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Projet de loi de modernisation de l'agriculture et de la pêche

 

2. Après deux années d'euphorie, un retournement des marchés agricoles très brutal

a) Les années 2006 et 2007 : l'illusion de la prospérité retrouvée

La flambée des prix des céréales, oléagineux et protéagineux en 2006 et 2007 a tiré le revenu agricole à la hausse avec un résultat agricole net par actif en augmentation de 9 % puis 8 % en termes réels en 2006 et 20078(*). Le revenu des exploitants a ainsi augmenté de 20 % en 2007.

Deux tempéraments doivent cependant être apportés à ce tableau globalement positif sur la période 2006-2007 :

- le coût des intrants, engrais, aliments pour le bétail, a été orienté à la hausse ;

- certaines productions comme les fruits et légumes ou encore l'élevage bovin et ovin sont restés largement à l'écart de ce mouvement de hausse des prix.

La tendance à la hausse des prix sur les marchés de matières premières a fait naître l'espoir d'un changement d'époque, alors que l'évolution des cours des productions agricoles connaissait une tendance historique à décroître.

b) Deux années de baisse spectaculaire du revenu agricole, dans tous les secteurs

La baisse des revenus est le marqueur principal de la crise agricole. Les chiffres moyens cachent une grande disparité des situations concrètes des exploitations, mais donnent une bonne indication de la tendance générale.

Après une baisse de 23 % en 2008, le revenu net par actif non salarié des exploitations professionnelles, c'est-à-dire le revenu des chefs d'exploitation, a chuté, toutes productions confondues de 32 % en 20099(*).

Ce sont les grandes cultures avec les producteurs de céréales, oléagineux et protéagineux, qui sont les plus touchés avec une baisse du revenu atteignant près de 50 % sous l'effet combiné :

- de la chute des cours : la tonne de blé est montée de 130 € en 2006 à 200 € à la mi-2007 pour atteindre presque 300 € fin 2007. Elle est désormais redescendue dans une fourchette de 100 à 130 €, c'est à dire en dessous des cours qui prévalaient avant la flambée de 2006-2007 ;

- de la hausse des prix des engrais et fertilisants.

Ce sont en fait toutes les productions, qui, à des degrés divers, voient les cours baisser et les revenus des exploitants chuter :

- dans les fruits et légumes, la baisse est de 53 % en arboriculture fruitière et de 34 % en horticulture, mais les situations sont à nuancer selon les productions ;

- en viticulture, le volume des récoltes est en hausse sensible par rapport à 2008. Les prix des vins de table sont en légère amélioration, mais ceux des vins d'appellation sont plutôt orientés à la baisse. Le revenu de la plupart des exploitants viticoles est orienté à la baisse ;

- si les élevages ont bénéficié en 2009 du retournement à la baisse très marqué des prix de l'alimentation animale, cette baisse des coûts ne bénéficie qu'aux éleveurs de bovins à viande et d'ovins, qui avaient vu leur situation se dégrader auparavant, et ne compense pas l'effondrement des prix du lait dans le secteur de l'élevage laitier.

Or le revenu est la condition du maintien durable des exploitations. Alors que la rémunération moyenne de l'agriculteur est moitié moindre que la moyenne européenne, on ne peut envisager le maintien des exploitations sans assurer un revenu décent aux producteurs.

* 8 Insee premières - Les comptes prévisionnels de l'agriculture pour 2006 et 2007.

* 9 Source : comptes de l'Agriculture.