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Projet de loi organique relatif à la transparence de la vie publique

24 juillet 2013 : Transparence de la vie publique ( rapport - nouvelle lecture )

Rapport n° 801 (2012-2013) de M. Jean-Pierre SUEUR, fait au nom de la commission des lois, déposé le 24 juillet 2013

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N° 801

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2012-2013

Enregistré à la Présidence du Sénat le 24 juillet 2013

RAPPORT

fait au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d'administration générale (1) sur le projet de loi organique, ADOPTÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE EN NOUVELLE LECTURE, et sur le projet de loi, ADOPTÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE EN NOUVELLE LECTURE, relatifs à la transparence de la vie publique,

Par M. Jean-Pierre SUEUR,

Sénateur

(1) Cette commission est composée de : M. Jean-Pierre Sueur, président ; MM. Jean-Pierre Michel, Patrice Gélard, Mme Catherine Tasca, M. Bernard Saugey, Mme Esther Benbassa, MM. François Pillet, Yves Détraigne, Mme Éliane Assassi, M. Nicolas Alfonsi, Mlle Sophie Joissains, vice-présidents ; Mme Nicole Bonnefoy, MM. Christian Cointat, Christophe-André Frassa, Mme Virginie Klès, secrétaires ; MM. Alain Anziani, Philippe Bas, Christophe Béchu, François-Noël Buffet, Gérard Collomb, Pierre-Yves Collombat, Jean-Patrick Courtois, Mme Cécile Cukierman, MM. Michel Delebarre, Félix Desplan, Christian Favier, Louis-Constant Fleming, René Garrec, Gaëtan Gorce, Mme Jacqueline Gourault, MM. Jean-Jacques Hyest, Philippe Kaltenbach, Jean-René Lecerf, Jean-Yves Leconte, Antoine Lefèvre, Mme Hélène Lipietz, MM. Roger Madec, Jean Louis Masson, Michel Mercier, Jacques Mézard, Thani Mohamed Soilihi, Hugues Portelli, André Reichardt, Alain Richard, Simon Sutour, Mme Catherine Troendle, MM. René Vandierendonck, Jean-Pierre Vial, François Zocchetto.

Voir le(s) numéro(s) :

Première lecture : 1004, 1005, 1108, 1109 et T.A. 161 et 162

Commission mixte paritaire : 1271 et 1272

Nouvelle lecture : 1249, 1250, 1279, 1280 et T.A. 191 et 192

Première lecture : 688, 689, 722, 723, 724, 731, 732 et T.A. 192 et 193 (2012-2013)

Commission mixte paritaire : 770 et 771 (2012-2013)

Nouvelle lecture : 797 et 798 (2012-2013)

LES CONCLUSIONS DE LA COMMISSION DES LOIS

Réunie le mercredi 24 juillet 2013, sous la présidence de M. Jean-Pierre Michel, vice-président, la commission des lois a examiné, en nouvelle lecture, le rapport de M. Jean-Pierre Sueur sur le projet de loi organique n° 797 (2012-2013) et le projet de loi n° 798 (2012-2013) relatifs à la transparence de la vie publique.

Après avoir rappelé l'échec de la commission mixte paritaire à la suite du rejet par le Sénat en première lecture des dispositions relatives à la publicité des déclarations, le rapporteur a souligné les apports du Sénat repris par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture, notamment la publication annuelle de l'utilisation faite de la « réserve parlementaire », la suppression du délit spécifique aux membres du Gouvernement en matière d'attestation sur l'honneur, l'extension des obligations déclaratives aux vice-présidents des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre de plus de 100 000 habitants, les règles en matière d'incompatibilité applicables aux membres du Conseil constitutionnel ou encore les dispositions relatives à l'organisation de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, à la compétence des bureaux des assemblées en matière de déontologie, ainsi que celles en rapport avec le financement de la vie politique.

Le rapporteur a souligné l'avancée, en nouvelle lecture, de l'Assemblée nationale qui a supprimé la peine d'emprisonnement en cas de publication du contenu consultable des déclarations de situation patrimoniale.

Il a enfin regretté que l'Assemblée n'ait pas suivi le Sénat dans sa définition du conflit d'intérêts, sur l'incompatibilité entre le mandat parlementaire et la direction d'un syndicat professionnel, le nombre de personnalités qualifiées nommées par les présidents de chaque assemblée au sein de la Haute Autorité, le renvoi à un autre texte de la question plus générale des « lanceurs d'alerte » ou encore la redéfinition de la prise illégale d'intérêts.

Après avoir adopté un amendement sur le projet de loi organique et un amendement sur le projet de loi, la commission des lois a rejeté successivement ces deux textes.

En conséquence, en application du premier alinéa de l'article 42 de la Constitution, la discussion portera, en séance publique, sur le texte des projets de loi adoptés par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture.

EXPOSÉ GÉNÉRAL

Mesdames, Messieurs,

Après l'achèvement de leur examen au Sénat le lundi 15 juillet 2013 puis l'échec de la commission mixte paritaire le mardi 16 juillet 2013, notre Haute Assemblée est à nouveau saisie, en nouvelle lecture, des projets de loi organique et ordinaire relatifs à la transparence de la vie publique.

Alors que la question de la publication des déclarations de situation patrimoniale des parlementaires et des élus titulaires de fonctions exécutives locales constituait déjà une pierre d'achoppement entre les deux assemblées, l'adoption par le Sénat d'une motion de renvoi en commission du projet de loi organique puis le rejet, en séance, de l'article relatif aux nouvelles obligations de déclaration des parlementaires, de l'article relatif à la publication des déclarations des élus locaux et des autres responsables publics, à l'exception des membres du Gouvernement, ainsi que d'autres dispositions, ont conduit à ce que le Sénat n'ait pas défini de position concernant cette question centrale de la réforme.

Dans ces conditions, en l'absence de texte du Sénat sur ces dispositions, l'Assemblée nationale a repris en nouvelle lecture les textes qu'elle avait déjà adoptés en première lecture, s'agissant principalement de l'article 1er du projet de loi organique et de l'article 11 du projet de loi ordinaire.

Toutefois, conformément à la position exprimée par son rapporteur, notre collègue député Jean-Jacques Urvoas, lors de la réunion de la commission mixte paritaire, l'Assemblée nationale a repris ou conservé les modifications apportées par le Sénat sur certaines dispositions, en particulier celle prévoyant la publication de l'utilisation de la « réserve parlementaire », adoptée par notre assemblée à l'unanimité1(*).

I. LES MODIFICATIONS APPORTÉES AUX TEXTES DEPUIS LEUR PREMIÈRE LECTURE AU SÉNAT

A. LES OBLIGATIONS DE DÉCLARATION

1. Les parlementaires

Concernant les nouvelles obligations déclaratives qui s'appliqueraient aux parlementaires (article 1er du projet de loi organique) - dispositions que le Sénat a supprimées en séance publique contre l'avis de votre commission -, l'Assemblée nationale, en nouvelle lecture, s'est bornée à reprendre le texte qu'elle avait adopté en première lecture, sous réserve de la reprise ponctuelle de dispositions adoptées votre commission.

D'une part, l'Assemblée nationale a repris l'ajustement des délais de contrôle des déclarations de situation patrimoniale au moment de leur dépôt, c'est-à-dire trente jours pour communication par l'administration fiscale des éléments utiles puis trois mois pour le contrôle par la Haute Autorité. Elle n'a pas conservé la disposition prévoyant la poursuite du contrôle par la Haute Autorité au-delà de la mise à disposition du public des déclarations.

D'autre part, afin de prendre en compte la période de la campagne des élections municipales de 2014, le délai de dépôt des nouvelles déclarations serait fixé au plus tard le 1er février 2014, ce qui conduirait à une publication des déclarations d'intérêts et d'activités juste avant les élections municipales, mais garantirait une mise à disposition des déclarations de situation patrimoniale après ces élections, du fait des délais de contrôle.

Concernant le dispositif de consultation des déclarations en préfecture, rétabli par l'Assemblée nationale, votre rapporteur tient à souligner que la peine de prison envisagée en première lecture en cas de publication a été supprimée, au profit de la seule peine d'amende, confirmant ainsi l'analyse selon laquelle ce dispositif ne semble guère opérant en l'état. En outre, aucune sanction ne serait encourue lorsque le parlementaire rend publique lui-même sa déclaration.

2. Les membres du Gouvernement

Votre rapporteur tient à relever que l'Assemblée nationale a maintenu la suppression par le Sénat de l'attestation sur l'honneur, par les membres du Gouvernement, des déclarations de situation patrimoniale et des déclarations d'intérêts, qui avait pour objet de constituer un délit spécifique d'attestation mensongère. Cette disposition soulevait en effet des interrogations sérieuses au regard des principes constitutionnels en matière pénale (articles 3 et 18 du projet de loi).

N'ont pas été reprises, en revanche, les dispositions de coordination avec les modifications qu'avait apportées votre commission aux obligations de déclaration qui concernent les parlementaires (articles 3 à 6 du projet de loi).

3. Les élus locaux et les autres responsables publics

Comme pour les nouvelles obligations déclaratives des parlementaires, l'Assemblée nationale a repris son texte initial concernant ces mêmes obligations pour les élus titulaires de fonctions exécutives locales et les autres responsables publics, avec un périmètre élargi aux maires des communes et présidents des groupements de communes de plus de 20 000 habitants (articles 10 et 11 du projet de loi). Elle a procédé aux mêmes ajustements que pour les parlementaires pour le dispositif de consultation en préfecture des déclarations de situation patrimoniale.

Toutefois, l'Assemblée nationale a repris l'extension de ces obligations aux vice-présidents des établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre de plus de 100 000 habitants, issue d'un amendement présenté par nos collègues du groupe centriste.

4. Les sanctions pénales en cas de manquement

L'Assemblée nationale a repris la modification du quantum des peines pour le délit de « pantouflage », qui résultait en fait d'une coordination avec le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude fiscale (article 19 du projet de loi).

En revanche, l'Assemblée nationale a rétabli les formulations initiales concernant la peine complémentaire d'interdiction des droits civiques, civils et de famille, pour les parlementaires comme pour les autres responsables publics, sans la limitation à certaines de ses composantes, comme l'avait souhaité le Sénat à l'initiative de nos collègues du groupe UMP. En outre, elle a rétabli cette peine complémentaire pour le délit d'abus de biens sociaux, alors que cette question ne présentait aucun lien avec le texte.

Enfin, l'Assemblée nationale n'a pas repris la redéfinition du délit de prise illégale d'intérêts, pourtant à nouveau adoptée par le Sénat (article 19 bis du projet de loi).

B. LES OBLIGATIONS D'ABSTENTION

En première lecture, le Sénat n'avait pas remis en cause les dispositions relatives à l'obligation d'abstention, n'y apportant que des précisions.

En revanche, votre commission s'était opposée à l'obligation de déport prévue dans le texte initial (article 2 du projet de loi), en contestant non son bien-fondé mais plutôt la compétence du législateur au regard de la séparation des pouvoirs et de la constitutionnalité de cette formule, qui équivalait à imposer aux membres du Gouvernement de déroger à leurs obligations constitutionnelles en cas de conflit d'intérêts.

En nouvelle lecture, l'Assemblée nationale, par une rédaction plus habile, a renvoyé à un décret le soin de fixer les conditions de ce déport des membres du Gouvernement, ce qui ne règle cependant pas le problème soulevé par le Sénat.

C. LES INCOMPATIBILITÉS

1. Les incompatibilités parlementaires

En première lecture, sans remettre en cause les dispositions adoptées par l'Assemblée nationale, le Sénat avait institué de nouvelles incompatibilités applicables aux parlementaires (article 2 du projet de loi organique). Reprenant les préconisations du rapport d'information du groupe de travail sur la prévention des conflits d'intérêts de 2011, votre commission avait ainsi prévu, notamment, de rendre incompatible l'exercice du mandat parlementaire avec la direction d'un syndicat professionnel, ce que l'Assemblée nationale a supprimé en nouvelle lecture.

En outre, l'Assemblée nationale n'a pas repris non plus les clarifications rédactionnelles apportées par le Sénat, concernant entre autres l'incompatibilité du mandat parlementaire avec les fonctions de président ou de membre d'une autorité administrative indépendante.

En revanche, l'Assemblée nationale a conservé l'interdiction pour un parlementaire nommé en mission par le Gouvernement ou désigné pour siéger dans un organisme extra-parlementaire de percevoir une rémunération.

2. Les incompatibilités applicables aux membres du Conseil constitutionnel

Concernant les incompatibilités applicables aux membres du Conseil constitutionnel (article 2 bis A du projet de loi organique), l'Assemblée nationale a repris la rédaction proposée par la commission des lois du Sénat, avec un alignement sur la situation des magistrats judiciaires, à savoir l'incompatibilité absolue avec toute activité professionnelle, à la seule exception des travaux scientifiques, littéraires ou artistiques.

D. LA DÉFINITION DU CONFLIT D'INTÉRÊTS

En première lecture, votre commission avait remanié fortement la définition du conflit d'intérêts (articles 1er et 2 du projet de loi). En nouvelle lecture, l'Assemblée nationale a maintenu la substitution du terme d'intégrité à celui d'impartialité (article 1er du projet de loi) comme obligation faite aux membres du Gouvernement, aux élus locaux et aux personnes chargées d'une mission de service public.

Parallèlement, elle a repris la définition du conflit d'intérêts qu'elle avait adoptée en première lecture, approuvant celle du projet de loi dans sa rédaction initiale, ce qui a pour effet d'intégrer dans cette définition le conflit entre intérêts publics et la « théorie des apparences » dans l'appréciation du conflit d'intérêts.

En outre, l'Assemblée nationale a supprimé la définition du conflit d'intérêts adoptée par le Sénat et applicable aux seuls parlementaires (article 1er A du projet de loi organique), ce qui a pour conséquence l'absence de toute définition légale du conflit d'intérêts pour ces derniers.

E. L'ORGANISATION ET LE FONCTIONNEMENT DE LA HAUTE AUTORITÉ POUR LA TRANSPARENCE DE LA VIE PUBLIQUE

En nouvelle lecture, l'Assemblée nationale a conservé l'équilibre retenu par le projet de loi organique et le projet de loi quant aux pouvoirs respectifs de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et à ceux des bureaux des assemblées parlementaires s'agissant des membres du Parlement. Dans cet esprit, concernant les compétences des bureaux des assemblées en matière de déontologie (article 2 bis du projet de loi), l'Assemblée nationale a adopté sans modification le texte voté par le Sénat, selon lequel le bureau détermine des règles en matière de prévention et de traitement des conflits d'intérêts, après avis de l'organe interne chargé de la déontologie.

Poursuivant la logique des positions du Sénat en première lecture, qui l'avait conduit à préciser les règles encadrant l'activité de la Haute Autorité en confortant ses garanties statutaires d'indépendance, l'Assemblée nationale n'a pas fondamentalement remis en cause ces apports.

Cependant, le Sénat avait élargi la composition de la Haute Autorité en prévoyant qu'elle intégrerait deux personnalités qualifiées désignés par chaque président d'assemblée après avis à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés des commissions parlementaires compétentes, là où l'Assemblée nationale n'avait prévu, en séance publique, qu'un seul membre désigné par chaque président d'assemblée. En nouvelle lecture, elle a restauré sa position.

Enfin, l'Assemblée nationale n'a pas fondamentalement bouleversé, en nouvelle lecture, les dispositions relatives aux missions et aux transmissions qui incombent à la Haute Autorité vis-à-vis des autorités constitutionnelles, ce qui au demeurant avait fait l'objet d'un rapprochement entre les deux chambres au cours de la première lecture.

F. LES DISPOSITIONS RELATIVES AU FINANCEMENT DE LA VIE POLITIQUE

En nouvelle lecture, l'Assemblée nationale a conservé l'essentiel des dispositions ajoutées au fil de la première lecture lors de l'examen du projet de loi, comme au Sénat principalement à l'initiative de nos collègues Gaëtan Gorce et Jean-Yves Leconte (articles 11 bis A à 11 quater du projet de loi).

En nouvelle lecture, l'Assemblée nationale s'est ainsi bornée à supprimer, en raison des difficultés pratiques de mises en oeuvre qu'elles suscitaient, l'interdiction faite à une personne physique étrangère de verser un don ou une cotisation à un parti politique français ainsi que l'obligation pour les partis politiques d'établir une convention annexée aux comptes déposés à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques en cas de transfert financier au bénéfice d'une personne morale qui n'est pas un parti politique.

G. LES AUTRES DISPOSITIONS

Concernant la « protection des lanceurs d'alerte » en matière de conflits d'intérêts (article 17 du projet de loi), l'Assemblée nationale a rétabli sans modification son texte initial, supprimé par le Sénat, alors que votre commission avait souhaité renvoyer au dispositif prévu par le projet de loi relatif à la lutte contre la fraude fiscale, concernant les infractions pénales.

Ensuite, l'Assemblée nationale a supprimé l'article, introduit à l'initiative de notre collègue Alain Anziani, prévoyant la remise d'un rapport au Parlement sur les perspectives de rapprochement de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques et de la future Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (article 22 bis A du projet de loi).

Enfin, l'Assemblée nationale a conservé la disposition conduisant à rendre public, chaque année, l'usage de la « réserve parlementaire », en prévoyant toutefois que cette information figure, non pas en annexe au projet de loi de finances de l'année, mais en annexe du projet de loi de règlement. Jugeant cette modification pertinente, votre commission se félicite du maintien de cette disposition que le Sénat avait adopté, en première lecture, à l'unanimité.

II. LA POSITION DE VOTRE COMMISSION POUR LA NOUVELLE LECTURE

En vue de l'établissement de son texte sur le projet de loi organique et sur le projet de loi ordinaire en nouvelle lecture, votre commission a été saisie respectivement de dix et neuf amendements, reprenant des amendements déjà examinés lors de la première lecture.

Afin de rappeler la position formulée par votre commission en première lecture, votre rapporteur a souhaité présenter des amendements rétablissant la publication des déclarations de situation patrimoniale des parlementaires et des élus locaux par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et au Journal officiel, rétablissant également la peine de 7 500 euros d'amende en cas de publication d'informations mensongères ou délibérément inexactes relatives à ces déclarations. Votre commission a rejeté ces amendements.

Votre commission n'a pas adopté le projet de loi organique et le projet de loi ordinaire relatifs à la transparence de la vie publique ainsi modifiés.

En conséquence, en application du premier alinéa de l'article 42 de la Constitution, la discussion portera, en séance publique, sur le texte des projets de loi adoptés par l'Assemblée nationale en nouvelle lecture.

EXAMEN EN COMMISSION

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - C'était logique, la commission mixte paritaire n'a pas pu aboutir : un point essentiel, la publication du patrimoine, sépare les positions du Sénat et de l'Assemblée nationale. Je vous présenterai deux amendements pour réaffirmer la nôtre. Le dispositif adopté par l'Assemblée nationale présente en effet un défaut : ce qui est universellement consultable est inéluctablement publié, surtout à l'heure d'internet. Avec d'autres, j'ai pensé qu'il était plus clair de revenir au texte du Gouvernement, soit la publication au Journal officiel. La majorité du Sénat, s'il y en a une, pourrait ainsi avoir une position claire.

Je ne propose aucun amendement sur les autres sujets, sur lesquels l'Assemblée nationale a conservé un certain nombre des propositions du Sénat qui, comme l'avait souhaité Jean-Pierre Bel, aura marqué ce texte. Elle a ainsi conservé la dénomination de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique et de nombreuses améliorations rédactionnelles. Elle a conservé l'interdiction de percevoir d'autres rémunérations pour les parlementaires en mission et l'interdiction de percevoir toute rémunération pour un parlementaire nommé dans un organisme extraparlementaire. Elle a conservé l'exception des travaux scientifiques, littéraires ou artistiques aux incompatibilités imposées aux membres du Conseil constitutionnel, tout comme la publication de la « réserve parlementaire » en la faisant figurer comme une annexe à la loi de règlement. Dans la définition du conflit d'intérêts, elle a repris le remplacement de l'impartialité par l'intégrité - j'y ai été très sensible. Si elle a repris la « théorie des apparences », elle a retenu la suppression du déport obligatoire des ministres. Le texte du Sénat sur la compétence des bureaux des assemblées en matière de déontologie est maintenu conforme, madame Tasca. Elle a confirmé pour les membres du Gouvernement la suppression du délit spécifique d'attestation sur l'honneur mensongère.

Les obligations de déclaration des élus locaux sont étendues aux vice-présidents des EPCI à fiscalité propre de plus de 100 000 habitants, ce qui reprend un amendement adopté par le Sénat à l'initiative du groupe centriste ; l'Assemblée a opéré pour la consultation en préfecture des déclarations des élus locaux des modifications similaires à celles retenues pour les parlementaires.

La plupart des dispositions additionnelles du Sénat aux dispositions relatives au financement de la vie politique ou au fonctionnement de la Haute autorité sont retenues. Si les députés ont repris leur texte sur la protection des lanceurs d'alerte, le quantum des peines pour le délit de pantouflage est tel que nous l'avions voulu.

Enfin, le calendrier de dépôt des nouvelles déclarations de patrimoine garantit qu'elles ne seront mises à disposition qu'après les élections municipales.

M. Pierre-Yves Collombat. - Bref, des ajouts du Sénat, l'Assemblée nationale n'a retenu que les mesures coercitives. Nos amendements notamment sur la prise illégale d'intérêt ont été abandonnés. Pas plus que les précédentes, nous ne voterons cette nouvelle version vis-à-vis de l'opinion. Pourquoi ne pas le supprimer ? Cela éviterait toutes les dérives...

M. Jean-Jacques Hyest. - Le texte de l'Assemblée nationale comporte toujours l'intervention de la Haute autorité sur les déclarations d'intérêts des parlementaires. Or c'est le Bureau de chacune des assemblées qui est censé les contrôler. Quel hiatus ! Tout cela est très mal fait. La Haute autorité peut être compétente sur des déclarations de patrimoine qui ne comportent que des données objectives ; mais qu'elle interprète des déclarations d'intérêt posera un sérieux problème de séparation des pouvoirs.

M. Patrice Gélard. - C'est totalement inconstitutionnel !

M. Jean-Jacques Hyest. - Je lui dénie tout droit de le faire.

M. Jean-Pierre Michel, président. - Le Conseil constitutionnel pourra l'apprécier.

M. Jacques Mézard. - En dépit de ce qui vient de nous être expliqué, l'Assemblée nationale a repris fondamentalement sa position initiale et n'a retenu que l'écume des propositions du Sénat. J'ai lu avec plaisir l'interview du président du Sénat qui déclare qu'il faudrait réduire le nombre de sénateurs et que le fonctionnement de notre assemblée change : on voit bien les pistes qui se dessinent...

Ce texte comme celui sur le procureur financier adresseraient un signal fort aux citoyens. Pour nous, le rôle du législateur est de faire la loi avec un maximum de réflexion et de temps. Monsieur le président, vous ne m'avez pas répondu sur le texte sur le non-cumul. Comment des auditions auront lieu au mois d'août ? Sur ce texte, comme sur ceux dont nous venons de parler, vous ne voulez pas d'un débat démocratique.

M. Christian Favier. - Nous avons approuvé ce texte ; nous savons les circonstances de son élaboration et constatons qu'il répondait à une aspiration forte de la population à plus de transparence. Nous le voterons en espérant que la formulation retenue pour les mises à jour en cas de modification substantielle ne posera pas de difficulté.

M. Philippe Bas. - Détail cocasse sinon choquant, en matière d'incompatibilité professionnelle, la règle reste la liberté pour les activités antérieures à l'élection, et l'interdiction est exceptionnelle. Nous nous retrouverons dans une situation surprenante si la loi sur le non-cumul des mandats est adoptée : un parlementaire pourra poursuivre des activités privées à but lucratif, mais pas des activités publiques d'intérêt général. On ne devrait pas légiférer à plein temps ; par conséquent, nos collègues devront abandonner leurs mandats locaux mais pourront garder une activité privée. C'est un paradoxe auquel nos concitoyens ne manqueront pas d'être sensibles.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - L'Assemblée nationale a retenu des propositions du Sénat, monsieur Collombat ; elles proviennent en grande partie du rapport du groupe de travail sous la présidence de M. Hyest et auquel vous aviez participé.

Monsieur Hyest, vous défendez avec fougue une position constante ; je lui en donne acte. Les déclarations d'intérêts font déjà l'objet d'une publication du fait des autorités du Sénat. Je comprends votre distinction entre déclaration de patrimoine et déclaration de conflits d'intérêts.

S'agissant du cumul des mandats et du recours à la procédure accélérée sur les textes relatifs à la limitation du cumul des mandats, chacun, en toute franchise, a déjà eu l'occasion de réfléchir beaucoup. Le rapporteur sur les textes relatifs à la limitation du cumul des mandats, fera, comme tous les rapporteurs, les auditions nécessaires, monsieur Mézard. Nous l'avons désigné ce matin pour qu'il ait le temps de procéder début septembre aux auditions ; vous y serez invités, comme tous les membres de la commission

Je remercie M. Favier, pour sa déclaration favorable. Enfin, je ne prétends pas, monsieur Bas, que le texte est parfait.

EXAMEN DES AMENDEMENTS AU PROJET DE LOI ORGANIQUE

Article 1er

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - L'amendement n° 9 tire les conséquences de l'analyse que je viens de faire en revenant à la rédaction initiale du projet de loi.

L'amendement n° 9 est rejeté.

L'amendement n° 10 est retiré.

Mme Hélène Lipietz. - Prendre en compte le patrimoine du conjoint et pas seulement celui du partenaire ou du concubin, tel est l'objet de l'amendement n° 5.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 5 est rejeté.

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement de cohérence n° 6 avait reçu un avis favorable en première lecture.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Il l'est toujours sous réserve de viser l'alinéa 23 et non le 13.

L'amendement n° 6 rectifié est adopté.

Mme Hélène Lipietz. - Je crains que la commission soit défavorable à l'amendement n° 1.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Si mon amendement n° 9 avait été adopté, je l'aurais dit satisfait ; comme il ne l'a pas été, le vôtre tombe.

L'amendement n° 1 tombe.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable à l'amendement n° 7.

L'amendement n° 7 est rejeté.

Article 2

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 2 rend le mandat parlementaire incompatible avec la possession de capital ou la direction d'une entreprise de presse. Cette dernière a un pouvoir qui devient aussi important que celui du législateur...

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 2 est rejeté.

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 3 limite les revenus qu'un parlementaire peut tirer d'une autre activité.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 3 est rejeté.

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 4 empêche le cumul avec la profession d'avocat ou de consultant.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 4 est rejeté.

Article 4 ter

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 8 prévoit la publication du nom des principaux gestionnaires des associations percevant des subventions au titre de la « réserve parlementaire ». On peut toujours craindre qu'il ne s'agisse que d'associations amies.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 8 est rejeté.

L'ensemble du projet de loi organique est rejeté.

EXAMEN DES AMENDEMENTS AU PROJET DE LOI ORDINAIRE

Article 3

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 4 devrait recevoir le même sort que son équivalent dans la loi organique.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 4 est rejeté.

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 5 est un amendement de cohérence.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis favorable, sous réserve de rectification : il s'agit de l'alinéa 19, et non de l'alinéa 9.

L'amendement n° 5 rectifié est adopté.

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 6 va dans le sens du vent : il écarte les enfants et les parents de la déclaration des activités professionnelles. Je me vois mal demander cela à mes enfants.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 6 est adopté.

Article 10

Mme Hélène Lipietz. - Nous sommes confrontés à un problème de cohérence.

M. François-Noël Buffet. - Ce n'est pas le seul.

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 7 supprime la précision métropole « de Lyon », sachant qu'il existe une autre métropole à Nice.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 7 est rejeté.

Article 11

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Les amendements nos 8 et 9 sont les équivalents pour la loi ordinaire de mes amendements présentés tout à l'heure.

L'amendement n° 8 est rejeté.

L'amendement n° 9 tombe, de même que l'amendement n° 1.

Article 12

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 2 rendrait la Haute autorité un peu plus démocratique. Les Grecs tiraient au sort leurs élus, pourquoi ne pas faire de même avec les membres de la Haute autorité ?

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 2 est rejeté.

Article 13

Mme Hélène Lipietz. - L'amendement n° 3 charge la Haute autorité de contrôler l'activité des lobbies au sein des assemblées.

M. Jean-Pierre Sueur, rapporteur. - Avis défavorable.

L'amendement n° 3 est rejeté.

L'ensemble du projet de loi est rejeté.

Le sort des amendements examinés en commission est retracé dans les tableaux suivants :

PROJET DE LOI ORGANIQUE

Auteur

Objet

Sort de l'amendement

Article 1er
Déclaration de situation patrimoniale et déclaration d'intérêts et d'activités des parlementaires

M. SUEUR, rapporteur

9

Publicité des déclarations de situation patrimoniale

Rejeté

M. SUEUR, rapporteur

10

Sanction pénale en cas de publication d'informations mensongères ou inexactes

Retiré

Mme LIPIETZ

5

Extension de la déclaration de situation patrimoniale aux biens propres du conjoint

Rejeté

Mme LIPIETZ

6

Précision sur la nature de la propriété des biens déclarés

Adopté avec modification

Mme LIPIETZ

1

Publicité des déclarations de situation patrimoniale

Rejeté

Mme LIPIETZ

7

Consultation des déclarations de situation patrimoniale des députés élus par les Français établis hors de France

Rejeté

Article 2
Incompatibilités parlementaires

Mme LIPIETZ

2

Incompatibilité entre le mandat parlementaire
et la direction d'une entreprise de presse

Rejeté

Mme LIPIETZ

3

Limitation des revenus et indemnités professionnelles des parlementaires

Rejeté

Mme LIPIETZ

4

Incompatibilité entre le mandat parlementaire
et la profession d'avocat ou de consultant

Rejeté

Article 4 ter
Publication d'informations relatives aux subventions versées sur proposition des membres du Parlement

Mme LIPIETZ

8

Précision sur les informations publiées relatives à l'usage de la « réserve parlementaire »

Rejeté

PROJET DE LOI

Auteur

Objet

Sort de l'amendement

Article 3
Déclarations de situation patrimoniale et déclarations d'intérêts des membres du Gouvernement

Mme LIPIETZ

4

Extension de la déclaration de situation patrimoniale aux biens propres du conjoint

Rejeté

Mme LIPIETZ

5

Précision sur la nature de la propriété des biens déclarés

Adopté avec modification

Mme LIPIETZ

6

Suppression de la mention des activités professionnelles des enfants et des parents dans la déclaration d'intérêts

Adopté

Article 10
Périmètre des autres responsables publics soumis à l'obligation d'établir
une déclaration de situation patrimoniale et une déclaration d'intérêts

Mme LIPIETZ

7

Extension des obligations déclaratives
à certains élus des métropoles

Rejeté

Article 11
Publicité des déclarations de situation patrimoniale et des déclarations d'intérêts des autres responsables publics

M. SUEUR, rapporteur

8

Publicité des déclarations de situation patrimoniale

Rejeté

M. SUEUR, rapporteur

9

Sanction pénale en cas de publication d'informations mensongères ou inexactes

Rejeté

Mme LIPIETZ

1

Publicité des déclarations de situation patrimoniale

Rejeté

Article 12
Composition et organisation de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique

Mme LIPIETZ

2

Désignation par tirage au sort des membres
de la Haute Autorité

Rejeté

Article 13
Missions et saisine de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique

Mme LIPIETZ

3

Terme d'un registre des représentants d'intérêts

Rejeté


* 1 L'Assemblée nationale a toutefois prévu d'en faire une annexe au projet de loi de règlement plutôt qu'au projet de loi de finances initiale, comme cela avait d'ailleurs été envisagé au Sénat.