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Proposition de loi visant à interdire l'exploration et l'exploitation des mines d'hydrocarbures liquides ou gazeux

25 mai 2011 : Gaz de schiste ( rapport - première lecture )

B. LE RISQUE D'ATTEINTES DURABLES À L'ENVIRONNEMENT EN CAS D'UTILISATION DE TECHNIQUES INAPPROPRIÉES 

1. Une technique encore peu connue en France

La technique de la fracturation hydraulique a pour objet de « stimuler » la roche afin d'accroître sa perméabilité et de faciliter l'extraction de la ressource qu'elle contient.

Elle est aujourd'hui combinée au forage de puits horizontaux qui permettent, à partir d'une seule installation en surface, d'exploiter une superficie beaucoup plus importante avec une empreinte réduite en surface.

L'injection d'eau sous pression, combinée à des adjuvants chimiques, entraîne la création de mini-fissures dans la roche. Le sable évite la fermeture immédiate des fissures afin de permettre la sortie du gaz.

Source : IFP Énergies nouvelles

2. Le risque de dommages à l'environnement

De nombreux dommages à l'environnement et nuisances diverses ont été allégués à l'égard de l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels :

- risques liés à la diffusion d'eau et d'agents chimiques dans la roche-mère, éventuellement jusqu'aux nappes phréatiques ;

- risques liés à la remontée du gaz dans le puits, celui-ci pouvant contaminer la nappe phréatique si le puits n'est pas complètement étanche ;

- risques liés au traitement des déchets en surface ;

- consommation excessive d'eau (10 000 à 20 000 m3 par puits).

Les eaux utilisées pour la fracturation ramènent également des substances présentes dans le sous-sol, certaines pouvant être toxiques : métaux lourds, matières radioactives... Un traitement est donc nécessaire en surface.

Enfin, la présence d'équipements au sol et la circulation de centaines de camions pour apporter l'eau nécessaire à la fracturation serait susceptible de nuire à l'attractivité touristique des territoires concernés.

La plupart de ces allégations font l'objet de controverses entre les industriels ou l'administration américaine et ceux qui dénoncent l'exploitation des gaz de schiste ou les conditions de cette exploitation.

En particulier, la contamination de l'eau potable par du gaz de schiste, qui constitue l'un des points centraux du film documentaire Gasland, a été présentée comme « impossible » par les industriels, qui mettent en avant l'épaisseur des couches géologiques qui séparent la roche-mère des nappes souterraines d'eau potable.

Une étude scientifique récente a pourtant mis en évidence des cas de contamination de l'eau potable qui semblent liés à l'exploitation du gaz de schiste. Les auteurs estiment probable que le gaz ne soit pas remonté à travers le sol en raison des fissures provoquées par la fracturation hydraulique, mais que la contamination soit plutôt due à un défaut de cimentation du puits.

Un cas de contamination de l'eau potable par du gaz de schiste

Une étude récente8(*) publiée par la National Academy of Sciences des États-Unis a mis en évidence scientifiquement des cas de contamination de l'eau potable par du méthane à proximité de puits d'extraction de gaz utilisant la fracturation hydraulique. Cette étude concerne les zones de Marcellus et d'Utica dans l'État de Pennsylvanie et constate une concentration de méthane beaucoup plus importante dans les puits situés à proximité des zones d'extraction.

Les chercheurs expliquent que le méthane dissous dans l'eau potable n'est pas classé actuellement comme un agent dangereux pour la santé par ingestion, mais qu'il peut avoir des effets asphyxiants dans un espace confiné et présente un risque d'explosion ou de feu.

Or la nature chimique du méthane retrouvé dans les nappes phréatiques correspond à celle du méthane provenant de la couche de schiste (méthane « thermogénique »). Il ne s'agit donc pas de méthane « biogénique » présent dans les couches superficielles.

Toutefois, les chercheurs n'ont trouvé dans cette nappe phréatique aucune trace des fluides utilisés pour la fracturation. Le gaz ne serait pas remonté directement de la couche de schiste via la fracturation hydraulique, réalisée plusieurs centaines de mètres en-dessous de la nappe, mais se serait diffusé lors de sa remontée par un puits présentant un défaut de cimentation.

Les auteurs de l'étude recommandent une poursuite des recherches et des mesures scientifiques, ainsi qu'un renforcement de la régulation publique concernant les pratiques de fracturation hydraulique, sans demander l'arrêt pur et simple de cette technique.

Il ne saurait bien sûr être question, dans le cadre du présent rapport, de trancher une question qui relève d'abord des scientifiques.

Votre rapporteur note toutefois que la question révèle une insuffisance des connaissances scientifiques et nécessite donc la poursuite et l'approfondissement de programmes tendant à mieux comprendre les mécanismes concernés.

Il note également que la fracturation hydraulique, qui s'accompagne d'une activité importante en surface et notamment de la circulation de nombreux camions si l'eau est acheminée par la route, ne dure que quelques jours sur un puits. D'après les industriels rencontrés, un à deux mois après le début du forage, la plupart des équipements sont retirés et le site n'occupe plus qu'une place limitée au sol.


* 8 Stephen G. Osborn, Avner Vengosh, Nathaniel R. Warner, Robert B. Jackson, Methane contamination of drinking water accompanying gas-well drilling and hydraulic fracturing, Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 17 mai 2011, volume 108, n° 20.