CHAPITRE II -

BILAN LÉGISLATIF RÉGLEMENTAIRE ET CONTENTIEUX

I. LES TEXTES LÉGISLATIFS

A. LES TEXTES PUBLIÉS

La loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions a modifié de façon substantielle le code de l'urbanisme.

Elle prévoit que la réalisation de plus d'une aire de stationnement par logement lors de la construction de logements locatifs financés avec un prêt aidé de l'Etat ne peut être exigée, malgré les dispositions contraires du Plan d'occupation des sols (article L.123-2-1 du code de l'urbanisme). Elle dispose également que le versement pour dépassement du plafond légal de densité ne s'applique pas aux permis de construire délivrés entre la date de publication de cette loi et le 31 décembre 2002 si les travaux portent sur les logements à usage locatif construits avec le concours financier de l'Etat (article L.112-2 du code de l'urbanisme). Elle prévoit enfin que le conseil municipal peut exonérer de la participation pour dépassement du coefficient d'occupation des sols les travaux portant sur des logements à usage locatif construits avec le concours financier de l'Etat (article L.332-1 du même code).

B. LES TEXTES EN PRÉPARATION

Le projet de loi pour l'aménagement et le développement durable du territoire

Déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale le 29 juillet 1998, le projet de loi pour l'aménagement durable du territoire prévoit plusieurs dispositions ayant une incidence sur le droit de l'urbanisme.

Son article 5 , qui modifie l'article 34 de la loi n° 83-8 du 7 janvier 1983, dispose que les schémas régionaux d'aménagement et de développement du territoire pourront recommander l'élaboration d'instruments d'aménagement ou d'urbanisme tels que les schémas directeurs ou les directives territoriales d'aménagement .

Ses articles 9 à 18 prévoient 8 schémas de services collectifs respectivement consacrés à l'enseignement supérieur et à la recherche ; aux services culturels ; aux services sanitaires ; à l'information et à la communication ; au transport de marchandises ; au transport de voyageurs ; à l'énergie ; aux espaces naturels et ruraux ;

Son article 20 prévoit l'élaboration de " projets d'agglomération " par les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière d'aménagement et de développement économique et les communes qui souhaitent s'y associer. Ces projets détermineront notamment, outre les orientations en matière de développement économique et de cohésion sociale, les principes relatifs à l'aménagement et à l'urbanisme .

Enfin, l'article 35 et dernier du projet de loi prévoit de modifier l'article 141-1 du code de l'urbanisme en y ajoutant que : " Le schéma directeur de la région d'Ile-de-France vise à maîtriser la croissance démographique et l'utilisation de l'espace tout en assurant le rayonnement international de cette région. Il précise les moyens cohérents à mettre en oeuvre pour corriger les déséquilibres internes de la région, limiter les nécessités de déplacement et préserver les zones rurales et naturelles afin d'assurer les conditions d'un développement durable de la région ".

Le projet de loi relatif à l'organisation urbaine et à la simplification de la coopération intercommunale

Déposé devant l'Assemblée nationale le 28 octobre dernier, ce projet de loi prévoit de confier aux agglomérations, de plein droit, des compétences obligatoires en matière :

- de développement économique (aménagement, entretien et gestion de zones d'activité industrielle, commerciale, tertiaire, artisanale, touristique, portuaire ou aéroportuaire ; actions de développement économique) ;

- d'aménagement de l'espace communautaire (schéma directeur et schéma de secteur, création et réalisation de zones d'aménagement concerté ; organisation des transports urbains) ;

- d'équilibre social de l'habitat sur le territoire communautaire (programme local de l'habitat ; politique du logement, notamment du logement social d'intérêt communautaire et action en faveur du logement des personnes défavorisées ; amélioration du parc immobilier bâti) ;

- de politique de la ville dans la communauté (dispositifs contractuels de développement urbain, de développement local et d'insertion économique et sociale d'intérêt communautaire ; dispositifs locaux d'intérêt communautaire, de prévention de la délinquance) ;

La communauté d'agglomération exercera, en outre, au moins deux compétences parmi les quatre suivantes :

- création ou aménagement et entretien de voirie d'intérêt communautaire ;

- assainissement et eau ;

- collecte et traitement des déchets des ménages et déchets assimilés ;

- construction, aménagement, entretien et gestion d'équipements culturels et sportifs d'intérêt communautaire et équipements scolaires publics, élémentaires et préélémentaires.

Enfin, selon les informations communiquées à votre rapporteur pour avis, une réflexion serait en cours dans les services du ministère de l'équipement, des transports et du logement, en vue d'élaborer un projet de loi de modernisation de l'urbanisme . Ce projet, préparé au premier semestre 1999, serait susceptible d'être présenté au Parlement à l'automne suivant. Votre Commission des Affaires économiques souhaiterait connaître l'état d'avancement des travaux du Gouvernement sur cet important sujet, ainsi que le calendrier qui y est associé.

II. LES TEXTES RÉGLEMENTAIRES

A. LES TEXTES PUBLIÉS

Depuis le vote du budget pour 1998, plusieurs importants décrets relatifs au droit de l'urbanisme, sont parus. Sans entrer dans le détail d'une liste fastidieuse, votre rapporteur pour avis rappellera les principaux d'entre eux. Trois de ces textes approuvent des plans de sauvegarde et des secteurs sauvegardés à Richelieu, Montferrand , et Nantes . Quatre autres décrets n°s 97-1184, 97-1198, 97-1204 et 97-1205, ont été pris pour application au ministère de l'équipement, des transports et du logement, du 1° de l'article 2 du décret n° 97-34 du 15 janvier 1997 relatif à la déconcentration des décisions administratives individuelles . Le décret n° 98-622 du 20 juillet 1998 relatif à l' établissement des listes d'aptitude aux fonctions de commissaire-enquêteur modifie, quant à lui, le code de l'expropriation.

B. LES TEXTES EN PRÉPARATION

Selon les informations communiquées à votre rapporteur pour avis, des décrets seraient actuellement en préparation ou en voie de publication afin de :

- modifier certaines dispositions du Livre Ier du code de l'urbanisme relatif aux règles générales d'aménagement et d'urbanisme ;

- modifier la réglementation sur les zones d'aménagement concerté afin de la simplifier et de la clarifier ;

- renforcer la protection de l'environnement dans les espaces naturels sensibles des départements ;

- créer un établissement public de l'Ouest-Rhône-Alpes ;

- appliquer l'article 46 de la loi n° 98-657 du 29 juillet d'orientation relative à la lutte contre les exclusions ;

- porter extension et adaptation de la partie réglementaire du code de l'urbanisme à la collectivité territoriale de Mayotte ;

- adapter la procédure de révision du schéma directeur de la région Ile-de-France ;

- approuver les schémas d'aménagement régionaux de Martinique , de Guyane et de Guadeloupe ;

- fixer les modalités de recours des ministres chargés de l'urbanisme et de l'habitat à des architectes et des paysagistes conseils et les conditions de leur indemnisation ;

- régir la cession de biens expropriés par l'établissement public national d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux ;

- modifier le décret n° 68-376 du 26 avril 1968 portant création de l'Etablissement Public de la Basse-Seine ;

- fixer les missions , la composition , le mode de désignation et le fonctionnement des Commissions départementales des sites perspectives et paysages et de la Commission supérieure des sites , (ce décret modifierait les compétences, le fonctionnement et la composition des Commissions départementales des sites, qui comportent, entre autres, le directeur départemental de l'équipement, et celle de la Commission supérieure des sites, composée notamment d'un représentant du ministère chargé de l'urbanisme) ;

- appliquer la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité applicables à l'étude de sécurité publique à joindre aux études préalables à la réalisation des projets d'aménagement des équipements collectifs et des programmes de construction ;

- modifier les articles 3, 11 et 12 de la loi du 16 octobre 1919 relative à l'utilisation de l'énergie hydraulique et le décret n° 94-894 du 13 octobre 1994 relatif à la concession et à la déclaration d'utilité publique des ouvrages utilisant l'énergie hydraulique (ce décret organiserait la déconcentration au préfet de la concession des ouvrages utilisant l'énergie hydraulique dont la puissance maximale brute est inférieure à 100.000 kW et adapterait la procédure d'instruction de cette concession. Il modifierait également l'article R.11-2 (2°) du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique, en vue de déconcentrer la déclaration d'utilité publique des aménagements hydrauliques ainsi que des usines utilisant l'énergie des mers et des centrales thermiques) ;

- modifier le décret du 11 juin 1970 pris pour application de l'article 5 modifié de la loi du 8 avril 1946 concernant la procédure de déclaration d'utilité publique des travaux d'électricité et de gaz qui ne nécessitent que l'établissement de servitudes ainsi que des conditions d'établissement desdites servitudes (ce décret prévoirait notamment le contreseing du ministre chargé de l'urbanisme lorsqu'il est fait application des dispositions des articles L.123-8 et R.123-35-3 du code de l'urbanisme, c'est-à-dire dans le cas où la déclaration d'utilité publique n'est pas compatible avec un plan d'occupation des sols).

Votre rapporteur pour avis souhaite enfin insister sur la nécessité de publier, dès que possible, les décrets d'application de la loi n° 97-179 du 28 février 1997 relative à l'instruction des autorisations de travaux dans le champ de visibilité des édifices classés ou inscrits et dans les secteurs sauvegardés. Ces décrets permettront, en effet, aux représentants des communes d'exercer le droit de former un recours contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France, devant une commission désignée par le préfet de région.

C. LE CAS PARTICULIER DE LA LOI DU 30 DÉCEMBRE 1996 RELATIVE AUX CINQUANTE PAS GÉOMÉTRIQUES

Comme l'a relevé, à plusieurs reprises, notre collègue Jean Huchon, qui fut le rapporteur de ce texte devant votre Commission des Affaires économiques, la loi n°96-1241 relative à l'aménagement de la zone des cinquante pas géométriques dans les départements d'outre-mer n'est toujours pas entrée en vigueur, deux ans après sa promulgation . Or, elle édicte des dispositions essentielles pour assurer la sécurité juridique des habitants de cette zone qui entoure la Guadeloupe et la Martinique . Elle prévoit, en pratique :

- la délimitation de la zone littorale ;

- la création d'une commission de validation des titres de propriété des personnes qui y résident ;

- l' octroi d'une aide à l'acquisition des terrains occupés sans titre ;

- enfin, la création d'une agence pour la mise en valeur de la zone en Guadeloupe et en Martinique.

En principe, la procédure de délimitation par arrêté préfectoral aurait dû se dérouler avant le 30 décembre 1997 . Or, si l'on a achevé de délimiter le rivage de la Martinique en 1998, celui de la Guadeloupe ne l'est pas encore totalement. Il est nécessaire d'attendre les hautes eaux (octobre/novembre) pour procéder à cette opération. En outre, il est possible que les arrêtés préfectoraux portant délimitation fassent l'objet de recours pour excès de pouvoir, ce qui pourrait accroître encore le délai d'application de la loi. L'achèvement de la procédure de délimitation est donc plus que jamais urgent, car il conditionne la mise en oeuvre de l'ensemble du texte. Même si des difficultés matérielles (notamment l'obligation de procéder à la délimitation du rivage en période de hautes eaux) expliquent pour partie le retard pris, il est urgent de remédier à la situation actuelle.

Votre Commission des Affaires économiques souhaite que les services du ministère de l'équipement remédient, pour ce qui relève de leur compétence et en collaborant avec ceux du secrétariat d'Etat à l'outre-mer, à cet état de fait.

III. LE CONTENTIEUX DE L'URBANISME

Depuis trois ans, votre Commission des Affaires économiques observe avec préoccupation l'évolution du contentieux de l'urbanisme. L'accroissement des recours contre les décisions des collectivités locales en la matière (Plans d'occupation des sols, certificats d'urbanisme, permis de construire) s'inscrit dans le cadre général de l'augmentation du volume du contentieux administratif. Le nombre de requêtes déposées devant les tribunaux administratifs était de 70.000 en 1990. Il a augmenté de moitié depuis lors et s'élève à 107.000 recours en 1997. Le contentieux de l'urbanisme représente 8 % des affaires jugées par les tribunaux administratifs.

En matière de contentieux, les statistiques disponibles au ministère de l'Equipement des transports et du logement permettent de connaître les recours contre les décisions prises au nom de l'Etat et les recours formés par le représentant de l'Etat dans le cadre du contrôle de légalité. Les données qui en résultent pour l'année 1996, dernier exercice connu, figurent ci-dessous. Tout en notant que, pour des raisons techniques, l'administration n'a pas établi de statistiques pour l'année 1995, on constate que le contentieux de l'urbanisme reste, malgré une légère baisse, à un niveau comparable à celui des années 1994 à 1996.

EVOLUTION DU NOMBRE DES RECOURS CONTRE LES DÉCISIONS PRISES AU NOM DE L'ETAT

 

1994

1996

Recours en annulation

937

881

dont :

- Permis de construire

- Certificats d'urbanisme

- Demandes de sursis à exécution

393

153

163

375

167

139

Décisions prononcées :

930

721

- Portant sur le fond

- Annulations

- Sursis à exécution ordonnés

-

164

107

513

107

81

EVOLUTION DU NOMBRE DE RECOURS EXERCÉS PAR LES REPRÉSENTANTS DE L'ETAT DANS LE CADRE DU CONTRÔLE DE LÉGALITÉ

 

1994

1996

Nombre d'actes déférés

341

319

dont demandes de sursis à exécution

164

204

Nombre de jugements rendus

293

309

dont :

- désistement ou non-lieu à statuer

- décisions rendues au fond

- annulations

- demandes de sursis à exécution

- sursis à exécution prononcés

95

110

92

88

58

109

151

121

50

28

Votre rapporteur pour avis se réjouit de la création d'un nouvel outil statistique, plus performant, qui permettra aux services compétents de la DGUHC de collecter les éléments relatifs au contentieux. Elaboré avec les DDE, ce logiciel permettra un suivi individualisé des dossiers. Il sera mis en service lorsque la Commission nationale de l'informatique et des libertés aura donné son autorisation, en 1999.

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