II. EXAMEN DE L'AVIS

Réunie le jeudi 20 novembre 1997, sous la présidence de M. Jean-Pierre Fourcade, président, la commission a examiné les rapports pour avis de MM. Louis Souvet et Jean Madelain sur le projet de loi de finances pour 1998 (emploi et solidarité : travail et emploi, formation professionnelle) .

Après avoir rappelé que le budget de l'emploi pour 1998 était caractérisé par deux grandes orientations, les emplois-jeunes et l'abaissement de la durée du travail à 35 heures, M. Louis Souvet, rapporteur pour avis (travail et emploi), a précisé le contexte dans lequel s'inscrivait ce budget.

Il a indiqué que le taux de chômage se situait à 12,5 % de la population active, que le nombre de chômeurs de longue durée atteignait 36,4 % du total des demandeurs d'emplois et que le taux de chômage des jeunes actifs était de 24,7 %. Il a précisé que le nombre des demandeurs d'emploi était de 3.115.400 en septembre 1997, et de 3.487.800 si l'on incluait les personnes ayant travaillé plus de 78 heures dans le mois.

Il a ajouté que cette dégradation de l'emploi avait entraîné un déficit du régime de l'assurance chômage évalué à 1,4 milliard de francs pour 1997 et 1,8 milliard de francs pour 1998 ; il en a alors détaillé les principales causes : la faible progression de la masse salariale, le succès coûteux de l'allocation de financement pour l'emploi (ARPE), l'allocation pour chômeur âgé et le désengagement de l'Etat de l'allocation de formation reclassement (AFR).

Il a cependant observé que l'emploi salarié avait augmenté de 98.900 en un an (+ 0,7 %) pour s'établir désormais à 13.296.200.

Mais il a relevé que le secteur tertiaire, seul créateur d'emploi, ne pouvait compenser les secteurs perdant des emplois, l'industrie et la construction, d'autant que la population active s'accroissait naturellement de 150.000 personnes par an. Il a ajouté que l'augmentation du chômage pouvait aussi s'expliquer par une diminution du nombre des entrées dans les dispositifs " emploi " et par l'arrivée sur le marché du travail de personnes désireuses de profiter d'une certaine amélioration de la conjoncture.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis , a alors souligné les principaux signes de reprise de l'activité économique et d'amélioration de la situation de marché de travail, et a rappelé les prévisions plutôt optimistes du Gouvernement et des principaux organismes de conjoncture.

Puis, après avoir observé que les dispositifs spécifiques de l'emploi avaient un impact réduit sur la création d'emplois, il a considéré que les améliorations du marché du travail reposaient en grande partie sur l'allégement des charges sociales sur les bas salaires et sur le développement du travail à temps partiel qui concernait désormais 16,6 % des actifs. Il en a conclu que les orientations retenues par le Gouvernement, les 35 heures et les emplois-jeunes, financés par des redéploiements portant sur les allégements de charges sociales, risquaient de remettre en cause ces améliorations encore très fragiles.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis , a alors présenté les grandes lignes du budget de l'emploi, 155,8 milliards de francs, en progression de 3,6 %, répartis en 112,6 milliards de francs sur le budget emploi et 43,23 milliards de francs sur les charges communes. Il a cependant précisé que 8,25 milliards de francs étaient affectés aux emplois-jeunes et 3 milliards de francs aux 35 heures.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis , a alors présenté le projet gouvernemental de réduction à 35 heures de la durée du travail.

Il a souligné que, contrairement à la loi de " Robien " qui reposait sur un mécanisme conventionnel, le projet du Gouvernement visait à abaisser autoritairement la durée du travail au 1er janvier 2000. Après avoir résumé le dispositif d'exonération de charges sociales destiné à inciter, dès maintenant, les entreprises à passer aux 35 heures, le rapporteur pour avis s'est inquiété des conséquences négatives de ce projet ; il a notamment cité l'augmentation du coût horaire du travail, l'alourdissement des charges ou la remise en cause du chômage partiel, qui mettront les entreprises en difficulté et les obligeront à licencier.

Il a, en outre, considéré que ces perspectives créaient déjà un climat d'incertitude et d'inquiétude chez les chefs d'entreprise, qui les conduisait à retarder leurs embauches et leurs investissements. Il a précisé que le Gouvernement attendait de ce dispositif 42.000 emplois en 1998.

Puis, M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, a abordé les incidences budgétaires et économiques de la création des emplois-jeunes. Il a rappelé que cette mesure d'insertion avait été dès l'origine détournée de son objectif, puisqu'il était très vite apparu qu'elle servirait à financer des emplois de fonctionnaires, notamment dans l'éducation nationale.

Il a indiqué que, sur 150.000 emplois prévus à la fin de 1998, 48.250, intégrés aux ministères de l'éducation nationale et de l'intérieur, étaient des emplois de fonctionnaires rémunérés, pour 80 %, sur les 8 milliards de francs inscrits au budget de l'emploi, et pour le reste, sur les crédits des heures supplémentaires des enseignants et sur 117 millions inscrits au titre III du budget du ministère de l'intérieur.

Il a alors constaté que les inquiétudes exprimées par la commission des affaires sociales et par le Sénat trouvaient ici leur pleine justification, car ces créations d'emploi entraîneraient un accroissement des prélèvements obligatoires qui pèserait sur la croissance et l'emploi, puisqu'ils n'avaient pas vocation à être pérennisés dans le secteur privé.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, a alors détaillé les redéploiements auxquels le Gouvernement avait procédé pour financer les 35 heures et les emplois-jeunes. Il s'est déclaré favorable au principe des redéploiements, mais a considéré que certains lui paraissaient particulièrement contestables. Il a notamment cité la réduction de l'allégement de charges sociales sur les bas salaires et celle des crédits consacrés aux formations en alternance.

Abordant la première, il a indiqué que l'article 65 du projet de loi de finances, tout en pérennisant la ristourne dégressive, abaissait son seuil de 1,33 à 1,30 salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) ; il a alors déploré que cette économie de 2,5 milliards de francs soit mise à la charge des charges des entreprises.

Puis, après avoir énuméré d'autres redéploiements, concernant par exemple les zones prioritaires, à ses yeux justifiés, M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, a présenté les projets du Gouvernement visant à réformer les incitations au temps partiel. Il a indiqué que la ristourne dégressive appliquée depuis deux ans indépendamment du nombre d'heures travaillées serait désormais proratisée. Précisant que le Gouvernement en attendait 4 milliards de francs d'économie, il s'est de nouveau inquiété du surcroît de charges que cela entraînait pour les entreprises.

Il a alors souligné que ces deux mesures, dont le total s'élevait à 6,5 milliards de francs, allaient, pour 4 milliards de francs, servir à financer les nouveaux emplois de fonctionnaires dans l'éducation nationale et au ministère de l'intérieur et avaient permis au Gouvernement d'inscrire au chapitre des exonérations de charges sociales 41,7 milliards de francs au lieu de 47 milliards de francs qui auraient été nécessaires à législation inchangée.

Puis, le rapporteur pour avis a présenté rapidement le nouveau dispositif d'exonération de charges sociales pour les petites entreprises du secteur textile évalué à 500 millions de francs et financé sur les crédits de formation en alternance dans des conditions plus claires. Il a aussi rappelé l'institution d'un crédit d'impôt pour création d'emploi, qui pourra être imputé sur la contribution exceptionnelle de 10 % sur les bénéfices des sociétés votée l'été dernier, ainsi que le transfert massif des cotisations maladie sur la contribution sociale généralisée (CSG), qui risque de pénaliser l'épargne et donc l'investissement.

Le rapporteur pour avis a encore présenté deux autres mesures susceptibles d'avoir des conséquences négatives en termes d'emplois : l'abaissement de la réduction d'impôt au titre des emplois familiaux et la suppression de l'exonération de charges sociales en faveur des travailleurs indépendants créant ou reprenant une entreprise. Il a notamment rappelé que la baisse de 50 % de leur coût avait entraîné une augmentation des emplois familiaux de 65 %. La réduction de l'aide fiscale aurait donc un effet inverse.

Puis, M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, a présenté les autres grands dispositifs de la politique de l'emploi. Il a indiqué que les crédits consacrés aux contrats initiative emploi baissaient de 4,8 milliards de francs et que les emplois-ville étaient supprimés.

Il a également précisé que les contrats emplois-solidarité restaient au niveau de 1997 avec 500.000 entrées nouvelles, alors que les emplois consolidés augmentaient de 10.000 avec 30.000 entrées nouvelles.

Le rapporteur pour avis a alors observé que le Gouvernement privilégiait une fois encore le secteur non marchand au détriment du secteur marchand, et que, si les effets négatifs des 35 heures et des emplois-jeunes se manifestaient très rapidement, le Gouvernement ne disposerait pas des moyens de combattre l'augmentation du chômage.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, a ensuite indiqué que la participation de l'Etat aux retraits d'activité et aux revenus de remplacement diminuait de 5,6 %, passant de 22,6 milliards de francs à 21,4 milliards de francs, l'économie provenant essentiellement des préretraites. Sans vouloir critiquer cette orientation qui visait à corriger certains excès, le rapporteur pour avis a cependant noté qu'elle intervenait au moment où l'allocation de remplacement pour l'emploi, financée par l'UNEDIC, se trouvait en situation difficile puisque l'assurance chômage redevenait déficitaire et que les négociations sur la reconduction du dispositif étaient bloquées. Aussi, à défaut de pouvoir faire appel aux préretraites, les entreprises pourraient recourir à des licenciements " secs ".

Le rapporteur pour avis a ensuite indiqué que la plupart des autres actions s'inscrivaient dans la continuité, avec quelques augmentations de crédits substantielles, notamment pour l'allocation de solidarité spécifique ou le dispositif de réduction négociée du temps de travail de la loi " de Robien ". Il a également dressé un rapide bilan, qu'il a jugé positif, de la mise en oeuvre du contrat de progrès et de l'activité de l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE).

En conclusion, M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, considérant que les 35 heures et les emplois-jeunes auraient des conséquences négatives sur l'économie et l'emploi et que leur financement conduisait à réduire les crédits d'actions jugées prioritaires, a proposé à la commission de donner un avis défavorable à l'adoption des crédits destinés à l'emploi et au travail dans le projet de loi de finances pour 1998.

M. Jean Madelain, rapporteur pour avis (formation professionnelle) , a tout d'abord indiqué que ce budget se présentait comme un budget de continuité, très proche de celui voté l'année dernière, et encourait, dans ses grandes lignes, les mêmes approbations et les mêmes critiques. Il a cependant nuancé son propos en soulignant que certains infléchissements, s'ils s'avéraient annonciateurs de réformes plus en profondeur, seraient particulièrement inquiétants.

Il a indiqué que les crédits consacrés à la formation professionnelle s'élevaient à 25,4 milliards de francs pour les actions directes et à 34 milliards de francs si l'on y ajoutait l'Association nationale pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) et la formation des demandeurs d'emploi.

Le rapporteur pour avis a alors examiné les moyens consacrés à l'insertion professionnelle des jeunes. Il a constaté que leur progression, de 42,8 % (25,2 milliards de francs), provenait essentiellement des 8 milliards de francs consacrés aux emplois-jeunes. Il a souligné que, hors emplois-jeunes, ces crédits s'élevaient à 17,16 milliards de francs, en diminution de 4,1 %. Il a ainsi observé un effet de vase communiquant entre les emplois-jeunes, sur lesquels il était réservé, et les dispositifs de formation, qu'il jugeait prioritaires.

Il a indiqué que cette baisse concernait d'abord les exonérations de charges sociales et les contrats de qualification dont le nombre était ramené de 130.000 à 100.000 (2.155 millions de francs), et reflétait une réduction de 7,5 % des crédits destinés aux indemnités forfaitaires versées aux entreprises qui embauchent des apprentis (4.274 millions de francs). Il a précisé que 400 millions de francs seraient prélevés sur les fonds de l'Association de gestion du fonds des formations en alternance (AGEFAL) pour compenser cette diminution.

Le rapporteur pour avis a ensuite observé que seuls les crédits consacrés à l'exonération de charges sociales en faveur des contrats d'apprentissage augmentaient (+ 16,3 %), passant à 4.945 millions de francs, afin de financer 240.000 contrats nouveaux, soit 20.000 de plus que l'année dernière.

Le rapporteur pour avis a toutefois observé que les crédits destinés aux versements des indemnités forfaitaires, qui auraient dû progresser dans les mêmes proportions, restaient, uniquement grâce au prélèvement sur l'AGEFAL, à leur niveau de l'année dernière.

M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, s'est alors inquiété de ce qui pourrait être interprété comme un premier pas vers un abandon d'une politique de fond au profit de mesures relevant du traitement social du chômage, ce que seraient les emplois-jeunes s'ils n'étaient pas accompagnés d'une véritable politique de formation et de consolidation d'activité.

Il a ensuite indiqué que tous les autres postes concernant la formation des jeunes augmentaient légèrement, de 1,38 %, lorsque ces crédits étaient décentralisés, ou un peu moins, par exemple de 1,1 % pour le réseau d'accueil des jeunes.

Il a aussi rappelé que ces crédits ne correspondaient qu'à une partie de l'effort national en faveur des jeunes puisque les régions et les entreprises intervenaient largement : en 1996, pour 740.000 jeunes, les régions avaient consacré près de 7,5 milliards de francs, l'Etat un peu plus de 10 milliards de francs et les entreprises, au titre de l'alternance, environ 8,16 milliards de francs.

M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, a ensuite présenté les actions de formation consacrées aux demandeurs d'emploi. Il a cité le programme chômeur de longue durée, qui augmentait de 14,9 %, passant de 3.478 milliards de francs à 3.996 milliards de francs afin, notamment, d'augmenter le nombre de stages d'insertion et de formation à l'emploi (SIFE) (30.000 SIFE supplémentaires sur un total de 160.000), ainsi que l'allocation de formation reclassement (AFR), qui augmentait de 10,1 %. Il a rappelé que la participation de l'Etat au versement de cette allocation avait été réduite de 51,8 % l'année dernière. Il a précisé que ce désengagement avait poussé l'Union nationale pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (UNEDIC) à réformer le versement de l'AFR, notamment en proratisant l'allocation à la durée de cotisation à l'assurance chômage. Cette réforme, appliquée à titre rétroactif, avait suscité de nombreuses protestations des allocataires auxquels on demandait le remboursement de trop perçus. Aussi, l'UNEDIC, dans l'attente d'une décision des partenaires sociaux, avait supprimé le caractère rétroactif et avait fixé un seuil en deçà duquel la proratisation ne jouait plus. Le rapporteur pour avis a toutefois indiqué que la hausse des crédits n'était pas la conséquence de ces difficultés, mais tenait essentiellement à l'augmentation du nombre des bénéficiaires en 1997.

Abordant le chapitre de la participation de l'Etat à la formation et à l'adaptation de la main d'oeuvre, le rapporteur pour avis a observé que ces crédits, en augmentation de 1 %, s'inscrivaient dans la continuité.

Puis, il a présenté les crédits consacrés à l'AFPA qui s'élevaient à 4.298 millions de francs, en augmentation de 1,5 %. Il s'est félicité de voir que le Gouvernement, en privilégiant les investissements, avait reconnu leur importance pour moderniser ou maintenir en état les outils pédagogiques et de formation. Il a précisé que les objectifs fixés dans le contrat de progrès avaient été atteints, ce qui témoignait de l'efficacité de la réforme entreprise depuis plusieurs années, l'AFPA constituant désormais un pôle de référence dans le domaine de la formation.

En conclusion de sa présentation du budget, M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, est revenu sur la baisse des crédits consacrés à la formation en alternance des jeunes, qui risquait d'introduire un grave dysfonctionnement de notre système d'insertion. Il a également rappelé la baisse du nombre de contrats de qualification et l'insuffisance des crédits nécessaires au financement des indemnités forfaitaires versées aux employeurs d'apprentis.

M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, a alors formulé plusieurs observations. Il a rappelé que l'AGEFAL allait subir un nouveau prélèvement de 400 millions de francs dans des conditions juridiques qui n'étaient pas encore clairement précisées et que ce prélèvement s'ajoutait à ceux de 1996 sur le Comité paritaire du congé individuel de formation (COPACIF) et de 1997 sur l'AGEFAL.

Il a observé que les excédents invoqués pour justifier ces prélèvements s'expliquaient en grande partie par l'application de règles comptables conduisant à un gonflement momentané de la trésorerie. Il a rappelé que les excédents des années précédentes avaient aussi pour origine la réforme de la collecte qui avait freiné considérablement la dépense, et la réduction de nombre des contrats de qualification.

Il a considéré que ces prélèvements périodiques sur les fonds de l'alternance n'étaient pas sains. Il a ajouté que la trésorerie de l'AGEFAL était maintenant inférieure aux prévisions de dépenses, du moins si la reprise récente des contrats de qualification se confirmait.

Il a alors rappelé que la baisse du nombre des contrats de qualification, sans doute victimes de la concurrence du contrat d'apprentissage, s'expliquait essentiellement par les incertitudes entourant le versement à l'employeur de la prime de 5.000 ou de 7.000 francs. Il a rappelé que cette prime, éteinte au 31 décembre 1996, n'avait été reconduite que le 26 mars 1997 et qu'aucune décision n'était prise pour 1998.

D'une façon générale, le rapporteur pour avis a observé que le système de formation en alternance restait plongé dans l'opacité la plus totale et que l'élan de réforme impulsé par la loi quinquennale marquait aujourd'hui le pas.

Il a en conséquence formulé plusieurs suggestions. Il a notamment souhaité qu'un bilan approfondi soit établi de la réforme de la collecte des fonds de l'alternance, des grandes orientations définies par les organismes collecteurs agréés (OPCA), des conditions d'utilisation des sommes réservées à l'échelon inter-régional et de la mise en oeuvre des formations inter-branches. Pour lui, ce bilan devait être autant qualitatif que quantitatif.

Il a proposé que soit repensé le congé individuel de formation, qui datait de 1982, afin de l'adapter aux nouveaux besoins de formation. Il a également suggéré d'étudier une réforme des conditions de collecte de la taxe d'apprentissage afin de poursuivre la réforme du financement de l'apprentissage entreprise par la loi n° 96-376 du 6 mai 1996.

Plus généralement, il a souhaité que soit réexaminée la complémentarité des différents contrats en alternance, comme des différents intervenants, afin que les besoins des entreprises et des jeunes en matière de formation soient mieux pris en compte.

Pour le rapporteur pour avis, c'est l'ensemble du système de formation professionnelle initiale et continue qu'il faudrait revoir en tenant compte des réflexions actuelles sur les nouvelles conditions et modalités de travail.

Il a rappelé que le rapport de M. Michel de Virville contenait des réflexions et des analyses intéressantes sur une éventuelle réforme de la formation professionnelle dont les textes fondateurs dataient de 1971. Il a remarqué que cette réforme serait aussi l'occasion de simplifier les dispositifs devenus pratiquement incompréhensibles (par exemple, le crédit d'impôt formation), ou de revoir les règles comptables de l'AGEFAL.

Il a également appelé de ses voeux un examen attentif des conditions dans lesquelles s'était effectuée la décentralisation des formations pré-qualifiantes et qualifiantes, le comité de coordination des programmes régionaux d'apprentissage et de formation professionnelle ayant mis en évidence de nombreuses incertitudes sur les objectifs, les moyens mis en oeuvre et la réalisation des politiques.

En conclusion, en souhaitant qu'une véritable impulsion nouvelle soit donnée à la formation en alternance, M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, a constaté que, sous une présentation budgétaire peu différente de celle de l'année dernière, on constatait des infléchissements négatifs et surtout des incertitudes portant principalement sur le domaine prioritaire des formations en alternance. Aussi, il a suggéré à la commission, pour marquer son inquiétude et souligner sa volonté d'impulser ce nouvel élan dont a besoin la formation professionnelle, de donner un avis négatif, comme l'avait fait M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, à l'adoption des crédits de la formation professionnelle.

Au cours de la discussion qui a suivi l'exposé des rapporteurs pour avis, M. André Jourdain a déclaré partager les analyses de M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, notamment sur la remise en cause de l'allégement du coût du travail et des avantages consentis au temps partiel. Pour lui, cette politique ira à l'encontre des améliorations de la conjoncture économique et de l'emploi constatées aujourd'hui.

Il a souligné que la remise en cause du temps partiel aurait des conséquences très négatives pour les petites entreprises ainsi que pour les associations d'aides ménagères. Enfin, il a observé que l'allocation de remplacement pour l'emploi n'était qu'une mesure défensive car, bien que coûteuse (16 milliards de francs), elle n'avait aucun effet sur l'emploi.

S'adressant à M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, M. André Jourdain s'est déclaré particulièrement inquiet des choix opérés par le Gouvernement en matière de formation et d'insertion des jeunes qui ne s'inscrivaient en aucune manière dans la continuité des politiques menées ces dernières années.

En conséquence, il s'est prononcé en faveur d'un avis négatif sur ces deux budgets.

M. Pierre Lagourgue s'est longuement interrogé sur les conséquences désastreuses d'un abaissement de la durée du travail à 35 heures. Il a notamment mis en évidence les distorsions de concurrence que le seuil de 10 ou 20 salariés introduirait entre des entreprises dont l'activité était très proche mais qui se situeraient de part et d'autre de ce seuil.

M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, a précisé que la ristourne dégressive pour le temps partiel ne concernait que de façon marginale les aides ménagères. Il est revenu sur les conséquences des redéploiements qui faisaient payer une part importante des emplois-jeunes par les entreprises.

Il a déclaré partager les inquiétudes de M. Pierre Lagourgue sur les effets de seuils que ne manqueraient pas de provoquer les 35 heures, tout en soulignant que cette durée du travail s'appliquerait aux entreprises de moins de 20 salariés deux ans après s'être appliquée aux entreprises d'effectifs supérieurs.

M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, a reconnu que sa critique portait moins sur le niveau des crédits consacrés à la formation professionnelle que sur l'avenir des formations en alternance qui lui paraissait menacé par la baisse de crédits, par des engagements non financés et par le recours à des dispositifs juridiques peu clairs. Il a rappelé que le rapport de M. Michel de Virville, commandé par M. Jacques Barrot, avait été mis de côté alors qu'il contenait des propositions très intéressantes, notamment en matière de validation d'acquis professionnels.

Le rapporteur pour avis a rappelé que lorsqu'il avait interrogé Mme Martine Aubry, ministre de l'emploi et de la solidarité, sur une éventuelle réforme de l'alternance, elle avait déclaré que cette réforme dépendait d'abord des partenaires sociaux.

Mme Dinah Derycke a observé que M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, avait adopté une position nuancée qui aurait dû le conduire, contrairement à M. Louis Souvet, rapporteur pour avis, à se prononcer en faveur de la sagesse, car ses critiques et ses suggestions avaient déjà été formulées dans le passé.

M. Jean Madelain, rapporteur pour avis, a observé que ces réformes nécessaires prenaient chaque année un peu plus de retard et qu'il convenait de ne pas s'en désintéresser. Il a rappelé que la commission devait se prononcer globalement sur les crédits de l'emploi et de la solidarité car elle n'était saisie que d'un seul budget, la nomination de deux rapporteurs pour avis différents datant de la création, du temps où M. Pierre Mauroy était Premier ministre, d'un ministère autonome chargé de la formation professionnelle.

La commission a alors émis un avis défavorable à l'adoption des crédits consacrés à l'emploi et à la formation professionnelle dans le projet de loi de finances pour 1998.


Mesdames, Messieurs,

Le projet de budget consacré à l'emploi figure parmi les rares budgets qui augmenteront sensiblement en 1998 : alors que le budget général ne devrait augmenter que de 1,4 %, celui de l'emploi (ministère et charges communes) augmenterait de 3,6 %. Deux autres budgets devraient croître dans des proportions identiques : l'éducation nationale (3 %) et la justice (4 %).

Ce budget affiche les orientations suivantes :

·  priorité absolue pour l'emploi des jeunes ;

·  non remise en cause des dispositifs d'insertion existants ;

·  poursuite de l'effort de rationalisation des aides à l'emploi.

Ces trois orientations sont mises au service de deux dispositifs prioritaires : les emplois-jeunes et l'abaissement du temps de travail à 35 heures.

Toutefois, si ces orientations, ainsi énoncées, peuvent apparaître particulièrement opportunes, leurs modalités de mise en oeuvre sont contestables et le résultat, sur le moyen terme, risque d'être pire que le mal.

En effet, le financement de ces mesures prioritaires, en pesant sur les entreprises et le niveau des prélèvements obligatoires, laisse craindre que le Gouvernement ne se soit engagé dans une politique à courte vue, permettant d'engranger en un court laps de temps des bénéfices immédiats, en termes statistiques et politiques, mais particulièrement risquée à long terme pour les finances publiques, la compétitivité des entreprises, la croissance et l'emploi.

III. UN BUDGET PRIVILÉGIÉ

Les crédits consacrés au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle sont, comme les années précédentes, répartis en deux grandes masses. Toutefois, certains transferts sont intervenus, qui minorent les charges communes et augmentent le budget de l'emploi 2( * ) .

·  Le budget du ministère de l'emploi (section emploi) s'élève à 112,582 milliards, contre 103,015 milliards en loi de finances initiale pour 1997, en augmentation de 9,3 % ; toutefois, à structure constante (cf. note 1), les crédits du ministère s'élèvent à 107,5 milliards, ce qui correspond à une hausse de 4,4 %.

·  Les chapitres 44-75 et 44-76 (mesures exceptionnelles en faveur de l'emploi, de la formation professionnelle et de la cohésion sociale) du budget des charges communes s'élèvent au total à 43,230 milliards, contre 47,365 milliards en 1997, ce qui correspond à une baisse de 8,7 %, ou, à structure constante, une augmentation de 2,05 %.

Au total, les crédits consacrés au travail, à l'emploi et à la formation professionnelle, sont de 155,812 milliards contre 150,381 milliards en 1997, soit une hausse globale de 3,6 % correspondant à 5,43 milliards.

On notera cependant que cette augmentation provient essentiellement du financement des emplois-jeunes, dotés de 8,35 milliards (auxquels il faut ajouter les 2 milliards ouverts par le décret d'avance du 9 juillet 1997). On constate en effet que les mesures en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes voient leurs crédits augmenter de 42,8 %, ce qui correspond à un abondement de 7,552 milliards. La ministre de l'emploi et de la solidarité a dit, en commission, que cette mesure avait été financée par la solidarité interministérielle (correspondant à des économies sur d'autres budgets, notamment celui de la défense) et par des redéploiements internes.

Toutefois, si l'enveloppe des crédits en faveur des jeunes est préservée, les évolutions internes sont très contrastées : on constate en effet une augmentation sensible des crédits consacrés à l'apprentissage, mais aussi une amputation sévère des crédits consacrés aux contrats de qualification, et plus globalement une baisse des crédits consacrés à la formation en alternance.

Par ailleurs, au titre des redéploiements, de nombreuses actions voient leurs crédits sérieusement amputés soit par rapport au budget 1997, soit par rapport à ce que ces crédits auraient dû être si certains dispositifs n'étaient pas modifiés : pour les premiers on citera le financement du retrait d'activité et des revenus de remplacement qui diminuent de 5,6 % (avec notamment une baisse de 16,6 % pour le financement du retrait d'activité), les actions de l'Etat en faveur des publics prioritaires avec une baisse de 7,9 % des crédits en faveur des demandeurs d'emploi, et pour les seconds, on citera la ristourne dégressive sur les cotisations sociales qui, après modifications législatives et réglementaires, devrait faire l'objet d'une économie évaluée à 6,5 milliards. Cette économie absorbe, et même au-delà, l'effet de l'augmentation du SMIC de juillet dernier. En conséquence, l'enveloppe globale des crédits consacrés à la ristourne dégressive devrait restée inchangée. On notera d'ailleurs que le Gouvernement, sur les 43,230 milliards inscrits au budget des charges communes (il s'agit de crédits à répartir, donc non encore affectés), compte économiser 3 milliards qui seront consacrés au dispositif d'encouragement au passage aux 35 heures.

Les schémas ci-dessous, par agrégats et grands types d'action, illustrent d'une part la faible modification structurelle apparente des crédits entre 1997 et 1998 et d'autre part le glissement en faveur des publics prioritaires (où figurent les emplois-jeunes) au détriment de l'indemnisation du chômage et du retrait d'activité ; les changements structurels de la politique de l'emploi, qui portent sur la réduction de l'allégement du coût du travail (alors que le dispositif législatif actuel aurait dû conduire à une importante progression), sont masqués par l'incorporation à cet agrégat des crédits affectés à l'incitation du passage à 35 heures.



Ces crédits doivent être resitués dans l'ensemble des dépenses consacrées à l'emploi.

La dépense pour l'emploi est estimée pour 1995, dernière année connue, à 291 milliards, soit une baisse de 2,7 % en francs constants par rapport à 1994, année qui accusait déjà une baisse de 1,8 %. Il convient toutefois de noter que la dépense pour l'emploi ne prend pas en compte la baisse de charges sociales sur les bas salaires considérée comme une mesure macro-économique. Si les exonérations de charges étaient prises en compte, la dépense pour l'emploi serait de 311,8 milliards, en hausse de 0,2 % par rapport à 1994.

La répartition, en 1995, de la dépense pour l'emploi a été la suivante :

Etat

40,0 %

Collectivités territoriales

2,0 %

Entreprises

17,0 %

UNEDIC

36,0 %

ACOSS

3,6 %

Autres régimes

1,4 %

100,0 %

La dépense pour l'emploi comparée à quelques grandeurs significatives

1973

1980

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

Dépense pour l'emploi

10,2

64,8

183,3

192,2

201,1

202,2

219,3

242,0

265,2

294,5

294,1

291,1

(milliards F. courants)

298,4

305,8

311,8

Variation annuelle

-

+ 4,9

+ 5,0

+ 1,7

+ 1,8

- 2,9

+ 4,9

+ 6,9

+ 7,1

+ 8,7

- 1,8

- 2,7

(F. constants, en %)

+ 10,2

+ 0,8

+ 0,2

DPE/PIB (en %)

0,90

2,31

3,62

3,60

3,51

3,28

3,37

3,57

3,79

4,16

3,98

3,79

4,22

4,14

4,06

DEFM (moyenne ann.,
cat. 1+6, en milliers)

394

1.451

2.517

2.622

2.563

2.532

2.505

2.709

2.911

3.171

3.329

3.250

Variation annuelle

-

+ ,75

+ 2,4

+ 4,2

- 2,2

- 1,2

- 1,1

+ 8,2

+ 7,5

+ 8,9

+ 5,0

- 2,4

En italique, depuis 1993, y compris les baisses générales de charges sur les bas salaires.

Source : MTAS-DARES (premières synthèses)


Le tableau ci-dessus montre que les efforts considérables consentis en faveur de l'emploi n'ont qu'une incidence marginale sur la situation de l'emploi.

Pourtant, les notes de conjoncture de l'INSEE et de la DARES mettent en évidence une certaine amélioration de la situation. Malheureusement, cette amélioration, encore très fragile, pourrait être remise en cause, à moyen terme, par les choix opérés par le Gouvernement.

IV. UNE AMÉLIORATION DU MARCHÉ DU TRAVAIL ENCORE FRAGILE

L'activité économique est en nette reprise depuis l'été 1997, tirée par les exportations que favorisent la demande étrangère et des parités de change plus favorables que l'année dernière. Dans ces conditions, il est attendu un redémarrage de la consommation intérieure. Ces analyses et prévisions, qui semblent assez partagées, expliquent la légère amélioration de l'emploi observée depuis le début de l'année, ainsi que la baisse du taux de chômage escomptée pour 1998.

C'est ainsi 3( * ) qu'au cours du premier trimestre 1997, les effectifs salariés ont progressé de 17.400 (+ 0,1 %) dans les secteurs concurrentiels, puis de 35.800 (+ 0,3 %) au cours du deuxième trimestre, pour un acquis de croissance de 1,5 % à la mi-1997. Au troisième trimestre, d'après les résultats encore provisoires de l'enquête ACEMO, les effectifs salariés auraient augmenté de 32.100 (+ 0,2 %) et de 98.900 sur un an (+ 0,7 %).

Toutefois, cette amélioration de l'emploi ne s'observe que dans le secteur tertiaire : 32.400 y ont été créés au premier trimestre, 48.500 au deuxième trimestre et 45.600 au troisième trimestre, soit 168.700 (+ 2,1 %) sur douze mois, quand l'industrie et la construction ont continué à en supprimer, à un rythme plus modéré que l'année précédente cependant : respectivement 42.200 (- 1 %) et 27.600 (- 2,4 %) sur douze mois.

Evolution de l'emploi salarié à la fin du troisième trimestre 1997

(Données corrigées des variations saisonnières) (En milliers)

1996

1997

Variation (%) au 30.09.97 sur :

Secteurs d'activité
(en milliers)

30 sept.

31 déc.

31 mars

30 juin

30 sept.

3 mois

12 mois

Industrie sans construction

4.096,1

4.081,1

4.069,8

4.060,8

4.053,9

- 0,2

- 1,0

Construction

1.141,5

1.130,5

1.125,9

1.120,5

1.113,9

- 0,6

- 2,4

Tertiaire

8.059,7

8.107,2

8.137,8

8.182,8

8.228,4

+ 0,6

+ 2,1

Ensemble des secteurs

13.297,3

13.318,8

13.333,5

13.364,1

13.396,2

+ 0,2

+ 0,7

Champ : ensemble des secteurs hors agriculture, administration, éducation, santé et action sociale. Ce champ couvre 13,4 millions de salariés sur un effectif salarié de 19,6 millions. Il ne correspond pas tout à fait à l'ancien champ des " secteurs marchands, non agricoles " (14,7 millions de salariés) : en particulier, il ne comprend pas les salariés de la santé et de l'action sociale.

Les prévisions gouvernementales portant sur la croissance, comme celles des principaux organismes de conjoncture (2,2 % en 1997 et environ 3 % en 1998, grâce à une reprise de la consommation intérieure), permettraient de créer au total sur 1997 135.000 emplois dans les secteurs marchands (avec pour la première fois depuis 1989, une progression de l'emploi industriel de 1 %), puis 210.000 en 1998, hors mesures nouvelles. Pour l'UNEDIC, avec une croissance de 2,2 % du PIB en 1997 et de 2,9 % en 1998, l'emploi affilié au régime d'assurance chômage croîtrait de 180.000 salariés cette année puis de 220.000 l'année prochaine. Quant au chômage, il devrait progresser de 130.000 personnes (catégories 1 + 6) en 1997, puis diminuer de 50.000 personnes en 1998. A ces projections, pourraient s'ajouter les emplois-jeunes (150.000 prévus à la fin 1998) et un début -qui reste hypothétique- de créations d'emplois liées à la conclusion d'accords pour l'abaissement du temps de travail à 35 heures.

Néanmoins, l'impact de ces créations d'emplois, en raison de l'accroissement naturel de la population active de 150.000 personnes par an (jusqu'en 2001) 4( * ) , ne se fera guère sentir sur le chômage avant la mi-1998 et encore de façon très réduite. Pour l'OFCE 5( * ) , le taux de chômage passerait ainsi de 12,5 % en 1997 à 12,3 % de la population active à la fin 1998 (- 20.000 demandeurs d'emploi).

Une autre raison explique que les créations d'emploi n'entraînent pas de diminution sensible du nombre des demandeurs d'emploi. Il s'agit du recul des entrées dans les dispositifs spécifiques de la politique de l'emploi. Alors que 2,4 millions de personnes avaient bénéficié d'une mesure emploi en 1995, 2,3 millions en ont bénéficié en 1996. Cette évolution négative semble se poursuivre en 1997, puisque, par exemple, les entrées en emploi aidé dans le secteur marchand ont diminué de 19,2 % entre le premier trimestre 1997 et le premier trimestre 1996, et de 15,1 % si l'on compare les deuxièmes trimestres. On constate des mouvements analogues pour les emplois aidés dans le secteur non marchand (à l'exception des contrats emploi consolidé, qui augmentent respectivement de 27,9 % et de 20,8 %, mais avec un nombre d'entrées un peu supérieur à 20.000, qui ne compense pas la baisse du nombre de CES) ou encore pour les actions d'insertion et de formation, qui diminuent de 20,8 % et de 10,4 %.

Cela tient à la réorientation des mesures sur les publics les plus défavorisés, entraînant notamment un recul sensible des embauches sous contrat initiative emploi, ou à la suppression de dispositifs comme l'aide aux chômeurs créateurs ou repreneur d'entreprise. L'accent mis sur des dispositifs structurels d'allégement du coût du travail, notamment sur les bas salaires, par exemple en favorisant l'emploi à temps partiel, explique aussi la diminution du nombre des entrées. Malgré tout, les personnes bénéficiant d'une mesure relevant d'un dispositif spécifique de la politique de l'emploi représentent, en 1996, plus de 10 % de la population active occupée (22,4 millions de personnes).

Toutefois, la DARES estime qu'en 1996, seulement 25.000 emplois (contre 68.000 en 1995) ont été créés grâce à un dispositif spécifique de l'emploi, mais que 48.000 chômeurs ont été évités (après une année 1995 neutre).

La légère amélioration du marché du travail bénéficie certes de reprise de l'activité, dont l'effet sur l'emploi reste encore peu sensible en raison des gains de productivité qui l'accompagnent, mais aussi d'une moindre exigence des chômeurs pour retrouver un emploi salarié ou non salarié et d'une hausse importante du travail à temps partiel en raison des exonérations de charges qui y sont attachées. En mars 1997, 31 % des femmes occupaient un emploi à temps partiel et, au total, 16,6 % de la population active.

Fin septembre 1997, les demandes d'emploi de catégorie 1 (CVS) s'élevaient à 3.127.900 en diminution de 0,2 % sur un mois et en hausse de 0,4 % sur un an. Les demandes d'emploi de catégories 1 + 6 (activité réduite de plus de 78 heures dans le mois, dont les fins de contrat à durée déterminée ou de mission d'intérim) s'élevaient à 3.561.600, en hausse de 0,7 % sur un mois et de 3,6 % sur un an. Au sens du BIT, le taux de chômage reste à 12,5 % comme en août 1997 et comme un an plus tôt, en septembre 1996.

Sur quelques mois, on constate donc une oscillation régulière du nombre des demandeurs d'emploi entre 3.110.000 et 3.130.000 pour la catégorie 1, avec un taux de chômage (BIT) de 12,5 % de la population active.



En revanche, le nombre des demandeurs d'emploi des catégories 1 et 6, tout en variant d'un mois sur l'autre, augmente toujours plus que la seule catégorie 1. Cette augmentation peut être interprétée comme la conséquence d'un recours plus important aux contrats à durée déterminée et à l'intérim, signe d'une reprise de l'activité économique.

L'évolution du différentiel d'augmentation mensuel du nombre des chômeurs d'une année sur l'autre confirme une baisse tendancielle, depuis plusieurs mois, des inscriptions comme demandeur d'emploi.

Parmi les autres signes de l'amélioration -encore fragile- du marché du travail, on citera la diminution du nombre de licenciements économiques, et l'augmentation des premières entrées (comme demandeurs d'emploi), la perception de la reprise économique incitant à rechercher un emploi.

Cependant, l'amélioration ne touche pas de la même manière les différentes catégories de chômeurs. D'une façon générale, on observe que les taux de demandes d'emploi sont plus élevés chez les jeunes (15-24 ans) et chez les femmes. Au-delà de 50 ans, les taux baissent, mais principalement en raison des départs en préretraite.

On constate également une augmentation constante de la durée moyenne du chômage qui dépasse désormais les 15 mois, 36,4 % des demandeurs d'emploi de catégorie 1, soit 1.145,6 millions (CVS), ayant une ancienneté dans le chômage supérieure à un an.



Les chômeurs de longue durée ne bénéficient donc pas non plus de la reprise.

On observe néanmoins une baisse constante depuis un an du chômage des jeunes -en partie due sans doute au prolongement des études-, même si le mois de septembre révèle une hausse légèrement inférieure à 1 %. Les emplois-jeunes devraient, du moins dans un premier temps, améliorer sensiblement le taux d'insertion des jeunes.



Naturellement, le régime d'assurance chômage (RAC) est très dépendant de cette conjoncture. Or, alors que l'UNEDIC, dans ses prévisions de l'année dernière, affichait un résultat positif (11,77 milliards de francs), on constate aujourd'hui que le régime est déficitaire, de l'ordre de 1,4 milliard de francs en 1997, et, en prévision, de 1,5 milliard de francs en 1998.

Le résultat des comptes du régime d'assurance chômage

(En millions de francs)

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997 (p)

1998 (p)

Recettes RAC

83.325

85.942

96.257

116.949

132.948

137.333

134.224

128.894

131.551

Dépenses RAC

79.716

94.077

111.411

125.742

124.235

114.929

123.925

130.273

133.015

Ajustement bilan

-590

-373

-326

21

Résultat RAC

3.609

-8.725

-15.527

-9.119

8.734

22.404

10.299

-1.379

-1.464

Situation financière du RAC au 31 décembre


- 208


-8.933


-24.460


-33.579


-24.844


-2.440


7.859


6.479


5.016

p : prévu

Cette situation négative s'explique d'une part par le succès de l'allocation de remplacement pour l'emploi (ARPE), dont le cumul des entrées aboutit à un engagement global brut de dépenses d'environ 16,8 milliards de francs cette année, soit 1,3 milliard de plus que les chiffrages précédents et d'autre part, par la progression modérée de la masse salariale (+ 2,9 % en 1997, + 4,1 % en 1998, contre + 3 % en 1996) qui procure des recettes inférieures aux années précédentes. Le surcoût de 0,6 milliard de francs du dispositif concernant les bénéficiaires de l'allocation chômeurs âgés (ACA) par rapport à l'allocation unique dégressive (AUD), et le désengagement de l'Etat du financement de l'allocation formation reclassement (AFR) de 80 % à 40 % depuis le début de 1997, limitent les possibilités de redressement des comptes de l'UNEDIC. Les rapporteurs rappellent d'ailleurs que l'Etat est toujours redevable de 15 milliards de francs, qui devraient être versés en 1999 et en 2002, ou plus tôt si la situation du régime le nécessitait.

Bien qu'insuffisante pour faire sensiblement baisser le chômage, la reprise économique a cependant déjà permis une reprise des créations d'emploi, selon un processus qui devrait naturellement s'accélérer si l'environnement économique mondial reste stable et si la consommation des ménages peut véritablement reprendre. Cependant, ces améliorations restent très fragiles, d'autant que la crise financière en Asie laisse planer une menace sur les prévisions de reprise en Europe.

PRINCIPALES ACTIONS DE LA POLITIQUE DE L'EMPLOI

France métropolitaine

EMPLOI AIDÉ DANS LE SECTEUR MARCHAND

Entrées
Sept 1997

Entrées
Sept 1996

Cumul de Janv.97
à Sept 97

Cumul de Janv. 96
à Sept 96

Effectifs fin
Sept 97

Effectifs fin
Sept 96

EXONÉRATIONS À L'EMBAUCHE

Exonération pour l'embauche d'un 1er salarié : embauches

6.048

4.883

54.026

51.830

125.000

130.000

Exonération zone de redynamisation urbaine (1er-50ème salarié)

249

-

1798

-

nd

-

Exonération zone de redynamisation rurale (1er-50ème salarié)

1.158

-

6.419

-

nd

-

Exonération zone franche (1er-50ème salarié)

nd

-

nd

-

nd

-

Abatt. pour l'embauche à temps partiel : nbde personnes concernées

16.566

16.060

155.827

147.549

nd

nd

CONTRATS EN ALTERNANCE

Contrats d'apprentissage : nouveaux contrats enregistrés

25.132

22.405

94.333

87.782

346.000

313.000

Contrats de qualification : nouveaux contrats visés

8.253

7.130

56.731

56.470

115.000

120.000

Contrats d'adaptation : nouveaux contrats visés

3.539

2.804

38.881

31.998

38.000

32.000

Contrats d'orientation : nouveaux contrats visés

177

130

2.453

1.820

1.700

1.200

CONTRATS DE RETOUR À L'EMPLOI

-

-

-

-

45.000

63.000

CONTRATS INITIATIVE EMPLOI

15.261

24.750

154.643

244.570

425.000

350.000

EMPLOI AIDÉ DANS LE SECTEUR MARCHAND

Entrées
Août 1997

Entrées
Août 1996

Cumul de Janv.97
à Août 97

Cumul de Janv. 96
à Août 96

Effectifs fin
Août 97

Effectifs fin
Août 96

INSERTION PAR L'ÉCONOMIQUE

Associations intermédiaires : personnes mises à disposition

68.735

65.068

585.096

540.413

42.226

40.822

Entreprises d'insertion : embauches sous CDD/Aide forfaitaire

1.401

nd

11.319

nd

nd

nd

EMPLOIS FAMILIAUX

Nombre de salariés du mois (Régime mandataire)

117.867

90.256

862.360

700.705

nd

nd

Nombre de salariés du mois (Association agréées/Régime prestataire)

104.621

41.603

639.928

309.627

nd

nd

AIDES À LA CRÉATION D'ENTREPRISE

Entrées
Sept1997

Entrées
Sept 1996

Cumul de Janv.97
à Sept 97

Cumul de Janv. 96
à Sept 96

Effectifs fin
Sept 97

Effectifs fin
Sept 96

BÉNÉFICIAIRES DES AIDES

Aides aux chômeurs créateurs d'entreprises : bénéficiaires

3.210

3.222

24.529

29.200

-

-

EMPLOI AIDÉ DANS LE SECTEUR NON MARCHAND

Entrées
Sept 1997

Entrées
Sept 1996

Cumul de Janv.97
à Sept 97

Cumul de Janv. 96
à Sept 96

Effectifs fin
Sept 97

Effectifs fin
Sept 96

CONTRATS EMPLOIS SOLIDARITÉ, CEC, CEV

Contrats Emploi-Solidarité : nouveaux contrats et avenants

43.589

47.697

382.370

407.583

291.000

341.154

Contrats Emplois consolidés : nouveaux contrats et avenants

8.542

7.277

67.682

55.973

87.000

70.547

Contrats Emplois ville : nouveaux contrats et avenants

1.278

754

10.074

1.326

13.000

nd

STAGES DE FORMATION

Entrées
Sept 1997

Entrées
Sept 1996

Cumul de Janv.97
à Sept 97

Cumul de Janv. 96
à Sept 96

Effectifs fin
Sept 97

Effectifs fin
Sept 96

STAGES DE FORMATION ADULTES

Stages d'insert.et de formation à l'emploi (SIFE Collec.) : entrées en stage

10.568

14.730

78.093

112.063

31.000

42.500

Stages cadres privés d'emploi : entrées en stage

750

790

4.255

4.217

1.400

1.500

Stages d'accès à l'entreprise : entrées en stage

3.078

2.434

26.584

24.315

6.600

6.000

SIFE individuels : entrées en stage

2.535

1.832

21.081

20.130

2.500

1.800

STAGES DE FORMATION JEUNES

Total des actions de formation alternées dont :

8.654

10.697

108.457

111.869

nd

20.633

Actions des conseils régionaux (entrées en rémunération)

8.092

9.387

98.526

90.694

nd

15.018

Actions financées par l'Etat (Entrées en rémunération)

562

1.241

9.703

20.730

nd

5.615

MESURES D'ACCOMPAGNEMENT DES RESTRUCTURATIONS ET PRÉRETRAITES

Entrées
Août 1997

Entrées
Août 1996

Cumul de Janv.97
à Août 97

Cumul de Janv. 96
à Août 96

Effectifs fin
Août 97

Effectifs fin
Août 96

MESURES D'ACCOMPAGNEMENT DES RESTRUCTURATIONS

Conventions de conversion : premiers paiements (UNEDIC)

11.288

12.036

97.850

96.855

64.500

65.800

PRÉRETRAITES

Allocations spéciales du FNE : premiers paiements (UNEDIC)

1.617

1.603

14.499

14.329

112.460

135.429

Préretraite progressive : premiers paiements (UNEDIC)

973

1.327

13.473

15.673

54.444

52.622

Dispensés de recherche d'emploi indemnisés (UNEDIC)

-

-

-

-

266.667

269.096

V.  DES ORIENTATIONS HASARDEUSES

Il ressort des considérations exposées ci-dessus que si les prévisions de croissance et leurs effets sur le marché du travail sont plutôt bien orientées, autorisant un optimisme très modéré en ce qui concerne les perspectives de l'emploi, leur fragilité est telle que peu de choses suffirait à les faire basculer.

Vos rapporteurs se doivent de rappeler en effet que les prélèvements obligatoires représentent 45,5 % du PIB, contre une moyenne européenne de 42 %, et que les prélèvements sur les entreprises ont représenté en 1995, 19,5 %, le plus haut niveau d'Europe auprès la Suède.

La consolidation de l'amélioration passe donc par un allégement des prélèvements obligatoires et, pour ce qui concerne plus directement la politique de l'emploi, par un allégement des charges pesant sur les entreprises.

Cet allégement de charges a été mis en oeuvre depuis 1993, de façon structurelle et en y adjoignant une plus grande flexibilité du travail, par les gouvernements de MM. Balladur et Juppé, qui préparaient ainsi les améliorations du marché du travail constatées aujourd'hui.

Un autre facteur d'amélioration du marché du travail a été la forte augmentation du temps partiel, encouragé par les exonérations de charges sociales et la simplicité de leur calcul.

Or, plusieurs mesures du projet de loi de finances vont à l'encontre de ces facteurs favorables. Il y a tout d'abord les mesures prioritaires que sont l'abaissement du temps de travail à 35 heures et les emplois-jeunes. Mais ensuite, le financement de ces dispositifs, coûteux, ont conduit sur le plan budgétaire, à procéder à des redéploiements et à adopter des mesures de rationalisation, politique parfaitement admissible sur le principe, mais qui apparaît ici soit insuffisante, soit contestable.

A. DES MESURES PRIORITAIRES TROMPEUSES

Nul ne peut nier que le fort taux de chômage nécessite de rechercher les moyens de le réduire. Personne non plus ne conteste que la situation des jeunes sur le marché du travail impose de rechercher des solutions d'insertion efficaces. Cependant, les réponses apportées ne doivent pas être pires que le mal.

Or, le Gouvernement vient de s'engager dans deux voies qui, à des degrés divers, tout en répondant à des attentes -légitimes ou utopiques-, risquent de se retourner contre leurs bénéficiaires : en cela, elles sont trompeuses.

Il s'agit d'une part des 35 heures, réponse politique aux difficultés de l'emploi par le partage du travail, et d'autre part des emplois-jeunes, réponse lourde de problèmes repoussés à plus tard à une véritable angoisse sociale.

1. Les 35 heures : un pari risqué

La loi de Robien, en réécrivant l'article 39 de la loi quinquennale du 13 décembre 1993, a ouvert la voie : elle propose, sous forme d'exonérations des charges patronales de 40 ou 50 % la première année et de 30 ou 40 % les six années suivantes, une aide à la réduction du temps de travail (de 10 ou 15 %) en contrepartie d'embauches (de 10 ou 15 % des effectifs) ; ces emplois nouveaux doivent être maintenus au minimum pendant deux ans ; dans le cadre de plans sociaux, la contrepartie consiste à maintenir l'emploi pendant une durée fixée par convention.

Votre commission, bien que réservée sur certaines modalités de ce dispositif en raison de son coût pour la collectivité, s'était prononcée pour l'adoption de la loi, d'ailleurs résultat d'un compromis entre les deux assemblées. Elle ne peut donc être suspectée de fortes réticences à l'égard de l'abaissement de la durée du travail et d'un certain partage. En outre, elle ne peut que se féliciter de deux conséquences indirectes de la loi, à savoir, la modernisation et la réorganisation de l'outil de travail qui ont accompagné la mise en place du dispositif et la relance du dialogue social au sein de l'entreprise que cela a entraîné.

Début octobre, 1.000 accords avaient été signés, témoignant de l'intérêt des entreprises -essentiellement les petites et moyennes-, pour ce dispositif, pour lequel sont inscrits en 1998 2.138,92 millions de francs, contre 815,4 en 1997 (Agrégat II - Participation de l'Etat à la formation et à l'adaptation des ressources en main d'oeuvre des entreprises).

Toutefois, les études 6( * ) confiées à des consultants privés ont souligné le danger potentiel de la sortie du dispositif au bout des sept ans, qui se traduirait pour les entreprises par un surcoût salarial de 6 % susceptible d'entraîner un " choc inflationniste ". Il s'agit cependant d'un dispositif conventionnel, non obligatoire.

Tout autre, en revanche, est le dispositif d'abaissement à 35 heures de la durée légale du travail annoncé lors de la conférence nationale sur l'emploi du 10 octobre 1997.

Une loi d'orientation et d'incitation (LOI) fixera l'objectif de la durée légale à 35 heures au 1er janvier 2000 pour les entreprises de plus de 10 salariés (peut-être de 20, après concertation avec les partenaires sociaux).

Une seconde loi, votée au cours du deuxième semestre 1999, devrait fixer le régime des heures supplémentaires, dont le point de départ sera la 36ème heure.

La loi d'orientation et d'incitation, présentée en 1998, sera essentiellement incitative : il s'agira pour les entreprises et les branches de négocier la réduction du temps de travail de façon à l'adapter à leur situation, en recourant aux modalités d'aménagement du temps de travail déjà prévues par le code du travail et en tenant compte de ses incidences sur l'évolution des rémunérations ainsi que sur les créations d'emplois qui pourraient être obtenues.

La loi d'orientation et d'incitation devrait aussi limiter l'usage systématique et permanent d'heures supplémentaires pratiqué par certaines entreprises, et revoir la définition des contrats de travail à temps partiel ouvrant droit à l'abattement de 30 % (de 16 à 30 heures au lieu de 16 à 32 heures) 7( * ) ainsi que les conditions de recours aux heures complémentaires (une négociation de branche sera nécessaire au-delà d'un certain seuil) et aux interruptions de la journée de travail.

Un dispositif financier d'incitation et d'accompagnement bénéficiera aux entreprises qui anticiperont, sous certaines conditions, le passage aux 35 heures. L'aide consistera en un abattement forfaitaire des cotisations sociales employeur et sera accordée aux entreprises ou établissements qui réduiront leur durée du travail d'au moins 10 % en accroissant leurs effectifs d'au moins 6 % dans l'année suivant la réduction d'horaire. Elle aura une durée de cinq ans et sera dégressive. Le dispositif, qui suppose un accord d'entreprise et la signature d'une convention avec l'Etat, sera ouvert pendant deux ans. L'aide sera de 9.000 francs pour les premiers douze mois, puis diminuera ensuite de 1.000 francs chaque année pour atteindre 5.000 francs à son terme. Elle concernera les entreprises qui entreront dans le dispositif en 1998. Pour celles qui y entreront au premier semestre 1999, elle sera de 8.000 francs pour les douze premiers mois et décroîtra ensuite pour rester à 5.000 francs pendant deux ans. L'aide pourra être majorée en cas d'accord innovant, d'embauches plus nombreuses ou d'embauches de jeunes (1.000 francs), ou si la réduction d'horaire atteint au moins 15 % et que l'entreprise s'engage à augmenter ses effectifs d'au moins 9 % (4.000 francs supplémentaires par an et par salarié).

Un dispositif analogue, mais non automatique, sera mis en place pour les entreprises engagées dans une procédure collective de licenciements économiques qui, comme la loi de Robien, préserveraient des emplois par une réduction du temps de travail.

La loi de Robien serait supprimée, mais les conventions en vigueur continueraient à s'appliquer jusqu'à leur terme.

Un bilan de l'application de la loi d'orientation et d'incitation serait dressé à l'automne 1999 en vue de préparer la baisse de la durée légale et prévoir éventuellement une aide structurelle pour les entreprises que l'abaissement de la durée du travail à 35 heures risquerait de mettre en difficulté.

Les aides attribuables aux entreprises qui réduisent leur durée du travail en 1998

Caractéristiques de la réduction

Montant de l'aide

d'horaires

1ère année

2ème année

3ème année

4ème année

5ème année

Système de base

Réduction d'au moins 10 % avec 6 % d'augmentation des effectifs

9.000 F

8.000 F

7.000 F

6.000 F

5.000 F

Réduction d'au moins 15 % avec 9 % d'augmentation des effectifs

13.000 F

12.000 F

11.000 F

10.000 F

9.000 F

Système pour entreprises plus innovantes

Réduction d'au moins 10 % avec augmentation supérieure des effectifs ou embauche prioritaire de jeunes ou modalités innovantes d'organisation du travail

10.000 F

9.000 F

8.000 F

7.000 F

6.000 F

Réduction d'au moins 15 % avec augmentation supérieure des effectifs ou embauche prioritaire de jeunes ou modalités innovantes d'organisation du travail

14.000 F

13.000 F

12.000 F

11.000 F

10.000 F

Trois millions de francs seraient inscrits au budget des charges communes, dans le chapitre 44-75 (mesures exceptionnelles en faveur de l'emploi et de la formation professionnelle), inclus dans les 43 milliards de francs destinés à compenser les exonérations de charges sociales sur les bas salaires. Le moins que l'on puisse dire est que cette affectation de crédits ne saute pas aux yeux à la lecture du seul " bleu budgétaire ". Les trois milliards devraient accompagner le passage aux 35 heures de 1,4 million de salariés. Le chiffre de 42.000 emplois créés a aussi été avancé, la réduction de la durée du travail se répartissant en 3 % de gain de productivité et 7 % de création d'emplois.

Ce dispositif moins ambitieux en terme de création d'emplois et proportionnellement moins lourd en termes financiers, s'inspire largement de la loi de Robien. Mais il se démarque sur deux points fondamentaux : il s'appuie sur une obligation légale 8( * ) -les 35 heures- qui place l'entreprise dans une situation de négocier sous la contrainte, et il postule que la réduction de la durée du travail se fera sans perte de salaire 9( * ) .

Aussi, même s'il a été dit par le Gouvernement que la réduction du temps de travail ne sera créatrice d'emploi qu'à la condition de ne pas porter atteinte à la compétitivité des entreprises, il paraît évident qu'un tel mécanisme contraignant -dans un contexte européen et même mondial qui est loin de partager cette idée de partage du travail- ne peut qu'alourdir les charges pesant sur les entreprises. Le Gouvernement en est conscient puisqu'il a prévu que la loi ne s'appliquera aux entreprises de moins de dix salariés qu'au 1 er janvier 2002, ce qui, par parenthèse, crée une discrimination légale entre les salariés. La période transitoire va en outre créer un climat psychologique d'incertitude et d'inquiétude chez les chefs d'entreprises qui risque d'avoir très rapidement des conséquences néfastes en terme d'embauche et même d'investissement. Les effets négatifs se font d'ailleurs déjà sentir avec le blocage des négociations par le patronat, à l'exception de celles qui portent sur l'emploi des jeunes.

D'après une grande branche professionnelle, le surcoût horaire de l'abaissement du temps de travail à 35 heures serait de 11,4 % ou cinq semaines de congés payés. Par ailleurs, les effets indirects de cette nouvelle durée légale sont loin d'avoir tous été évalués. Ainsi en est-il du chômage partiel : déjà de nombreuses entreprises ne travaillent que 28 à 30 heures par semaine. Si l'aide au chômage partiel devait disparaître, la seule variable d'ajustement serait les effectifs et l'on assisterait alors à de nouvelles vagues de licenciements...

D'une façon générale, les 35 heures obligatoires, même assorties d'une période de transition aidée, handicaperont gravement les entreprises au moment où la croissance repart à la hausse et où le chômage pourrait, d'après la plupart des instituts de conjoncture, connaître une baisse qui, même si elle restait limitée, marquerait un véritable tournant. Or, le contexte international favorable à la croissance française, car il tire les exportations, reste fragile : notre excédent commercial avec les Etats-Unis, mal accepté par eux, et la crise financière asiatique peuvent à tout moment venir la freiner. Déjà, des instituts de conjoncture révisent à la baisse leurs prévisons de croissance. Dans ces conditions, les chefs d'entreprise hésiteront à sauter le pas des 35 heures négociées et pourront préférer jouer l'attentisme, au détriment de l'emploi.

De plus, aux charges nouvelles ainsi imposées aux entreprises vont s'ajouter une augmentation des prélèvements obligatoires sur l'ensemble des acteurs économiques et un début de remise en cause de la politique d'allégement du coût du travail assorti d'une menace sur l'investissement des entreprises.

2. Les emplois-jeunes : satisfactions immédiates, lourdes menaces pour l'avenir

L'expression emplois-jeunes par laquelle on désigne habituellement les nouveaux contrats de travail proposés aux jeunes par la loi n° 97-940 du 16 octobre 1997 révèle bien que l'objet de cette mesure est moins de créer des activités nouvelles que d'offrir aux jeunes des perspectives d'emploi dans l'espoir de faire baisser le taux de chômage des 16-25 ans au-delà de l'évolution spontanée constatée depuis un an (depuis l'automne 1996, le taux de chômage des jeunes est passé de 25,7 % à 24,7 %) ; la mesure a aussi pour objectif d'inciter les jeunes à s'insérer dans le monde du travail sans s'engager dans la voie vaine de la surenchère des qualifications et des diplômes. Tout ceci explique le succès de la mesure, des dizaines de milliers de jeunes s'étant précipités aux portes de l'éducation nationale ou des mairies.

Dans ces conditions, il était hors de question de s'opposer à un tel dispositif. Pour autant, votre commission ne pouvait pas ne pas relever les incohérences et les dangers du projet, ne serait-ce que pour tenter de les corriger.

Il n'est pas dans les propos de vos rapporteurs de rouvrir un débat qui a déjà eu lieu de façon approfondie en commission comme en séance publique. Néanmoins, la traduction budgétaire de la mise en oeuvre des emplois-jeunes montre explicitement que les inquiétudes de notre Haute Assemblée n'étaient pas vaines.

(En millions de francs)

LFI 97

PLF 98

%

IV - Actions de l'Etat en faveur des publics prioritaires

63.810,34

68.079,38

6,7

A - Insertion professionnelle des jeunes

17.663,98

25.216,37

42,8

a/ Insertion des jeunes non qualifiés

5.053,25

5.077,02

0,5

...

b/ Formation en alternance

12.610,73

12.089,35

- 4,1

...

c/ Nouvelles activités (emplois-jeunes)

0,00

8.050,00

0,0

B - Actions en faveur des demandeurs d'emploi

40.319,82

37.149,12

- 7,9

...

C - Dispositifs spécifiques

5.826,54

5.713,89

- 1,9

...

Sur les 350.000 emplois prévus en cinq ans, 50.000 auront été créés en 1997 et 100.000 en 1998. 8.350 millions de francs sont inscrits au budget 1998 dont 300 millions de francs transférés au budget des DOM-TOM et 250 millions de francs destinés à financer l'accompagnement des projets. 2 milliards de francs avaient été ouverts par le décret d'avance du 9 juillet 1997, ce qui fait un total, pour les 150.000 emplois-jeunes créés au cours de ces deux années, d'un peu plus de 10 milliards de francs. Chaque emploi bénéficiera donc d'une aide de l'Etat (du ministère de l'emploi) de 92.000 francs, le solde étant à la charge de l'employeur (Etat ou collectivités locales, associations, établissements publics...).

En 1998, ces crédits (8.050 millions de francs) sont inscrits au chapitre 44-01 du ministère de l'emploi. Il s'agit de crédits à répartir. Ce qui signifie que les emplois de l'éducation nationale (40.000 créés en 1997 et 35.000 créés pour la rentrée 1998) et les emplois d'adjoints de sécurité (20.000 contrats de droit public créés par le ministère de l'intérieur 10( * ) ) émargeront à hauteur de 80 % du SMIC sur ces 8.050 milliards de francs. Autrement dit, si l'on retire des 150.000 emplois prévus à fin 1998 les 95.000 emplois créés par l'éducation nationale et l'intérieur, auxquels il faut ajouter les emplois prévus par d'autres ministères (la justice notamment), il reste à peine 50.000 emplois pour générer des activités nouvelles 11( * ) .

Il apparaît donc à l'évidence que, pour au moins 48.250 12( * ) , ces emplois correspondent à des emplois publics pour lesquels les entorses aux règles des fonctions publiques et au droit budgétaire 13( * ) sont nombreuses. A eux seuls, ils bénéficient de 4.059 millions de francs sur les 8.050 millions de francs inscrits. Il reste donc moins de 4 milliards de francs pour les emplois-jeunes classiques, et encore moins pour la création d'activités nouvelles puisque 35.000 sont des emplois éducation nationale.

Nous sommes donc loin de la pépinière d'activités nouvelles annoncée par le ministère de l'emploi et que le Sénat avait accepté en souhaitant clairement séparer les emplois susceptibles d'évoluer vers des emplois de service relevant du secteur privé et les emplois relevant à l'évidence de la sphère publique.

Or, ces emplois ne peuvent qu'entraîner à terme de graves difficultés : quant à leur pérennisation d'abord car il faudra les intégrer par le biais de concours aménagés ne garantissant pas nécessairement une formation adaptée (par exemple pour remplacer les nombreux enseignants qui partiront en retraite dans les années à venir) ; quant à leur financement ensuite, car, inéluctablement, cela se traduira pas des prélèvements supplémentaires qui contribueront un peu plus à asphyxier l'économie. Les mêmes causes produiront les mêmes effets avec les emplois qui resteront au terme des cinq ans à la charge des collectivités locales. D'une façon générale, si ces emplois subventionnés auront un effet statistique et politique immédiat, à terme, ils ne peuvent que desservir l'emploi, l'ordre de la file d'attente ayant été changé pendant cinq ans.

Cette incidence négative sur la croissance et l'emploi va commencer à se faire sentir dès cette année. Pour subventionner ces emplois et pour financer l'incitation au passage aux 35 heures, le Gouvernement a d'ores et déjà dû procéder à des redéploiements et à des mesures d'économie. Or, les choix opérés sont contestables en ce qu'ils pénalisent une nouvelle fois les entreprises et l'emploi en remettant en cause des dispositifs favorables à l'embauche et à la formation

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