D. LA RÉUNION : UNE CONJONCTURE ÉCONOMIQUE GLOBALEMENT SATISFAISANTE MALGRÉ DES DIFFICULTÉS STRUCTURELLES PERSISTANTES

Dans la continuité de 1995, l'année 1996 a été marquée à la Réunion par une bonne tenue de la demande intérieure, alimentée par l'amélioration du pouvoir d'achat des ménages et par un recours soutenu au crédit à la consommation. Cette conjoncture, dont les effets ont été les plus sensibles au cours des neuf premiers mois, a surtout bénéficié au commerce. Pour le reste, les évolutions sectorielles sont restées plus incertaines.

1. L'évolution des secteurs d'activité s'inscrit dans la continuité et les difficultés structurelles de certains perdurent

La campagne sucrière 1996-1997, dont l'un des faits majeurs a été l'application d'une nouvelle convention quinquennale Etat-planteurs-usiniers, s'est achevée sur un bilan plutôt favorable. Si la production de cannes a légèrement diminué, en liaison avec les mauvais résultats observés sur les bassins de l'Est, le recul global du tonnage a été plus que compensé par l'amélioration de la richesse en sucre. Dans ce contexte, la production sucrière se situe à un niveau correspondant à celui de la moyenne décennale. Enfin, la campagne rhumière, dont les modalités de contingentement ouvrant droit à un régime fiscal privilégié ont été profondément modifiées en 1995, a été caractérisée en 1996 par une reprise des exportations et une importante diminution des ventes sur le marché local.

La filière fruits et légumes, qui constitue la première spéculation agricole de l'île avant la canne à sucre avec près de 40 % de la valeur de la production agricole finale, poursuit son développement. La production légumière couvre aujourd'hui la quasi-totalité des besoins de la population réunionnaise, tandis que les importations continuent de satisfaire le quart de la consommation fruitière annuelle.

La situation des spéculations agricoles d'exportation traditionnelles s'avère, en revanche, préoccupante. Si la production de vanille, après avoir atteint son plus bas niveau historique en 1995, se redresse quelque peu, notamment grâce aux efforts de réorganisation de la filière entrepris par les professionnels, les résultats de la production de géranium et de vétiver sont, en revanche, de nouveau médiocres, tendant à marginaliser l'activité de fabrication d'huiles essentielles réunionnaises.

S'agissant de l'exploitation des produits de la mer, les prises de la petite pêche et de la pêche au large ont progressé alors que la grande pêche industrielle, dont les produits (poissons et crustacés) sont majoritairement destinés à l'exportation, affiche des résultats en baisse. Ceci à la suite notamment d'une certaine surexploitation des ressources halieutiques des terres australes françaises par des navires étrangers, qui interviennent dans la zone économique exclusive en toute illégalité.

Sur le plan industriel, les résultats sont également contrastés. L'investissement des entreprises s'est inscrit en légère hausse, mais cette tendance positive globale masque des situations non homogènes selon les branches.

Même si les entreprises du bâtiment et des travaux publics ont bénéficié d'un courant d'affaires en hausse dans le domaine des constructions publiques et d'une stabilité de la commande à un niveau élevé pour les travaux routiers, l'activité globale du secteur a été marquée par d'importantes difficultés en 1996. Les défaillances se sont accélérées et les effectifs du secteur se sont de nouveau contractés.

Enfin, après l'amélioration sensible observée en 1995, le secteur touristique présence en 1996 des résultats également très encourageants. L'affluence touristique a nettement progressé, tandis que le taux moyen d'occupation des hôtels s'est amélioré.

Avec plus de 1,2 million de passagers transportés en 1996, le record de 1995 est battu. Sur l'axe Nord-Sud en particulier, le nombre de voyageurs hors transit a augmenté de plus de 15 %. Dans ce contexte, la fréquentation hôtelière s'est améliorée, comme l'atteste la progression de près de 12 % du nombre de clients enregistrés par les établissements de l'île. Face à ces résultats encourageants, les investissements en matière d'équipement hôtelier et touristique se poursuivent.

2. Mais une situation de l'emploi préoccupante qui s'est dégradée en 1996

Dans un contexte pourtant caractérisé par une croissance sensible des offres d'emploi, la situation du marché du travail ne s'est pas améliorée. Avec plus de 94.000 personnes inscrites en décembre 1996, le nombre de chômeurs enregistrés en fin d'année a augmenté de 8 % en glissement annuel. L'indicateur de chômage publié par le ministère du Travail est passé de 37,3 % en 1995 à 40,2 % en 1996 , ce qui constitue le niveau le plus élevé de tous les départements français. En outre, le chômage des jeunes de moins de 25 ans a de nouveau progressé, après trois années consécutives de baisse. La stabilisation du nombre de bénéficiaires du revenu minimum d'insertion à un niveau élevé illustre, par ailleurs, la permanence du déséquilibre entre l'offre et la demande d'emploi. Cette prestation sociale concerne de façon directe ou indirecte un peu plus de 18 % de la population du département.

Le chômage de longue durée s'accroît puisqu'il touche désormais 37.864 personnes (+ 1,9 %) dont 8.709 inscrites depuis plus de trois ans. Il voit toutefois sa part dans le total passer de 42,7 % à fin décembre 1995 à 40,3 % à fin décembre 1996.

Les femmes représentent 46,6 % des demandes d'emploi en 1996 contre 47,3 % un an plus tôt et plus de 60 % des demandeurs d'emplois n'ont aucun diplôme.

En juin 1997, le nombre de demandeurs d'emploi s'est élevé à 95.356, soit une progression de 6 % par rapport à juin 1996.

3. Une nouvelle détérioration de la balance commerciale

BALANCE COMMERCIALE

(millions de francs)

1992

1993

1994

1995 (1)

1996

Importations

12 650

11 855

13 077

13 561

14 214

Exportations

1 108

996

955

1 038

1 071

Balance commerciale

- 11 .542

- 10 859

- 12 122

- 12 523

- 13 143

Taux de couverture (importations/exportations)

8,8 %

8,4 %

7,3 %

7,7 %

7,5 %

Source : Direction régionale des douanes

(1) Chiffres rectifiés


Le déficit de la balance commerciale s'est détérioré, entraînant une légère baisse du taux de couverture (- 0,2 point).

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