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C. LA SITUATION DE L'EMPLOI MARITIME EN FRANCE ET DANS LE MONDE

1. La situation de l'emploi maritime dans le monde

Selon la dernière étude internationale, le nombre de marins naviguant au commerce dans le monde s'élevait à 1 227 000 en 2000, dont 404 000 officiers et 823 000 marins d'équipage. Les 30 pays de l'OCDE demeurent la principale source pour les officiers (147 000 officiers, soit 36 %), mais l'Extrême-Orient a augmenté sa part depuis 1995 et reste de loin le principal pourvoyeur en marins d'équipage (40 % contre 23 % à l'OCDE).

Zone d'origine

OFF

PE

Total

Sous-continent indien

32 000

104 000

136 000

Extrême Orient

128 000

332 000

460 000

Afrique/Amérique latine

35 000

89 000

124 000

Europe de l'Est

62 000

107 000

169 000

OCDE

147 000

191 000

338 000

Monde

404 000

823 000

1 227 000


Source BIMCO/ISF 2000 - Ministère des transports.

La situation de l'emploi maritime au plan mondial se caractérise par :

- un écart grandissant entre l'offre et la demande d'officiers ;

- un déplacement du centre de gravité des origines des marins, des pays de l'OCDE vers les pays d'Asie et d'Europe orientale ;

- un raccourcissement des carrières, dû à des sorties prématurées de la profession ;

- des fonctions de commandement exercées en majorité par des officiers des pays de l'OCDE ;

- un vieillissement de la population des officiers issus des pays de l'OCDE ;

- une augmentation encore insuffisante des élèves-officiers.

. Les emplois d'officiers

La pénurie d'officiers est nette et les besoins ne devraient pas diminuer dans les dix années à venir.

La demande mondiale d'officiers est estimée à 420 000 en 2000, ce qui représente un manque de 16 000 officiers, proche de ce qu'il était déjà en 1995.

Le vieillissement des officiers originaires des pays de l'OCDE, l'évaporation, notamment celles des élèves-officiers (30 % ne vont pas au terme de leurs études) et le manque d'attractivité dû à une mauvaise image du métier risquent d'entretenir cette pénurie pendant les 5 à 10 années à venir.

En effet, du côté de la demande, les navires et leurs modalités d'exploitation ne devraient guère évoluer durant cette période. Après avoir légèrement diminué au cours des dix dernières années, l'effectif des équipages à bord des navires de commerce ne devrait plus varier tant par l'effet de la stabilité de leur conception et de leurs technologies que par celui des règlements internationaux et des législations (temps de travail par exemple). Par contre, le nombre des navires passera grosso modo de 46 500 à 52 000 durant cette période, tandis que la demande en anciens marins qualifiés pour la gestion à terre (dans les armements) et l'enseignement dans les écoles, devrait également augmenter.

On estime ainsi qu'en 2010, à taux de recrutement (formation) et d'évaporation constants (c'est-à-dire si des mesures ne sont pas prises), la pénurie aujourd'hui modérée ne pourra que s'aggraver : le manque serait de 46 000 officiers en 2010.

. Les emplois de marins

En ce qui concerne les marins d'équipage, il y aurait plutôt excédent de main d'oeuvre, la demande étant estimée à 599 000 marins. Cette évaluation ne doit pas cependant masquer la forte demande de marins dotés de qualifications pratiques de base, non satisfaite à cause des formations jugées trop théoriques et inadaptées aux besoins actuels et futurs. Ainsi les matelots issus des pays de l'OCDE sont-ils moins recherchés que les officiers originaires de ces mêmes pays. Les armements leur préfèrent des matelots issus des pays du tiers-monde. Ceci explique d'ailleurs la baisse depuis dix ans du salaire international moyen de matelot : de 1762 dollars en 1992 à 1 318 dollars en 1999 selon l'OIT.

Répartition des salaires mensuels moyens des gens de mer (en dollars)

< 500 $

18 %

500 - 1 099 $

34 %

1 100 - 1 499 $

13 %

1 500 - 1 999 $

12 %

2 000 - 3 000 $

12 %

3 000- 4 000 $

6 %

> 4 000 $

5 %

Source MORI/ITF - Ministère des transports.

Il n'est pas sûr par ailleurs que la relève des officiers originaires des pays de l'OCDE puisse à l'avenir être durablement assuré par les marins asiatiques (Extrême-Orient, sous-continent indien), qui occupent en nombre croissant les fonctions de commandement à bord des navires du monde entier : cette population présente en effet la tendance remarquablement persistante depuis 10 ans de ne pas rester à la mer au-delà de 50 ans.

Cette situation de pénurie pourrait donc conduire les armements de la flotte marchande mondiale, y compris ceux des pays de l'OCDE (34 % du total des navires), à recourir de plus en plus à des officiers en provenance des pays d'Europe centrale et orientale, moins coûteux et moins rares que les officiers issus des pays de l'OCDE. A terme, la réussite de ce recrutement de substitution risquerait de faire diminuer la demande future de marins en provenance des pays de l'OCDE, dont la France, menaçant par là même l'avenir de leurs écoles d'enseignement maritime.

2. La situation et les caractéristiques de l'emploi maritime en France

. Caractéristiques de l'emploi maritime français au commerce.

La situation de l'emploi des marins français au commerce est caractérisée par :

- une pénurie d'officiers ;

- un raccourcissement des carrières lié à une forte évaporation ;

- un turn-over important des jeunes officiers ;

- des entraves fortes à la promotion sociale dues notamment au système de formation ;

- une difficulté à s'ouvrir aux qualifications terrestres ;

- une absence de visibilité prospective ;

- un manque de suivi des carrières des marins.

. Situation de l'emploi maritime au 31 décembre 20016(*).

Il y a environ 12 500 marins français au commerce en 2001, dont 9 315 recensés par l'enquête annuelle effectuée par la DAMGM auprès des principaux armements français.

Au 31/12/1999, le nombre de marin français s'élevait à 9 522 se répartissant comme suit, par catégorie, entre les différents secteurs d'activité :

Secteur d'activité

Officiers

Personnels d'exécution

Total

Répartition en %

Lignes régulières

328

573

901

9%

Transport de passagers

623

3 398

4 021

42%

Transport à la demande

357

197

554

6%

Pétrole

519

359

878

9%

Cabotage

137

139

276

3%

Services publics

178

445

623

7%

Activités portuaires

697

1 572

2 269

24%

Total

2 839

6 683

9 522

100%

Source: Ministère des transports.

Le personnel d'exécution représente environ 70 % des effectifs.

Les CDD (contrats à durée déterminée) ne représentent que 10 % des emplois.

La retraite et la démission viennent en tête des causes des cessations d'emplois permanents.

Près des trois quarts (72 %) des marins français sont employés dans les secteurs du transport de passagers (ferries), des services publics et des activités portuaires.

La proportion globale de marins français naviguant sur des navires immatriculés au registre TAAF est stable depuis 5 ans autour de 19 %.

Les secteurs de lignes régulières, du transport à la demande, du pétrole, et du cabotage, ouverts à la navigation internationale et donc à l'immatriculation des navires au registre TAAF, emploient en effet 2 598 marins français, dont 1 719 naviguent sous registre TAAF (soit 66 % des marins employés dans ces secteurs d'activité).

MARINS FRANÇAIS 2001

 

Officiers

Marins d'équipage

Ensemble

 

Nombre

%

Dont TAAF

%

Nombre

%

Dont TAAF

%

Nombre

%

Dont TAAF

%

Lignes régulières

317

11

251

79

514

8

331

64

831

9

582

70

Transport à la demande

416

15

365

88

283

4

208

73

699

8

573

82

Transport pétrolier

488

17

305

63

308

5

128

42

796

9

433

54

Cabotage

134

5

104

78

138

2

27

20

272

3

131

48

S/Total contexte international

1 355

48

1 025

76

1 243

19

694

56

2 598

28

1 719

66

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Transport de passagers

635

22

19

3

3 384

52

76

2

4 019

43

95

2

Services publics

168

6

0

0

413

6

0

0

581

6

0

0

Activités portuaires

693

24

0

0

1 424

22

2

2

2 117

23

0

0

S/Total contexte « protégé »

1 496

52

19

1

5 221

81

76

1

6 717

72

95

1

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

TOTAL GÉNÉRAL

2 851

100

1 044

37

6 464

100

770

12

9 315

100

1 814

19,5

. Évolution de l'emploi des marins français.

De 45 000 marins à la fin des années 1950, l'emploi maritime français n'a cessé de décliner jusqu'à une époque récente : 30 000 en 1970, 23 000 en 1980. Cette baisse ne s'est ralentie que depuis 1997.

Après une année 1998 exceptionnelle pour l'emploi maritime (avec le seul taux positif connu depuis la guerre : + 7,2 % !), l'effectif de marins français semble se stabiliser depuis trois ans avec une baisse annuelle autour de - 1 %.

Depuis 1998, les pertes d'emploi ont surtout concerné deux secteurs : les lignes régulières et les activités portuaires. L'emploi a progressé au transport à la demande et au transport de passagers.

Sur cette période, la baisse est surtout due à la diminution du nombre de personnels d'exécution, le nombre d'officiers restant stable.

Dans le même temps on observe une progression des emplois permanents (CDI) et une forte diminution des emplois précaires (CDD) notamment dans le transport de passagers.

S'agissant des secteurs ouverts à la navigation internationale, on observe une chute jusqu'en 1996 suivie d'un ralentissement certain de la baisse, avec un effectif identique d'officiers et de marins d'équipage français depuis dix ans. Sur les navires immatriculés au TAAF, les armateurs ont en effet la possibilité d'embarquer des marins étrangers dans certaines limites : 35 % de l'équipage, dont les officiers, doivent être de nationalité française.

L'effectif de marins français dans les secteurs d'activité, dont l'emploi est « protégé » avec l'impossibilité d'embaucher des marins non communautaires, est stable depuis 1989.

. Situation et évolution de l'emploi des marins étrangers employés par les armements français.

On recense dans l'enquête 2001 un effectif de 1 829 marins étrangers, dont 1 225 au registre TAAF, 101 au registre français Mata-Utu et les autres dans différents registres tiers. (Il y a évidemment un bien plus grand nombre de marins étrangers naviguant sur des navires de croisière immatriculés au registre Mata-Utu mais appartenant à des compagnies étrangères).

Plus des trois quarts des marins étrangers sont des personnels d'exécution.

Les marins philippins représentent un tiers de cette population étrangère issue au total de 25 pays différents.

La part des marins étrangers dans l'ensemble des effectifs naviguant au commerce est quasiment stable depuis 1997 autour de 16 %.

C'est le secteur du transport pétrolier qui est le premier secteur employeur de main d'oeuvre étrangère (35 % de ses effectifs) devant les lignes régulières (30 %) et le transport à la demande (30 % également).

Les ressortissants des pays d'Europe centrale et orientale (PECO) sont au nombre de 658 en 2001 (contre 582 en 1997), après une forte hausse en 2001.

* 6 Les chiffres fournis ci-dessous concernent les effectifs de marins employés par les principaux armements français de la marine marchande, et n'englobent donc pas ni les marins français naviguant pour le compte d'armements étrangers, ni les marins employés par des armements étrangers et naviguant sous pavillon français.

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