux de production analogues à ceux de l'an dernier soit plus de 200 millions de tonnes. Aucun changement spectaculaire n'étant envisagé au niveau de la consommation des céréales, et avec un marché mondial qui reste relativement peu actif et des perspectives d'excédents à compter de la récolte 1998, il existerait, selon lui, donc un risque sérieux que les stocks d'intervention atteignent un niveau élevé, estimé à près de 30 millions de tonnes d'ici juin 2000. Compte tenu de toutes les variables déterminant l'impact d'une augmentation du taux de gel des terres sur la production telles qu'une réduction importante du gel volontaire, la Commission européenne a considéré qu'une augmentation de 5 % était nécessaire afin d'éviter une augmentation importante des stocks d'intervention au-delà du niveau de 20,5 millions de tonnes prévu pour la fin de la campagne 1998/1999.

Après de longues négociations, ont été adoptées les propositions de la Commission augmentant les superficies gelées de 1,5 million de tonnes et diminuant la production de 8 millions de tonnes -soit un taux de jachère fixé à 10%-.

EVOLUTION DU TAUX DE JACHÈRE

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

15 %

20 %

17 %

10 %

5 %

5 %

10 %

La suspension du " gel extraordinaire " pour 1999/2000 constitue néanmoins une avancée importante pour la France qui échappera à une jachère supplémentaire non indemnisée de 3 à 10 % selon les types de céréales.

Votre rapporteur pour avis insiste sur l'importance pour la Commission de veiller à exporter un volume maximal de céréales au cours des deux prochaines campagnes, en recourant aux quotas d'exportations subventionnées, comme l'Union européenne est en droit de le faire au titre des accords du GATT de 1994 en matière agricole.

b) L'OCM " Huile d'olive "

La mission sénatoriale relative à l'avenir de la PAC a regretté l'absence de prise en compte des productions méditerranéennes dans la réforme de la PAC.

Après de très nombreuses discussions, les mesures suivantes ont été adoptées, l'Espagne réussissant à infléchir la position de ses partenaires 22( * ) :

Application du régime transitoire approuvé par les Quinze, du 1er novembre 1998 au 31 octobre 2001, sur la base d'une proposition présentée par la Commission, dès que des données sur le nombre d'arbres et les surfaces cultivées seront disponibles.

Fixation de la quantité maximale garantie (QMG) à 1.777.261 tonnes (soit + 13,75 % par rapport à la proposition de la Commission et + 31,6 % par rapport à la QMG actuelle). Elle est repartie comme suit : Espagne quantité nationale garantie (QNG) de 760.027 tonnes (+ 21,6 % par rapport à la proposition de la Commission), Italie : 543.164 (+ 8,4 %), Grèce : 419.529 (+ 7,8 %), Portugal : 51.244 (+ 16,7 %), France : 3.297 (+ 7,5 %).

Aide à la production réservée à l'huile provenant d'oliveraies existant au 1er mai 1998, à l'exception de celles s'inscrivant dans un plan approuvé par la Commission. Suppression de l'aide aux petits producteurs et de l'aide à la consommation.

Si la production effective d'un Etat membre est inférieure à sa QNG pour une campagne de commercialisation donnée : 20 % de la différence est répartie, pour la même campagne, de commercialisation, entre les Etats membres qui ont dépassé leur QNG pendant cette campagne-là, proportionnellement à cette QNG ;

80 % sont ajoutés à la QNG de l'Etat membre concerné pour la campagne suivante uniquement.

Prise en compte, dans la fixation des QNG ultérieures, de programmes de plantations d'oliviers au Portugal (30.000 hectares), en France (3.500) et en Grèce (3.500).

Sous réserve d'approbation par la Commission, possibilité pour les Etats membres de consacrer certaines des ressources qui leur sont attribuées à des mesures de soutien en faveur des olives de table.

La section oléicole du Sénat, présidée par notre collègue Marcel Vidal, ne manquera pas d'examiner dans les semaines à venir les répercussions pour la France de ces décisions.

c) La réforme de l'OCM " bananes "

Votre rapporteur pour avis vous renvoie au rapport de notre collègue M. Jean Huchon, relatif à la réforme de l'OCM " banane " 23( * ) sur ce dossier.

Rappelons que la refonte de l'OCM mise en place en 1993 avait été rendue indispensable en raison de la condamnation de l'Union européenne par l'OMC, en septembre 1997, pour discrimination vis-à-vis des producteurs sud-américains.

Dans le compromis adopté le 26 juin dernier, les Quinze se sont efforcés de se conformer aux règles de l'OMC en supprimant le système de licences qui favorise les bananes européennes et des pays d'Afrique des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

Le nouveau règlement, applicable à partir du 1er janvier 1999, comprend :

Le maintien du contingent actuel d'importations de 2,2 millions de tonnes par an avec un droit de 75 écus par tonne pour les pays tiers et un droit nul pour les ACP non traditionnels.

La fixation d'un contingent tarifaire autonome de 353.000 tonnes, à un droit de 75 écus/t. pour les pays tiers et de zéro pour les ACP non traditionnels, afin de tenir compte du dernier élargissement de l'Union européenne.

Le maintien d'un contingent de 857.000 tonnes à droit nul pour les ACP traditionnels (Côte d'Ivoire, Cameroun, Surinam, Somalie, Jamaïque, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, Dominique, Belize, Cap-Vert, Grenade, Madagascar), conformément à la Convention de Lomé.

La suppression des certificats d'importation dits licences B, qui permettaient aux opérateurs communautaires d'écouler plus facilement les bananes européennes et ACP dans l'Union européenne, et qui avaient été dénoncés par l'OMC.

L'attribution des licences sur base des courants d'échange traditionnels (méthode dite " traditionnels/nouveaux arrivés "), en prenant la période 1994-1996 comme référence. " Ces droits seront accordés aux importateurs effectifs sur présentation d'une licence d'importation utilisée et dans le cas des nouveaux Etats membres, de documents douaniers équivalents, si nécessaire ".

Pour les producteurs communautaires, la fixation du revenu de référence à 622,5 écus par tonne pour 1998 et 640,3 écus/tonne à compter de 1999. Ce dernier montant, qui représente une augmentation de 8 % par rapport à la proposition de la Commission, est destiné à compenser les pertes des producteurs, notamment en raison de la suppression des licences B.

Le montant de l'acompte (avances en trésorerie) pour les bananes commercialisées en 1998, qui avait été supprimé en mars dernier, a été rétabli à 19,44 écus/100 kgs), comme le demandait la France.

L'engagement de la Commission à " veiller " à ce qu'une aide supplémentaire soit accordée si nécessaire aux producteurs de régions communautaires en difficulté (en particulier Madère) lorsque leur revenu moyen est inférieur à la moyenne communautaire. Cette aide devrait couvrir 75 % de l'écart entre leur revenu moyen et la moyenne communautaire.

L'octroi d'un mandat à la Commission afin qu'elle négocie un accord de répartition des importations avec les pays tiers.

Un critère unique pour la détermination des pays producteurs ayant un intérêt substantiel à la fourniture de bananes sera utilisé.

La Commission présentera avant le 1er mars 1999 des propositions pour promouvoir les bananes produites dans des conditions sociales et environnementales " équitables " (soutien aux organisations respectant ces conditions, systèmes de certification...).

La Commission présentera avant le 31 décembre 2004 un rapport sur le fonctionnement de l'OCM et proposera éventuellement des modifications 24( * ) .

Cette modification de l'OCM semble ne pas convenir aux autorités américaines, qui estiment dans un communiqué que le nouveau régime communautaire " n'est toujours pas en conformité avec les engagements de l'Union européenne auprès de l'OMC ". Le texte ne précise cependant pas le ou les points sur lesquels la réglementation européenne serait litigieuse.

La représentante américaine pour le commerce, Mme Charlene Barshefsky a déclaré que " Les Etats-Unis n'hésiteront pas à faire valoir l'intégralité de leurs droits devant l'OMC et à prendre toutes les mesures à leur disposition pour protéger les intérêts américains ". " Ces droits incluent des procédures dans le cadre de l'OMC autorisant le retrait de concessions douanières favorisant l'importation de biens et de services en provenance de l'Union européenne " , a-t-elle ajouté.

Pour sa part, le commissaire européen à l'agriculture, M. Franz Fischler, a assuré que les services juridiques de la Commission avaient vérifié que la réforme de l'OCM banane adoptée par les Quinze était " parfaitement compatible avec les réglementations de l'OMC ". Par ailleurs, le chef de la délégation de l'Union européenne auprès de l'organisation internationale à Genève, M. Roderick Abbott, a estimé que les Etats-Unis ne devraient pas attaquer de nouveau l'Union européenne à l'OMC sur ce dossier dans les mois à venir. Le négociateur européen a rappelé que, dans le cadre de l'OMC, les conflits étaient gérés selon des règles précises et que l'on était encore loin du stade où les Américains pourraient demander à l'organisation l'autorisation d'appliquer des mesures de rétorsion contre l'Union européenne. Il faut d'abord que les dispositions décidées par l'Union européenne pour se conformer à la condamnation de l'OMC entrent en vigueur, ce qui doit être fait le 1er janvier prochain. Enfin, M. Abbott a rappelé que le texte adopté le 26 juin par les Quinze prévoit que la Commission négocie avec les pays tiers les nouvelles modalités de délivrance des licences d'importations aux opérateurs européens. On ne peut donc préjuger à ce stade de la validité de ce futur système.

d) La réforme de l'OCM tabac

La difficulté pour la réforme de l'OCM tabac consiste à concilier les positions des Etats membres : certains voudraient, en effet, réduire l'aide aux planteurs de tabac, culture impopulaire, et augmenter les dépenses pour décourager les fumeurs et intensifier la recherche sur le tabac, tandis que d'autres -les pays producteurs- affirment qu'il s'agit de la seule culture envisageable dans certaines régions dont le tissu rural est précarisé. La première catégorie veut inciter les agriculteurs à changer de culture, la seconde craint un abandon massif de cette dernière, avec toutes les conséquences que cela implique pour la société rurale locale.

Des progrès ont été accomplis sur des volets importants des propositions. Les Etats membres se sont mis d'accord pour porter à 2 % (à savoir doubler) la proportion de l'aide au secteur du tabac qui est consacrée à la recherche et à la publicité contre le tabac.

Lors du Conseil de juin dernier, plusieurs décisions ont été prises :

- la modulation des primes en vue d'encourager la production de variétés de meilleure qualité ; un taux de modulation à l'intérieur d'une fourchette allant de 35 à 45 % a été retenu. Une période transitoire de trois ans a été prévue pour la mise en place de ce nouveau système ;

- le doublement de la retenue sur les primes servant au financement du fonds communautaire de recherche et d'information sur le tabac ;

- la mise en place d'un système de rachat de quotas pour les producteurs souhaitant abandonner le secteur. Toutefois, afin d'éviter des départs excessifs, le quart de la production peut être exempté de ce régime. Cette exemption peut porter sur la production provenant de régions sensibles ou sur des variétés sensibles de haute qualité. Les producteurs disposeront d'un délai maximum de quatre mois pour la reprise d'un quota, avant que celui-ci ne soit retiré du marché via le système de rachat.

e) La proposition de la Commission en matière vitivinicole

L'OCM viti-vinicole, élaborée en 1987, dans un contexte de déséquilibre structurel entre la production de vins et les débouchés, nécessite une réforme qui permette, tout d'abord, la prise en compte de la situation mondiale du marché du vin, telle qu'elle se présente aujourd'hui, offre ensuite aux viticulteurs européens les moyens d'assurer la compétitivité de leurs exploitations, et leur permette, enfin, de gérer de manière durable les territoires viticoles de la communauté.

Ce constat est issu du mémorandum présenté par la France pour la réforme de l'OCM vitivinicole.

L'idée de réformer le régime communautaire vitivinicole remonte au début 1993. Face à des excédents de vins de table de plus en plus importants, la France avait demandé à Bruxelles de présenter aux Etats membres des solutions pour faire face à la situation. Présentées en 1994, les propositions de la Commission avaient finalement été rejetées, après deux années de pourparlers, lors du conseil agricole de juin 1996. Bruxelles prévoyait, en 1994, de réduire de plus de 30 millions d'hectolitres la production communautaire jusqu'en 2000 et d'instaurer un système de quotas nationaux pour endiguer la surproduction de vins de mauvaise qualité. Mais la baisse de la production intervenue depuis lors a ramené la production totale de l'Union européenne en dessous de l'objectif fixé pour la fin du siècle (154 millions d'hectolitres). La Commission se devait donc de tenir compte des changements intervenus sur le marché du vin.

Lors du Conseil agricole du mois de juin dernier, plusieurs propositions ont été adoptées :

- la reconduction des prix d'orientation et, jusqu'au 31 août 2000, de l'interdiction de nouvelles plantations de vigne, ainsi que la possibilité pour les Etats membres d'accorder des autorisations nouvelles durant les deux prochaines campagnes dans la limite de 10.000 hectares, dont 2.584 pour la France, 3.615 pour l'Espagne, et 2.442 pour l'Autriche. Ces nouveaux droits de plantations ne peuvent cependant pas être accordés aux vignobles situés dans des régions déterminées ayant bénéficié au cours des trois dernières campagnes des primes d'abandon définitif. De plus, les vins produits dans des régions administratives dans lesquelles les quantités distillées volontairement ont dépassé 10 % de la production totale des trois dernières vendanges sont exclus de ce régime. Ces droits de plantation représentent un à valoir sur les nouvelles autorisations qui pourraient être accordées dans le cadre de la réforme de l'OCM.

- le maintien pour une année supplémentaire des dérogations existantes concernant la teneur en acidité totale des vins de table et la possibilité pour les Etats membres d'accorder des primes d'abandon de la viticulture pour des parcelles inférieures au seuil actuel de 25 ares mais non inférieures à 10 ares, lorsque les conditions de viticulture le justifient. A de plus été décidé, le report au 1er janvier 2001 de la date limite d'introduction d'un casier viticole simplifié en Grèce, au Portugal. En Espagne, cette limite a été repoussée au 1er janvier 2000. Le maintien de la possibilité pour l'Espagne de mélanger du vin rouge et du vin blanc (mezcla) a été adopté.

Le 1er juillet dernier, la Commission européenne a adopté une proposition de réforme substantielle du marché vitivinicole à partir du 1er août 2000. La nouvelle OCM coûterait 1,23 milliard d'écus par an.

Cette remise à plat de l'OCM vin, qui va être débattue par les ministres de l'agriculture de l'Union européenne dans le cadre des négociations sur l'Agenda 2000, doit être mise en oeuvre à partir du 1er août 2000. Afin d'assurer l'expansion des marchés, il est nécessaire, selon Bruxelles, de veiller au maintien de l'équilibre entre l'offre et la demande constaté dans l'Union européenne depuis plusieurs années en raison de récoltes moins pléthoriques et du programme d'abandon de la viticulture. La superficie communautaire est passée de 4 à 3,6 millions d'hectares de 1987 à 1997. Selon la Commission, " le problème majeur auquel le secteur vitinicole communautaire doit actuellement faire face, excepté dans certaines régions, est sa capacité limitée à s'adapter assez rapidement à l'évolution de la concurrence ". La Communauté étant devenue plus ouverte, du fait de la suppression du système de protection aux frontières communautaires (prix de référence) et de l'application de droits de douane moins élevés, on estime à Bruxelles que les mesures traditionnelles d'intervention pour contrôler les volumes et les prix n'ont plus de raison d'être. En termes de volumes, on que l'élimination de quantités de vin sur un marché plus ouvert créée simplement un écart qui peut être comblé par davantage d'importations. D'où le projet d'abandonner les distillations préventives, obligatoires et de soutien et de les remplacer par une distillation de crise qui pourrait atteindre, selon La Commission, quelque 5,2 millions d'hectolitres par an et par une distillation visant à approvisionner le secteur d'alcool de bouche. Ce dernier représente un débouché pour un volume annuel de 14 à 15 millions d'hectolitres de vins.

Les mesures de reconversion visant à adapter les vignobles à la production de vins commercialisables, auxquelles serait consacrée une part très significative des crédits prévus pour la nouvelle OCM (450 millions par an en régime de croisière sur un budget de 1,3 milliards d'écus), constituent sans doute l'élément le plus important et le plus novateur de cette réforme. Un dédommagement intégral est prévu pour couvrir les pertes subies par les producteurs ayant entrepris un programme de reconversion. Enfin, le plan d'arrachage, quelque peu réaménagé, sera maintenu en faveur des Etats membres et des régions connaissant des problèmes graves et persistants d'excédents. Cette réforme devrait aussi s'accompagner d'une importante simplification de la réglementation vitivinicole communautaire. La Commission prévoit de remplacer les 23 règlements existants par un règlement unique. Elle entend également prendre en compte la diversité régionale grâce à la reconnaissance des organisations de producteurs et de l'interprofession, qui pourront être impliquées dans les mesures de reconversion.

Les mesures concernant l'amélioration des structures de production et de commercialisation, la promotion et la formation ne dépendront pas de l'OMC vin mais du financement d'actions structurelles prévues par l'Agenda 2000.

LES PRINCIPAUX POINTS DU PROJET DE RÉFORME

Système de distillation :

Ouverture d'une distillation de " crise ", sur une base volontaire, pour faire face à certaines perturbations passagères du marché et aux problèmes graves de qualité. Fixation des prix par la Commission en fonction du marché. Sur la base d'une rémunération équivalente à 50 % du prix d'orientation, celle-ci prévoit une dépense de 62 millions d'échus par an pour cette mesure.

Maintien, avec des modifications techniques, de l'aide au stockage privé, subordonnée à la conclusion d'un contrat à long terme ; de la distillation des sous-produits issus de la vinification pour éviter le surpressage des raisins, dans l'attente d'une solution moins onéreuse ; et, à titre provisoire, d'une distillation pour les vins issus de vigne " à double classement " (deux millions d'hectolitres par an). Cette dernière mesure concerne principalement les vins excédentaires de Charentes.

Remplacement de la distillation préventive par une distillation spécifique (payée à 65 % du prix d'orientation) pour assurer l'approvisionnement du marché des alcools de bouche et des produits à base de vin. Afin d'éviter l'accumulation d'excédents, cette distillation doit être gérée de manière très souple en liaison avec un système de contrats d'aides au stockage privé.

Mesures structurelles :

Maintien de l'interdiction générale de plantation de nouveaux vignobles. Dans les cas où des exceptions sont prévues, le système sera aménagé de manière à ce que des arrachages puissent succéder à un programme de replantation. Afin de permettre une expansion du vignoble dans les régions commercialisant leur production dans de bonnes conditions, chaque Etat membre bénéficiera d'un certain nombre de droits de replantation qui profitera en priorité aux jeunes. Des dispositions sont envisagées, notamment la constitution d'une réserve pour assurer la fluidité du système.

Les informations sur les superficies viticoles, les variétés et les droits octroyés devront être répertoriées par les Etats membres. Cet inventaire constituera un outil de contrôle et de surveillance des plantations.

Maintien des mesures d'arrachage qui seront ciblées essentiellement sur les régions où les excédents sont structurels. Les services européens prévoient une surface totale arrachée de 5.000 hectares par an et une prime moyenne de 9.000 écus par hectare.

Octroi d'aides pour des mesures de reconversion (reconversion variétale, transfert de vignobles, nouvelles techniques de production). La perte de revenu sera totalement compensée par l'Union européenne pour les producteurs entreprenant un programme de reconversion ainsi que pour ceux procédant à des arrachages et à des replantations. Toutefois, les coûts pour les équipements ne seront pris en charge qu'à 50 %, l'autre moitié étant à la charge des producteurs.

2. L'évolution de la réforme de la PAC

Rendu public au moment de la parution du rapport de la Commission de l'agriculture du Parlement européen présenté par M. Arlindo Cuntra qui propose " de donner corps à un véritable modèle agricole européen " et s'oppose à tout démantèlement de la PAC, le rapport de la mission sénatoriale a été transmis au Chef de l'Etat et au Premier ministre avant le sommet de Cardiff.

Les Chefs d'Etat et de Gouvernement des Quinze, réunis les 15 et 16 juin à Cardiff, ont manifesté leur volonté de parvenir à un " accord politique " sur l'ensemble des mesures " de l'agenda 2000 " au plus tard en mars 1999, sous présidence allemande de l'Union européenne et avant la campagne des élections européennes qui auront lieu en juin 1999.

Dans le domaine agricole, les Chefs d'Etat et de Gouvernement ont pris connaissance du rapport d'étape des experts du Comité spécial agricole -selon lequel sept Etats membres sont en principe favorables à l'approche de la Commission européenne (baisse des prix de soutien et compensation par des aides directes)-.

L'Autriche qui, le 1er juillet et pour six mois, a succédé au Royaume-Uni à la présidence de l'Union européenne a souhaité, selon M. Wolgang Schüssel, ministre des affaires étrangères, présenter au Conseil européen des 11 et 12 décembre à Vienne, les " éléments clé pour une solution " sur l'Agenda 2000 et ainsi " défricher le terrain " afin de " permettre une décision en mars 1999 ", lors d'un sommet spécial sous présidence allemande.

Les dernières semaines ont néanmoins assombri considérablement l'horizon des négociations sur la PAC. Alors que la Commission avait au début du mois de septembre indiqué que les effets de la crise financière russe seraient limités, M. Jacques Santer a reconnu quelques semaines plus tard que cet événement aurait des conséquences sérieuses sur l'équilibre des marchés agricoles de l'Union européenne, surtout sur ceux des viandes bovine et porcine pour lesquelles la Russie représente le premier débouché à l'exportation de l'Union.

Dans une analyse du marché mondial, la FAO prévoit elle aussi des conséquences graves de cette crise, sur les marchés avicoles principalement.

Cette crise vient s'ajouter à celle qui sévit en Asie et donc les conséquences sont réelles sur les économies émergentes en Amérique Latine.

Or, c'est sur une vision optimiste des débouchés asiatiques que la Commission européenne a bâti son projet " Agenda 2000 ", avec des baisses de prix généralisées et compensées partiellement.

Votre rapporteur considère que l'environnement international actuel remet sérieusement en cause les perspectives de développement des marchés mondiaux envisagées.

Comme l'a souligné M. Louis Le Pensec, " on peut sérieusement s'interroger sur les potentialités supplémentaires à l'exportation de blé ou de viande dans les années à venir ".

A ces difficultés, s'ajoutent les revendications de plus en plus pressantes d'un nombre important d'Etats qui estiment que leur contribution au budget européen est trop élevé. Ceux-ci d'ailleurs prônent une " renationalisation " partielle de la PAC.

On peut, dans ce contexte, s'interroger sur la capacité du Gouvernement français à faire cofinancer à hauteur d'1/3 les CTE envisagés dans le projet de loi d'orientation agricole.

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