Allez au contenu, Allez à la navigation

Projet de loi autorisant la ratification du protocole au traité de l'Atlantique Nord sur l'accession du Monténégro

18 janvier 2017 : Accession du Monténégro à l'OTAN ( rapport - première lecture )

II. UNE ADHÉSION NÉANMOINS DISCUTÉE ET QUI S'INSCRIT DANS UN CONTEXTE DE NECESSAIRE MAITRISE DE LA DYNAMIQUE D'ÉLARGISSEMENT DE L'OTAN

A. UNE ACCESSION DISCUTÉE

1. Le débat interne au Monténégro

Pour une partie de l'opinion publique monténégrine, essentiellement la minorité serbe, marquée par les bombardements de l'OTAN contre la Serbie, qui ont aussi concerné, de manière limitée, le Monténégro, l'entrée de celui-ci dans l'Alliance atlantique ne va pas de soi1(*).

La question, sans doute instrumentalisée par l'opposition proserbe, a été ainsi l'un des mots d'ordre des manifestations organisées contre le pouvoir en place à l'automne 2015, qui s'étaient accompagnées d'une tentative de déstabilisation du Parlement. Elle a également occupé une large place dans les débats qui ont précédé les élections législatives du 16 octobre 2016, lesquelles ont paru à certains commentateurs être une sorte de référendum sur le sujet.

Certes, ces élections législatives, qui se sont déroulées dans le calme, ont donné aux formations favorables à l'accession à l'OTAN une majorité au Parlement . En poursuivant cette logique, on peut considérer que plus de 60 % de la population s'est déclarée favorable à l'adhésion.

Cette échéance électorale n'en a pas moins donné lieu à une nouvelle tentative de déstabilisation du pouvoir, dans laquelle ont été pointés du doigt des ressortissants russes et serbes.

Dans le même temps, il a été reproché à l'exécutif d'avoir mis à profit cette affaire, qui reste obscure, en exagérant la menace qu'elle aurait représentée afin de mobiliser l'opinion.

Le gouvernement monténégrin s'est efforcé de gérer cette affaire avec mesure, soucieux de maintenir des relations équilibrées avec la Russie qui a, par ailleurs, démenti toute implication.

2. La position de la Russie

Alors même qu'elle avait déclaré, par la voix de son ambassadeur au Monténégro en mai 2015, qu'elle n'interférerait pas avec la volonté de ce pays de rejoindre l'OTAN, la Russie s'est ouvertement opposée à l'accession de celui-ci à l'OTAN à partir du moment où cette éventualité est devenue plus concrète, c'est-à-dire à compter de décembre 2015.

Ce positionnement tient sans doute pour partie aux intérêts économiques que la Russie compte traditionnellement dans ce pays (en particulier dans les équipements hôteliers de la côte adriatique, mais aussi à travers des entreprises comme le fabricant d'aluminium KAP), même si ceux-ci ont eu tendance à se réduire ces dernières années, en particulier depuis que le Monténégro a, en 2014, à la suite des Etats-Unis et de l'UE, adopté des sanctions contre la Russie du fait de la crise ukrainienne.

Sans doute jouent aussi les liens culturels que la Russie cherche à maintenir avec ce pays à forte composante slave, même si le Monténégro n'a jamais eu pour elle la même importance que la Serbie. Cet attachement a pu se réactiver à la faveur du récent retour en force de l'influence de l'église orthodoxe en Russie. Il se manifeste également à travers le soutien apporté aux Serbes de Bosnie, dont la Russie appuie la stratégie d'opposition au gouvernement central.

Mais c'est sûrement plus encore la perspective d'un nouvel élargissement de l'OTAN, dans un contexte de tensions exacerbées avec cette organisation militaire, qui explique la réaction russe. S'agissant d'un petit pays de 620 000 habitants, celle-ci relève cependant plus d'une position de principe qu'elle ne traduit un réel enjeu stratégique.

Il n'en demeure pas moins que la Russie considère l'expansion de l'OTAN, qu'elle perçoit comme principalement dirigée contre elle, comme une menace directe pour sa sécurité. Selon la dernière version de la Doctrine militaire russe publiée en décembre 2014, il s'agit même du premier danger militaire auquel la Russie est susceptible de faire face.

Pour Moscou, l'OTAN aurait dû être dissoute à la fin de la guerre froide, à l'instar du Pacte de Varsovie. Or, non seulement cela n'a pas été le cas, mais, au contraire, l'OTAN n'a fait que renforcer et étendre son emprise à son sens à ses dépens, en accueillant en son sein, au mépris de promesses qui, selon la Russie, auraient été faites à la fin de la guerre froide, nombre d'Etats issus du bloc soviétique qu'elle aurait souhaité garder dans sa « zone d'influence ».

Ces griefs à l'encontre de l'OTAN, également nourris par la perspective2(*) de l'installation d'un système de défense antimissile américain en Europe, se sont aggravés depuis la crise ukrainienne.

Manifestant la volonté de la Russie d'empêcher le rapprochement avec les organisations occidentale (UE et OTAN) d'un pays qu'elle considère traditionnellement comme un partenaire stratégique, cette crise a entraîné une dégradation du contexte sécuritaire en Europe, combinant une augmentation de la fréquence et de l'ampleur des démonstrations de force de la part de la Russie (incursions aériennes et maritimes dans les espaces relevant de la souveraineté d'Etats de l'Alliance, exercices militaires impliquant un très grand nombre de d'hommes et de moyens à proximité des frontières occidentales, déploiement de missiles de capacité nucléaire à Kaliningrad et en Crimée...) et un investissement massif du champ de la guerre informationnelle dans l'objectif de déstabiliser les pays occidentaux. Cette montée des tensions a engendré corrélativement, une réponse proportionnée de l'Alliance atlantique avec les décisions prises lors des sommets de Newport (septembre 2014) et de Varsovie (juillet 2016), qui prévoient un renforcement des capacités militaires déployées sur le flanc est, afin de rassurer les alliés orientaux.

Enfin, ce positionnement russe doit, plus largement, être relié à une volonté de la Russie de défendre son influence et ses intérêts économiques (notamment énergétiques, cette région étant empruntée par ses gazoducs à destination de l'Europe) dans les Balkans occidentaux, traditionnellement soumis aux influences croisées de l'Union européenne, des Etats-Unis, de la Russie, mais aussi d'autres acteurs comme la Turquie et la Chine.


* 1 Barbouzeries à Podgdorica, Benoît Vitkine, Le Monde, 24, 25 et 26 décembre 2016.

* 2 De plus en plus rapprochée depuis l'inauguration par les Etats-Unis en mai 2016 du site de défense antimissiles de Deveselu en Roumanie.