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Proposition de loi relative aux pénuries de main d'oeuvre

 

B. UN PHÉNOMÈNE QUI PREND DES PROPORTIONS INQUIÉTANTES DANS NOMBRE DE BRANCHES PROFESSIONNELLES

1. L'activité de certaines entreprises est aujourd'hui contrainte

Un nombre croissant de secteurs d'activité est aujourd'hui concerné par les difficultés de recrutement. Le secteur du bâtiment estime ses besoins de recrutements supplémentaires à au moins 30.000 personnes. Le secteur des travaux publics fait également état de difficultés à recruter du personnel qualifié, ces difficultés empêcheraient aujourd'hui près de la moitié des entreprises de ce secteur d'accroître leur activité.

Le commerce de centre-ville signale des tensions concernant les vendeurs de micro-informatique, ainsi que certains métiers de l'alimentation tels que bouchers et poissonniers. Le secteur de l'habillement rencontre des difficultés particulières à recruter des ouvriers qualifiés et des employés.

Selon les informations recueillies par votre rapporteur, la notion de pénurie de main-d'oeuvre devient particulièrement aiguë dans le secteur de l'informatique où le SYNTEC chiffre à plus de 30.000 le nombre d'informaticiens manquants. Les entreprises de ce secteur ont aujourd'hui besoin de 5.000 ingénieurs " réseaux et télécom ", de 6.000 experts et consultants, de 15.000 développeurs " internet " et de 8.000 personnes dans des fonctions commerciales, technico-commerciales et assistance.

Dans la métallurgie, les besoins concernent plus particulièrement certaines qualifications comme les caristes, les électromécaniciens, les chaudronniers-soudeurs...

Les pénuries de main-d'oeuvre ont également une dimension géographique puisqu'elles coïncident souvent avec des bassins d'emploi fortement marqués par le développement économique, que ce soit dans l'aéronautique à Toulouse ou dans l'automobile à Sochaux.

Les secteurs de la propreté, de la chimie, du textile ainsi que les secteurs routier, des industries du bois, des ascenseurs et des industries agro-alimentaires connaissent des problèmes comparables.

L'ensemble des organisations professionnelles est aujourd'hui préoccupée par ce phénomène. Il n'est pas d'entreprise, quels que soient sa taille, son bassin d'emploi ou son secteur d'activité, qui ne rencontre des problèmes pour trouver des salariés immédiatement disponibles, motivés et correctement formés.

L'Union professionnelle artisanale (UPA) estime à 88.000 les offres d'emplois non pourvues dans l'artisanat et dans le secteur du bâtiment.

Le MEDEF a enquêté auprès de ses adhérents, les résultats de cette consultation lui permettent de chiffrer à 900.000 le nombre des offres d'emplois non satisfaites dans l'économie.

Auditionné le 15 novembre dernier par notre collègue Louis Souvet7(*), M. Michel Bernard, directeur général de l'ANPE a considéré pour sa part que le nombre total d'offres d'emplois ne trouvant pas preneur pouvait être estimé à au moins 400.000.

2. Le Gouvernement minimise l'importance des désajustements sectoriels du marché du travail

La réalité des difficultés de recrutement a été établie par la DARES et mise en évidence l'année dernière. Les chefs d'entreprise font état d'une accélération du phénomène en cette année 2000 et considèrent qu'il constitue une menace pour la croissance.

Devant cette situation, on ne peut qu'être étonné par la prudence du Gouvernement qui reconnaît seulement du bout des lèvres la réalité de ces problèmes.

Ainsi, Mme Elisabeth Guigou, ministre de l'Emploi et de la Solidarité, considère que les difficultés de recrutement sont " bien localisées " et " tiennent souvent à la pénibilité du travail, au fait qu'on travaille le soir ou le week-end "8(*). Auditionnée par la commission des Affaires sociales9(*) le mardi 21 novembre 2000 à l'occasion de l'examen des crédits budgétaires de son ministère, Mme Elisabeth Guigou a reconnu que des tensions pouvaient exister dans certains cas et a souligné la nécessité de disposer d'un recensement précis, par bassin d'emploi et par secteur d'activité, des difficultés de recrutement rencontrées par les entreprises.

Evoquant la réduction du temps de travail dans les PME, elle a seulement réaffirmé la nécessité de faire preuve de pédagogie à travers la diffusion " des bonnes pratiques " et de favoriser de nouvelles formes d'emploi à travers, par exemple, les groupements d'employeurs.

Les déclarations de Mme Elisabeth Guigou apparaissent pour le moins décalées par rapport aux réalités constatées sur le terrain par les chefs d'entreprises. Elles ne correspondent pas non plus aux analyses de l'ANPE exposées dans l'étude précitée de février 2000.

Force est donc de constater que le Gouvernement tente de réduire la portée du phénomène des désajustements sectoriels du marché du travail afin, sans doute, de désamorcer tout mouvement de remise en cause de sa politique de l'emploi.

* 7 Avis n° 96 du Sénat (2000-2001) présenté par la commission des Affaires sociales sur le projet de loi de finances pour 2001, M. Louis Souvet, rapporteur, Tome IV, " Travail et emploi ", p. 59.

* 8 JO, débat AN, Questions au Gouvernement, réponse à une question de M Léonce Deprez, député, 2ème séance du 25 octobre 2000, p. 7465.

* 9Avis n° 96 du Sénat (2000-2001) présenté par la commission des Affaires sociales sur le projet de loi de finances pour 2001, M. Louis Souvet, rapporteur, Tome IV, " Travail et emploi ", p. 82