Allez au contenu, Allez à la navigation



 

II - PRÉSENTATION D'ENSEMBLE DES ESSAIS ET DES RETOMBÉES

L'évaluation et l'analyse de l'ensemble des retombées radioactives des essais nucléaires ayant été largement traitées depuis longtemps et réactualisées récemment par l'UNSCEAR en premier lieu, les problèmes des retombées locales et régionales étant traitées à partir des différents sites, on se contentera ici de rappeler quelques éléments généraux nécessaires à la compréhension des questions et ce à partir, précisément des données fournies par ce comité spécialisé des Nations-Unies 3.

1. L'ensemble des essais

Le nombre total d'essais nucléaires est donné par pays, catégorie d'essais et puissance par le tableau ci-après :

Tableau résumé des essais nucléaires

Pays

Nombre d'essais

Puissance (en Mégatonnes)

Atmosphériques

Souterrains

Total

Atmosphériques

Souterrains

Total

Chine

France

Inde

Pakistan

Royaume-Uni

Etats-Unis

URSS

22

50a

--

--

33b

219c

219

22

160

6

6

24

908

750

44

210

6

6

57

1127

969

20,7

10,2

--

--

8,1

154

247

1

3

--

--

2

46

38

22

13

--

--

10

200

285

Tous pays

543

1876

2419

440

90

530

a : inclus 5 essais de sécurité

b : inclus 12 essais de sécurité

c : inclus 22 essais de sécurité et 2 tirs de combat

Les essais atmosphériques qui retiennent prioritairement l'attention au regard des incidences environnementales et sanitaires, sont détaillés dans le tableau ci-après pour chaque site d'essais avec les estimations de répartition de la puissance dégagée (locale et régionale, dans la troposphère et dans la stratosphère).

Essais nucléaires atmosphériques pour chaque site

Ces décomptes et estimations ont sensiblement été affinés, voire révisés depuis les précédentes publications de l'UNSCEAR (1982, 1988 et 1993), ce qui explique d'autant mieux que la déclassification de nombreuses informations est intervenue depuis ces parutions antérieures.

Néanmoins, certaines imprécisions ou non-coïncidences, désormais beaucoup plus limitées, peuvent apparaître. Les origines en sont vraisemblablement très diverses (tirs en salve, expériences de sécurité décomptées différemment, absence de détonation, lors d'un essai, éventuellement « oubli » ou indication de puissance sous-évaluée) et ne paraissent pas pouvoir influer sensiblement sur l'analyse de la réalité.

Les deux graphiques ci-dessous illustrent l'évolution du nombre de tirs (atmosphériques et souterrains) ainsi que le total de leur puissance dégagée. Ces représentations illustrent à la fois la concentration exceptionnelle de la puissance des tirs atmosphériques de septembre 1961 à décembre 1962, le grand nombre d'essais souterrains mais aussi la très faible puissance dégagée par la totalité de ces derniers :

Essais nucléaires mondiaux

2. L'exposition aux radiations et les retombées

Avant de situer les retombées des essais nucléaires, il convient de les remettre en perspective dans l'ensemble des émissions radioactives perçues au niveau du sol en l'an 2000.

- Ainsi, la principale source de rayonnements ionisants pour l'homme est la radioactivité naturelle qui est estimée à 2,4 mSv (dose efficace par personne annuellement, moyenne mondiale) ; les doses peuvent s'étager de 1 à 10 mSv et même davantage dans certains cas exceptionnels, ainsi dans l'Etat du Kerala en Inde.

- Les examens médicaux (diagnostic) constituant la deuxième source de radioactivité avec une moyenne mondiale de 0,4 mSv par personne et par an (étagement de 0,04 à 1 mSv).

- Les retombées des essais nucléaires atmosphériques constituant la troisième source avec 0,005 mSv par personne et par an, sachant que la décroissance est régulière depuis le pic atteint en 1963 avec 0,15 mSv. Elle est naturellement plus élevée dans l'hémisphère nord que dans celui du sud.

- Les retombées de la catastrophe de Tchernobyl (le 26 avril 1986) sont la quatrième source avec une moyenne mondiale de 0,002 mSv mais de 0,04 mSv de moyenne pour l'hémisphère nord.

- Enfin, la cinquième source d'émission est constituée par l'ensemble des activités liées à la production d'énergie nucléaire avec 0,0002 mSv (ou 0,2 ìSv) par personne et par an. Cette source a connu une augmentation avec la croissance du parc électro-nucléaire mais de l'autre une décroissance avec les progrès technologiques réalisés dans ce domaine.

Il y a lieu de noter que des situations très particulières et ponctuelles d'exposition à la radioactivité ne sont pas prises en compte ici et ne pourraient de toute façon être « moyennées » valablement. Il s'agit par exemple (par an)

#172; pour la radioactivité naturelle :

- de l'exposition due aux voyages en avion (3 mSv de dose individuelle annuelle pour les équipages),

- de l'exposition au radon dans des lieux de travail en sous-sol (4,8 mSv) ou dans des activités minières en général (2,7 mSv), le niveau pour les mines de charbon n'étant que de 0,7 mSv.

#172; pour la radioactivité artificielle :

- des traitements médicaux (et non des moyens diagnostics) faisant appel aux rayonnements ionisants,

- des expositions accidentelles durables telles que dans les unités de production d'armes nucléaires de l'ex-URSS : Tcheliabinsk (avec une dose collective efficace de 8 700 homme.Sv), Krasnoyarsk (1 200) et Tomsk (2000),

- d'expositions durables liées à des activités nucléaires mal maîtrisées : Tcheliabinsk et Hanford aux Etat-Unis par exemple.

Sans entrer dans le détail de l'analyse des retombées par radionucléide en fonction de la puissance et de l'altitude de l'explosion qui font l'objet de présentations très techniques dans le rapport précité de l'UNSCEAR, on peut indiquer ici quelques repères :

- la densité de dépôt de césium 137 dans chacun des deux hémisphères illustrée par le graphique ci-dessous :

Latitudes

Densité des dépôts de césium 137 dans les deux hémisphères calculés avec le total des produits de fission avec un modèle atmosphérique

- les dépôts de strontium 90 sont représentés par les graphiques suivants : par hémisphère, les points figurent les résultats des relevés, les lignes ceux des calculs de modélisation atmosphérique :

Les doses annuelles efficaces des retombées mondiales dues aux essais nucléaires atmosphériques sont données en annexe. Il apparaît notamment au vu de ces données que la voie d'exposition externe était prédominante au moment des essais, les modes d'irradiation se partagent désormais à peu près également entre l'irradiation externe (53 %) et l'interne (47 %).