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Proposition de loi visant à instaurer la scolarité obligatoire à trois ans

26 octobre 2011 : Scolarité obligatoire à trois ans ( rapport - première lecture )

B. DES ORIENTATIONS MINISTÉRIELLES DÉFAVORABLES FRAGILISANT LA SCOLARISATION DES TRÈS JEUNES ENFANTS

Malgré l'importance fondamentale que peut jouer l'école maternelle dans le développement des enfants et la facilitation de leur parcours scolaire, le ministère de l'éducation nationale a fait prévaloir ces dernières années une politique de réduction des coûts qui s'est traduite par un recul net du taux de scolarisation. Les suppressions de postes touchent d'abord, en effet, les missions facultatives de l'éducation nationale, quelle que soit par ailleurs leur importance sociale. La préscolarisation dès deux ans est la plus affectée, y compris dans des zones prioritaires comme le département de Seine-Saint-Denis par exemple, au mépris de la volonté du législateur transcrite dans l'article L. 113-1 du code de l'éducation. Les réductions de postes dans le premier degré ont touché également la prise en charge des trois à cinq ans. Le taux de scolarisation ne s'en ressent pas encore dans la mesure où l'on a augmenté les effectifs par classe, mais les conditions d'accueil se sont bel et bien dégradées, comme l'ont confirmé les auditions de votre rapporteure.

TAUX DE SCOLARISATION PAR ÂGE (PUBLIC ET PRIVÉ)

En %

 

1960

1970

1980

1990

2000

2005

2008

2010

2 ans

9,9

17,9

35,7

35,2

34,5

24,5

18,1

13,6

3 ans

36,0

61,1

89,9

98,2

100

100

100

100

4 ans

62,6

87,3

100

100

100

100

100

100

5 ans

91,4

100

100

99,4

100

100

100

100

Total

50,0

65,4

82,1

83,6

84,1

81,4

78,4

77,7

Source : MEN-DEPP

À cette pression budgétaire dont le gouvernement n'a pas voulu préserver l'école maternelle, en contradiction même avec la volonté affichée d'assurer la réussite de tous les élèves, s'ajoutent les effets de la réforme de la formation des enseignants. De l'aveu général, la mastérisation est inadaptée, parce qu'elle affaiblit la professionnalisation des futurs enseignants et complique leur entrée dans le métier. Les rapports Filâtre, Marois, Grosperrin et Jolion convergent sur ce point. Si l'ensemble du système éducatif est concerné, c'est bien à l'école maternelle et auprès des très jeunes enfants que les dommages risquent d'être les plus importants.

Enfin, la fragilisation matérielle de l'école maternelle s'est accompagnée depuis 2007 d'attaques sur le plan symbolique tendant à dévaloriser l'action des enseignants et à promouvoir des alternatives comme les jardins d'éveil qui n'ont jamais démontré leur efficacité. Cette remise en cause a été durement ressentie par le corps enseignant et participe à la dégradation de la condition enseignante, analysée dès 2008 par le rapport Pochard.