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L'expatriation des compétences, des capitaux et des entreprises

 

d) Le culte du diplôme, le non droit à l'échec

Un des enseignements du forum internet largement confirmé par les contacts que la mission a eu avec nombre de Français expatriés aux États-Unis notamment est que la France est une société très hiérarchisée, relativement fermée où beaucoup de choses se jouent dès le départ dans la vie.

Le leçon du voyage de la mission à Washington, Boston , New-York et Chicago est assez claire : les États-Unis sont un pays de liberté et de responsabilité. Chacun, dès lors qu'il en a la volonté, se voit offrir des chances de réaliser ses ambitions dans des conditions d'égalité inconnues en France.

Cela est vrai du chercheur à qui l'on donne des responsabilités dès la trentaine, à qui l'on donne des sommes importantes, pouvant aller jusqu'à 1 million de dollars, sur un simple projet après un entretien avec son président d'université, quitte bien entendu à le remercier sans ménagements, s'il ne tient pas ses promesses.

Cela est vrai également du cadre à qui on ne demande pas quelle grande école il a faite avant de l'embaucher : un PDG français d'une entreprise américaine faisant plusieurs milliards de dollars de chiffre d'affaires, a dit à la mission qu'il ne connaissait pas l'université d'origine de ses principaux collaborateurs. La société est plus ouverte, les gens le savent.

Cela est vrai, enfin, du chef d'entreprise qui sait qu'il peut être « débarqué » du jour au lendemain, mais que, s'il réussit, il conservera une part des fruits de ses efforts, notamment grâce aux stock-options. Les patrons savent qu'ils peuvent compter sur leurs collaborateurs. Les cadres ne restent dans l'entreprise que s'ils adhèrent au projet de management. Dans le cas contraire, ils quittent l'entreprise en sachant que, au moins à l'heure actuelle, ils trouveront sans difficulté une autre firme dans laquelle ils s'intégreront mieux et donc dans laquelle ils réussiront.

Beaucoup de patrons, notamment à Chicago, ont insisté sur la différence de mentalité entre la France et les États-Unis. Dans ce pays, les syndicats se sentent solidaires de leur entreprise et considèrent que lorsqu'ils ont un patron qui gagne de l'argent, c'est un gage de bonne gestion et donc une garantie pour eux de participer au développement de la firme.

Toutefois, on note que outre l'aspect liberté d'entreprendre, les interlocuteurs ont insisté sur le fait qu'il n'existait pas aux États-Unis de condamnation absolue de l'échec : tout le monde y a droit et cela est même à certains égards, un signe d'expérience, que l'on peut presque mettre en valeur dans un curriculum vitae, dans la mesure où l'on témoigne d'un esprit d'entreprise et où un employeur peut espérer qu'un, voire plusieurs échecs, est une occasion d'apprendre...

Dans la même perspective, certains de nos interlocuteurs ont insisté sur le fait que, pas plus que l'échec, l'âge n'est un obstacle à l'emploi : avoir 50 ans ou plus n'est pas un handicap insurmontable : les jeunes managers sont conscients, surtout lorsqu'il s'agit de développer de nouvelles activités, de l'apport que constitue l'expérience pour l'entreprise.

Dans le monde anglo-saxon, le diplôme se révèle un critère secondaire par rapport aux capacités d'engagement, d'initiative et d'adaptation du salarié qui peut espérer une ascension jusqu'au sommet de la hiérarchie : on commence avec des niveaux de rémunération moins élevé mais la progression est ensuite plus rapide.

Bref, la France est-elle toujours le pays de l'égalité des chances ? M. Roger Fauroux a reconnu devant la mission, que le mode de sélection des élites, dans le système éducatif français, entraînait un fort degré d'émulation, plutôt positif. Malheureusement, cette sélection s'opère désormais sur des bases trop étroites et n'aboutit qu'à reproduire les inégalités sociales, comme en témoigne la faible proportion de jeunes issus de l'immigration ayant pu accéder à des postes de responsabilités.

Toute imprégnée d'un idéal d'égalité aujourd'hui plus formelle que réelle, la France ne voit pas qu'il existe d'autres modèles que le sien, de nature à donner toutes leurs chances à ceux qui veulent prendre des risques pour eux-mêmes pour le plus grand bénéfice de la société dans son ensemble.